Seul le Conseil constitutionnel peut sauver le Sénégal, et il doit le faire !

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CONTRIBUTION
Seul le Conseil constitutionnel peut sauver le Sénégal, et il doit le faire !

Le Conseil constitutionnel avait freiné Macky sur la date des élections. N’est-on pas en droit de s’attendre à ce qu’il se prononce sur ce qui se passe à l’Assemblée et qui peut bloquer les institutions ?
On me rétorquera qu’il est compétent en matière électorale, pas en matière d’arbitrage des problèmes internes de l’Assemblée, et ce, en vertu de la séparation des pouvoirs. Mais cet argument peut-il valoir lorsque c’est l’esprit même de la Constitution qui est violé et que cette violation jette le discrédit sur d’autres instituions et menace la stabilité de l’Etat ? On n’a certes pas une cour constitutionnelle, mais qui peut le plus peut le moins : il est logiquement plus facile de freiner un parti politique que de freiner un président de la République.
Il faut qu’on comprenne que ce qui ce passe au Sénégal n’est rien d’autre qu’une tentative de domestication des institutions, comme l’ont fait les fascistes d’Europe au XXe siècle. Le fascisme, le totalitarisme, la tyrannie se fondent tous sur la ritualisation de la tension politique : il faut que la société soit constamment divisée entre un «nous» et «l’autre» pour que le totalitarisme fonctionne. Le totalitarisme et le fascisme se nourrissent de la peur : la peur du groupe d’être détruit, exploité, exclu par l’autre ; la peur d’être envahi, remplacé, assimilé, voire souillé par lui.
Ils ont essayé de domestiquer la Justice, les juges ont refusé ; ils ont essayé d’assujettir le président de la République, il s’est révolté ; ils sont en train d’apprivoiser la législation parlementaire pour donner corps à un mythe qu’ils savent faux et fatalement voué à l’échec. Le Conseil constitutionnel peut-il laisser faire ? Arguer de la légitimité historique pour transformer un Président élu, par des citoyens majoritairement apolitiques, en pantin et avoir l’outrecuidance de venir dans un autre lieu de forfait discourir sur la morale et l’éthique en politique, c’est ce qu’on appelle proprement du cynisme. L’égoïsme est une prison de laquelle on ne peut sortir qu’au terme d’un long travail intérieur. Ils sont prisonniers de leur égoïsme, ils savent qu’ils ont échangé un cheval borgne contre un aveugle, mais ne veulent pas reconnaître leur erreur.
Quand je vois certains grands esprits continuer à défendre des causes contre leur propre conscience, je désespère de notre société. Par orgueil, certains refusent de reconnaître les fautes et erreurs de Narcisse, car ce serait pour eux l’aveu d’une erreur. Ils sont bien obligés de lutter contre leur conscience en libérant l’essaim de serviteurs du mensonge pour le travail de production d’une vérité alternative.
A cette opposition qui s’est embourbée dans des calculs politiciens, il est temps qu’elle reprenne la main au lieu d’être l’appendice du feuilleton politique que ce parti au pouvoir est en train de mettre en scène. Il faut refuser que l’engeance soit un serpent à deux têtes. L’engeance est toujours au pouvoir ou plus exactement au sommet des deux pouvoirs. C’est un mauvais présage. Ces gens ont non seulement montré leurs carences, mais nous ont coûté cher en termes d’image, de finance et d’économie.
La solution, c’est d’envoyer la partie qui va désormais s’arroger le statut d’opposition parlementaire dans les poubelles de l’histoire, et d’envoyer l’autre partie dans l’opposition où elle a sa place légitime. Le Pds, la République des valeurs, Réew mi, Taxawu ont l’obligation de finir le travail. La bataille de l’opinion réfléchie est gagnée, il reste celle de la foule qui, par essence, est de l’ordre de l’irrationnel, de la non-pensée, du fanatisme. Ces quatre formations ont non seulement l’obligation de dé-fanatiser la grande partie des 54%, mais aussi de prouver aux Sénégalais qu’au-delà de leurs rivalités normales et de leurs divergences idéologiques, ils peuvent se retrouver pour sauver ce pays. Ils nous le doivent.


Alassane K. KITANE