FMI à Dakar : deux semaines décisives pour sortir de l’impasse

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FMI à Dakar : deux semaines décisives pour sortir de l’impasse

La présente mission du Fonds monétaire international (FMI) intervient dans un climat particulièrement tendu. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye en avril 2024, le Sénégal fait face à la révélation d’une dette publique bien plus élevée que ce qui avait été déclaré sous l’administration du régime précédent. Ce qui a déclenché un dossier de « misreporting » (fausses déclarations) auprès du FMI, bloquant de fait le précédent programme d’aide de 1,8 milliard de dollars conclu en 2023. Depuis, six missions du FMI se sont succédé à Dakar sans parvenir à lever ce blocage, alors qu’aucune instance judiciaire n’a, à ce jour, établi de manière définitive l’intentionnalité d’une fraude comptable.

Des progrès reconnus, mais insuffisants

Les nouvelles autorités sénégalaises peuvent néanmoins se prévaloir de quelques avancées. Le déficit budgétaire a été ramené de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025, et le gouvernement a engagé une politique de rationalisation des dépenses et de transparence budgétaire saluée par le FMI lors de sa précédente mission en juin 2026. « Les vulnérabilités budgétaires et liées à la dette demeurent toutefois élevées », avait tempéré l’institution financière internationale. Le FMI avait alors estimé que des « actions supplémentaires » restaient nécessaires pour progresser vers la clôture du dossier de misreporting.

Un dossier au demeurant sulfureux puisque le FMI n’en serait pas seulement « victime » mais «co-responsable ». En juin 2023, le Fonds a bien approuvé un programme de 1,8 milliard de dollars sur la base des chiffres « sous-déclarés ». Les emprunts contractés dans le cadre de ce programme dépassaient alors de plus de 40 % du PIB les niveaux officiellement annoncés.

Toujours est-il que la situation macroéconomique reste fragile. La croissance, initialement prévue à 5 %, a été révisée à la baisse à environ 2 % par les institutions internationales. Par ailleurs, la flambée des prix du pétrole liée à la crise au Moyen-Orient ajoute une pression supplémentaire sur les comptes publics et la balance des paiements.

La zone d’ombre des TRS

Pour dégager des marges de trésorerie, le Sénégal a eu recours à des opérations complexes appelées TRS (Total Return Swaps), des produits dérivés où un prêt d’une banque étrangère est garanti par des obligations nationales.

Ces montages posent trois problèmes :
– transparence : les montants et coûts exacts ne sont pas tous connus ;
– risque : ils masquent la dette réelle derrière des structures comptables opaques ;
– ironie : un pays déjà sanctionné pour « dette cachée » et manque de transparence utilise des instruments financiers complexes et « cachés », ou en tout cas dont la visibilité est limitée.

Des enjeux de taille

Cette mission n’est pas une simple revue technique. Elle est le théâtre de trois enjeux entremêlés.

La survie à court terme. Le Sénégal doit trouver 6 075 milliards FCFA en 2026 pour honorer ses échéances. Sans accord FMI, sans accès aux marchés internationaux, et avec un marché régional « saturé », l’arithmétique est impitoyable. Le mois de mars était la ligne rouge. Le Sénégal l’a franchie sans faire défaut, mais en s’endettant plus cher sur un marché régional qui montre des signes de saturation. Les taux sur le marché de l’UEMOA sont passés de 6,89 % à 8,47 % en quelques semaines à fin 2025. Le taux de souscription aux adjudications est tombé à 100,8 % : le marché absorbe à peine les émissions sénégalaises.

Ce n’est pas une solution. C’est un report de crise. Sur la période 2026-2028, le Sénégal doit encore rembourser environ 1,1 milliard de dollars d’eurobonds. Payer mars n’a donc pas réduit la dette, il l’a refinancée. Et le marché régional de l’UEMOA ne peut pas absorber indéfiniment des émissions sénégalaises à des taux de plus en plus élevés sans créer un rationnement du crédit au secteur privé.

La crédibilité institutionnelle. Clore le misreporting nécessite non seulement des réformes, mais une validation formelle par le FMI que les systèmes de collecte et de transmission des données sont fiables. C’est un processus long et technique. Le FMI doit être convaincu que les chiffres de 2026 ne seront pas ceux de 2023.

Le modèle économique. Deux visions s’affrontent au sein même du pouvoir. L’une prône l’autonomie financière par la fiscalité et les hydrocarbures, sans toucher à la dette. L’autre admet que la dette est structurellement insoutenable et nécessite un réaménagement, quitte à payer le prix politique. La réalité est que même avec la rente pétrolière et gazière, les échéances de 2026-2028 sont trop concentrées pour être honorées sans refinancement crédible. Et sans programme FMI, pas de refinancement crédible.

La question qui dépasse mars 2026

La mission de Mercedes Vera Martin est une mission de survie financière. Elle doit évaluer si la stratégie de refinancement par le marché intérieur et les swaps est viable, ou si elle constitue un empilement de risques. La note de FinDevLab est claire : « La poursuite de la stratégie de refinancement des obligations extérieures par le biais des marchés nationaux pourrait accroître les risques pour les marchés régionaux. »

En somme, la mission du FMI est là pour répondre à une question beaucoup plus difficile que celle de mars : le Sénégal a-t-il gagné une bataille en mars pour perdre la guerre en 2027-2028 ?

Une déclaration de Mercedes Vera Martin est attendue à l’issue de la mission, le 1er septembre prochain. Elle sera scrutée de près par les marchés financiers, les partenaires bilatéraux et l’opinion publique sénégalaise. Car au-delà des chiffres, c’est la crédibilité du Sénégal sur la scène internationale qui est en jeu.
Même si la décision finale n’appartient pas à l’équipe sur le terrain, mais au Conseil d’administration du FMI.