Après le commissariat, bientôt le cimetière ?
actu_express 02 Mar 2026

L’annonce de la création d’un commissariat au sein de l’Ucad par le Pm Ousmane Sonko, a subitement interrompu toutes mes activités et soulevé une vive inquiétude légitime, au regard des récents événements ayant entraîné la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba, avec qui je partage le même quartier Arafat de Grand-Yoff, dans des conditions qui ne sont pas encore totalement élucidées et ce malgré la sortie du procureur de la République. D’emblée, je dirais au Pm Ousmane Sonko qu’on n’organise pas la discipline, on organise le travail. Jamais «taisez-vous !», prendre le nom des bavards et tendre par quatre gaillards, n’a imposé le silence dans les salles de classe ! L’enfant est jeu, et on obtient le calme et non le silence par le travail, le devoir et l’activité intellectuelle. Il en est de même dans les autres mondes.
Pourtant le régime Sonko-Diomaye n’a de cesse d’emprisonner, mais ce n’est pas pour autant qu’on est arrivé à faire taire les journalistes, les hommes publics, et tuer la liberté d’expression. Tous ceux qui ont été emprisonnés parlent toujours et de manière plus acerbe et radicale à leur sortie.
Si l’objectif affiché donc est la sécurité, la méthode choisie risque de transformer le temple du savoir en un terrain de confrontation permanente. Plus qu’une solution, c’est un aveu d’échec qui porte en lui les germes d’une violence accrue. L’université est, par définition, un espace de franchises universitaires où la liberté de pensée et d’expression doit primer. Introduire une présence policière permanente, c’est briser ce sanctuaire. Au lieu de favoriser le dialogue social entre les étudiants et l’administration, on instaure un rapport de force physique. Cette proximité forcée entre Forces de l’ordre et étudiants, souvent sur les nerfs à cause de conditions de vie difficiles, est une mèche allumée sur un baril de poudre, de pétrole ou de gaz. La police à l’université n’apaise pas les tensions, elle les cristallise. La présence de matraques et de gaz lacrymogènes appelle, en réponse, le jet de pierres et les guets-apens. Les étudiants sont aussi des jeunes bien entraînés, et qui peuvent en découdre avec les Forces de l’ordre, pour reprendre le mot d’un ancien opposant. Etudiants et policiers (Gmi) sont de la même génération, et le rapport de forces ne produit que de la violence à court, moyen et long termes. Il ne sert donc à rien de planifier la violence.
L’histoire du campus est déjà marquée par des drames, et institutionnaliser la force publique à l’intérieur de ses murs, c’est accepter le risque que l’irréparable se produise de nouveau, transformant le campus en un lieu de deuil plutôt qu’en un lieu d’avenir.
Eriger un commissariat au sein de l’Ucad, c’est aussi, en toute logique, y ériger un cimetière. Il faut aussi construire logiquement des commissariats dans les grandes universités régionales et des postes de police dans celles spécialisées, dans les Isep, et pourquoi pas dans les lycées !
Le malaise étudiant à l’Ucad n’est pas un problème de délinquance primaire que la police pourrait régler. Il s’agit de crises structurelles : le calendrier et la carte universitaires, le pilotage pédagogique, la gestion des bourses, le surpeuplement des pavillons et l’environnement social des étudiants.
Mettre un commissariat là où il manque des amphithéâtres et des lits est une erreur de priorité et une carence manifeste ; une solution prise d’un coup de tête, sans analyse et prospective. La sécurité ne naît pas de la surveillance, de la répression, mais du bien-être et de la dignité des étudiants. Cette mesure dangereuse ne fera que radicaliser les positions et militariser l’esprit des futurs cadres de la Nation. Pour sauver l’Ucad, il faut y ramener le débat et l’investissement social, pas les forces de répression.
Cheikh NDIAYE
Responsable politique
Apr/Grand-Yoff
