Crise parlementaire : Takku Wallu accuse PASTEF de transformer le débat sur le PLFR 2026 en « mascarade »

10:13
À LA UNEActu_ExpressACTUALITE
Crise parlementaire : Takku Wallu accuse PASTEF de transformer le débat sur le PLFR 2026 en « mascarade »

Un projet de loi de finances rectificative rejeté sans débat, des chiffres qui accablent, une crise institutionnelle que Takku Wallu Sénégal qualifie de « factice » : jeudi après-midi, Me Aïssata Tall Sall, présidente du groupe parlementaire, a livré devant la presse un réquisitoire en règle contre la majorité Pastef. 

Au cœur de sa démonstration, le rejet de la LFR 2026 le 3 novembre, qu’elle assimile à une « forfaiture » et à une « fuite devant le débat ». À l’issue de son propos, la responsable politique a franchi un cap : elle appelle à la dissolution de l’Assemblée nationale et à l’organisation d’élections législatives anticipées.


 Ce jour-là, l’Assemblée nationale examine le projet de loi de finances rectificative pour 2026. Avant même toute discussion générale, la majorité dépose une question préalable. Elle est adoptée par 109 voix contre 20 et trois abstentions. En application des articles 83 et 85 du règlement intérieur, la procédure s’arrête là : le texte est rejeté sans débat.


 « Ce qui s’est passé ce jour-là n’était pas une simple péripétie de procédure. C’est plus grave que cela. Pour la première fois, une loi de finances rectificative a été rejetée avant même d’avoir été discutée », dénonce Me Aïssata Tall Sall. Et d’ajouter : « Qu’elle ait été rejetée n’a peut-être rien d’anormal. Mais qu’elle l’ait été sans débat, voilà la gravité de ce qui s’est passé. » Selon elle, « aucun groupe, ni nous ni les autres, aucun député, à part quelques rares qui ont porté la question préalable, n’a pu s’exprimer sur le fond. Ni la majorité ni l’opposition : personne n’a eu droit à la parole. »


 La présidente du groupe rappelle qu’en commission des finances, le 23 octobre, la majorité avait déjà rejeté le même texte. À l’époque, Takku Wallu Sénégal s’était abstenu, expliquant avoir « surpris, et même démasqué, un jeu de va-et-vient entre le gouvernement et le groupe parlementaire de la majorité ». « La suite nous a donné raison : rien, absolument rien n’est sorti de ces négociations », affirme-t-elle. Avant de fustiger « un subterfuge puisé dans le règlement intérieur » qui a permis à la majorité de refuser le débat.

Les chiffres qui fâchent : 304 milliards en moins, 535 milliards de fonctionnement en plus


 Me Aïssata Tall Sall l’assure : ce n’est pas la politique qu’elle attaque, mais la cohérence, la sincérité et la bonne compréhension des chiffres. Et les chiffres, dit-elle, sont têtus. La LFR réduit d’abord le budget général de plus de 300 milliards de francs CFA « 304 milliards de moins », précise-t-elle. Elle augmente ensuite les dépenses de fonctionnement de 535 milliards. « C’est le confort du gouvernement : les voitures, les climatiseurs, les bureaux. » Elle réduit enfin drastiquement les investissements : 555 milliards en moins.


 « Ce gouvernement est-il en train de renoncer au développement du Sénégal ? » interroge-t-elle. « On arrête les chantiers, les routes, les écoles, les hôpitaux, les puits, les forages : tout va être arrêté, parce que nous avons préféré notre confort personnel à l’investissement au profit des Sénégalais. » Et ce n’est pas tout : la LFR creuse le déficit budgétaire, le faisant passer de « 3 % et quelques » prévus dans la loi de finances initiale à « 7,6 % », soit plus du double du critère de convergence de l’UEMOA fixé à 3 %.


