Le sous-secteur de l’assainissement sénégalais, malgré les acquis enregistrés, demeure confronté à des défis structurels considérables. Entre autres défis, le rapport provisoire de l’étude diagnostique réalisée par la Banque africaine de développement (Bad), à travers la Facilité africaine de l’eau (Fae), a mis en exergue des «lacunes en matière de réglementation, d’équité des services, d’infrastructures et de participation du secteur privé», rapporte le quotidien .
Par Dialigué FAYE – Dans l’extension de la couverture en assainissement urbain, le Sénégal a réalisé des progrès.
Malgré tout, d’énormes défis restent à relever.
«Sur le plan financier, l’assainissement reste sous-priorisé dans le budget national, ne recevant que 0, 5% du Produit intérieur brut (Pib) depuis 2018. L’exécution de ces fonds, pourtant limités, est entravée par des retards de décaissement, des inefficacités dans les marchés publics et une planification insuffisante. Les ménages restent les principaux financeurs de l’assainissement», selon les résultats provisoires de l’étude diagnostique réalisée par la Banque africaine de développement (Bad), via la Facilité africaine de l’eau (Fae).
S’agissant de la taille du marché de l’assainissement (systèmes raccordés et non raccordés), le rapport note que «le potentiel passera de 565 millions de dollars en 2025 à 1, 3 milliard de dollars d’ici 2050, à mesure que l’urbanisation s’intensifie et que les objectifs d’accès approchent les 100%. Les investissements en capital dans les réseaux d’égouts et la modernisation des systèmes d’assainissement sur site, combinés aux dépenses opérationnelles, seront les moteurs de cette croissance».
L’étude identifie aussi des «lacunes en matière de réglementation, d’équité des services, d’infrastructures et de participation du secteur privé».
Sur le cadre juridique et politique de l’assainissement urbain au Sénégal, il a été relevé qu’il reste «vaste et en constante évolution». Mais, soulignent les experts de la Fae, «certains chevauchements et lacunes nuisent à la clarté et à la coordination au sein du secteur. Les principaux instruments législatifs, tels que la loi de 2008 sur l’eau et l’assainissement et le Code de l’assainissement de 2009, traitent de différents aspects de la prestation des services, ce qui peut entraîner des incertitudes quant aux rôles et responsabilités respectifs des systèmes centralisés (raccordés au réseau) et décentralisés (non raccordés)». A leur avis, si l’Onas est chargée de gérer ces deux types de services, son mandat, en particulier en ce qui concerne la gestion des boues de vidange, pourrait bénéficier d’une clarification et d’une formalisation. Le Code de l’assainissement est en cours de révision.
D’autres textes juridiques, notamment le Code de l’environnement, la loi sur les partenariats public-privé (Ppp) et le Code de l’urbanisme, contribuent au cadre réglementaire mais peuvent parfois se chevaucher ou manquer de cohérence. Il semble important de renforcer la cohérence juridique et la coordination institutionnelle afin de favoriser une mise en œuvre plus efficace, notamment au regard des objectifs de décentralisation du Sénégal et des besoins croissants en matière d’assainissement urbain.
Ce rapport d’étude diagnostic sur l’assainissement urbain au Sénégal est l’un des douze rapports phares élaborés par la Facilité africaine de l’eau dans le cadre de son nouveau guichet d’investissement : l’Initiative pour l’investissement dans l’assainissement urbain en Afrique (African urban sanitation investment initiative – Ausii).
Elle vise à orienter l’élaboration d’un portefeuille de projets financiers et à évaluer la capacité du Sénégal à tirer parti de la gamme d’instruments de financement de l’Ausii, qui comprend l’assistance technique, les subventions, les garanties et le capital-risque.
Renforcer les capacités opérationnelles, financières…
Pour relever ces défis, nombre de recommandations, présentant un fort potentiel de réplication à l’échelle continentale, ont été formulées. Entre autres, note le rapport, «le renforcement des capacités opérationnelles, financières et institutionnelles des petits opérateurs privés, la facilitation de l’accès aux équipements et aux services via des mécanismes innovants (leasing, microfinance, garanties), ainsi que l’appui au développement des petites et moyennes entreprises du secteur».
Le Sénégal s’est doté aussi d’un nouveau référentiel. Le directeur de Cabinet du ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement a assuré qu’à travers la Vision Sénégal 2050, le Sénégal place la souveraineté hydrique et la résilience environnementale au cœur du projet national. «La Stratégie nationale de l’assainissement a été consolidée en 2023 et la Lettre de politique sectorielle de développement (Lpsd) du sous-secteur de l’hydraulique et de l’assainissement articule la nouvelle vision autour de quatre piliers majeurs : l’accès universel et inclusif ; la gouvernance institutionnelle, économique et financière ; la gestion intégrée et durable des ressources en eau ; et la résilience climatique», a déclaré Salmone Fall, qui présidait hier, l’atelier de restitution des résultats du rapport. Il renseigne que récemment, «le Sénégal a procédé au lancement officiel de son Compact national pour la sécurité de l’eau, à l’occasion des assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du Fmi à Washington, dans le cadre de l’initiative Water Forward. Ce Compact identifie l’assainissement comme l’un des chantiers les plus exigeants et appelle à un changement d’échelle dans la programmation, le financement et l’exécution des investissements.
Dans cette dynamique, le gouvernement conduit une réforme structurelle de l’assainissement assumée et clairement orientée. Sur le plan juridique, le Code de l’assainissement est en cours de révision afin notamment de mieux prendre en charge plusieurs évolutions dans le secteur incluant le renforcement du développement de l’assainissement autonome, segment qui dessert aujourd’hui la majorité de nos ménages urbains.
Cette révision s’inscrit dans le même sillage que celle du Code de l’eau. Alors que les textes relatifs à la création et au fonctionnement de l’Arse (Autorité de régulation du secteur de l’eau) sont également en cours de revue par les services de l’Etat. Sur le plan institutionnel, même si l’assainissement ne constituant pas, en l’état actuel, une compétence pleinement transférée aux collectivités territoriales, la loi Spepa ouvre la possibilité d’un transfert de l’autorité délégante du service public de l’Etat aux communes…».