 « Nous sommes allègrement à 7,6 %. Beaucoup de pays de la zone, que notre gouvernement regarde parfois de très haut, ont fait l’effort de respecter le critère fixé par l’UEMOA, pendant que nous l’avons plus que doublé. C’est presque sans précédent », fustige-t-elle. Pour elle, la LFR est le révélateur d’une mauvaise photographie budgétaire : « Le négatif, c’était la LFI. Le révélateur, c’est la LFR, qui nous a donné maintenant la vraie photo du Sénégal et de ses difficultés. »


 « Un dépit amoureux » qui prend le pays en otage


 Au-delà des chiffres, Me Aïssata Tall Sall décrit une crise politique qu’elle juge « factice ». « Ce n’est pas une crise de ligne politique, ce n’est pas une crise de ligne économique, ce n’est pas une crise de choix stratégique. C’est tout simplement la séparation douloureuse, vécue entre deux personnes qui étaient ensemble. En bon français, cela s’appelle un dépit amoureux. » Une allusion à peine voilée aux relations entre le président de la République et son Premier ministre, Ousmane Sonko, dont elle rappelle la formule de « douce cohabitation ».


 « Et voilà que ces deux amoureux prennent le pays en otage. Moi, je ne refuse pas qu’ils le fassent : qu’ils le prennent en otage s’ils le veulent, et que personne ne paie de rançon. Mais que le pays tombe entre leurs mains et soit victime de leur prise d’otage, cela, nous ne l’accepterons pas », tonne-t-elle. Pour elle, la majorité Pastef ne peut pas tenir « 19 millions de Sénégalais en otage » au nom d’un règlement de comptes. Elle dénonce aussi « l’ironie de l’histoire » : « Ce sont les mêmes qui applaudissaient ce budget en décembre 2025 qui viennent aujourd’hui dire qu’il n’est pas sincère. Et on n’a même pas changé de ministre des Finances. »


 L’appel au président : « dissoudre et retourner devant le peuple »


 Dans ce contexte, Takku Wallu Sénégal dit avoir fait un choix : celui de « la responsabilité républicaine ». « Autant nous refusons de donner quitus à une gestion qui ne nous paraît pas orthodoxe, autant nous refusons de nous joindre à Pastef pour tenir le Sénégal en otage », résume Me Aïssata Tall Sall. Le groupe rejette « tout blocage des institutions » et appelle le président de la République à assumer ses responsabilités. « C’est l’élu principal, l’élu suprême : les 54 %, cela n’appartient pas à Pastef, c’est sur son nom que les 54 % ont été remportés. Si ce pays est bloqué, le premier qui aura violé son serment, ce ne sera pas nous. »


 Mais la responsable politique va plus loin. Face à une Assemblée nationale qu’elle accuse de refuser de fonctionner, elle appelle clairement à un retour devant les électeurs. « Quand une institution refuse de débattre du budget de la nation, quand une majorité utilise le règlement intérieur non pour éclairer mais pour étouffer la parole, alors la seule issue démocratique, c’est le peuple. Qu’on dissolve cette Assemblée et qu’on organise des élections législatives anticipées », a-t-elle déclaré, estimant que les Sénégalais doivent « arbitrer eux-mêmes » la crise que traversent les institutions.


 Selon elle, cette dissolution n’est pas une fuite, mais « un acte de salubrité démocratique ». « Nous ne craignons pas le verdict des urnes. C’est Pastef qui le craint, parce qu’il sait que son bilan budgétaire ne résistera pas à la campagne. Qu’ils assument leurs chiffres devant le peuple, s’ils en ont le courage », a-t-elle ajouté, tout en précisant que son groupe « ne réclame pas la dissolution par calcul politicien, mais parce que le pays ne peut pas continuer à tourner à vide ».


 La promesse d’une opposition responsable


 Elle fixe enfin une ligne rouge : « S’amuser avec le budget de la nation ». « Ce budget n’appartient ni à un camp, ni à un homme, ni à une querelle. Aucun camp, aucun homme, aucune querelle ne mérite que le budget de la nation soit bloqué. Parce que ce budget appartient aux Sénégalais, il sert les Sénégalais, et les Sénégalais ont le droit de savoir comment l’argent public est collecté et comment il va être dépensé. »


 Quant à l’opposition, elle promet de rester « les vigies de la démocratie » : « dénoncer quand il faut dénoncer, combattre quand il faut combattre, parler quand il faut parler et agir quand viendra le temps de l’action ». Ferme sur les principes, mesurée sur le ton. Mais déterminée, prévient-elle, à ne pas laisser l’Assemblée nationale devenir une simple chambre d’enregistrement. Avec cet appel à la dissolution et à des élections anticipées, Me Aïssata Tall Sall place désormais la balle dans le camp du chef de l’État et, au-delà, dans celui du peuple sénégalais.