Serigne Babacar Sy (1885–1957), de son nom complet Sydil Hadj Malick Sy, est le premier Khalife général des Tidianes de Tivaouane (1922–1957). Figure emblématique du paysage religieux et social du Sénégal contemporain, il est celui qui a structuré, modernisé et pérennisé l’héritage spirituel laissé par son père, El Hadji Malick Sy (Maodo).
Origines, jeunesse et accession au Califat
Lignée et éducation : Né en 1885 à Saint-Louis, il est le fils d’El Hadji Malick Sy et de Sokhna Rokhaya Ndiaye. Élevé dans la rigueur des sciences islamiques et de la théologie, il grandit aux côtés de son père, assimilant les règles de la doctrine soufie et de l’enseignement coranique.
Succession (1922) : Après le rappel à Dieu d’El Hadji Malick Sy en 1922, Serigne Babacar Sy prend les rênes de la confrérie à l’âge de 37 ans. Il devient le tout premier à porter le titre de « Khalife général des Tidianes » à Tivaouane.
Organisation et modernisation de la Tidjaniyya
Création des Dahiras : Il est le visionnaire à l’origine du concept de Dahira (rassemblements ou associations de fidèles). Conscients de l’urbanisation croissante et des déracinements de la jeunesse, il crée ces structures pour regrouper les disciples par quartier, village ou lieu de travail, garantissant la solidarité et le maintien des enseignements religieux.
Encadrement de la jeunesse : Reconnaissable à sa posture élégante et à son célèbre chapeau feutre noir, Serigne Babacar Sy noue une proximité particulière avec les jeunes, prônant le travail, la discipline et la fermeté morale face aux influences occidentales de l’époque coloniale.
Philosophie et maximes fondamentales
Sa pensée repose sur l’ancrage spirituel combiné au civisme et à la rigueur de l’action. Il marque la conscience collective par plusieurs préceptes célèbres :
Les « 3 C » : Il enseigne à ses disciples que la vie du musulman doit reposer sur le Coran, la Charria (Jurisprudence) et la Confrérie (Tidjaniyya).
Le culte du travail : Il a activement lutté contre la paresse, répétant que le travail est une forme d’adoration divine (« Travailler est une obligation »).
L’indépendance d’esprit : Il a maintenu une posture de fermeté et de dignité face aux autorités coloniales françaises, refusant tout compromis qui remettrait en cause les principes de l’Islam.
Héritage et mémoire
À son rappel à Dieu le 25 mars 1957, il laisse une confrérie puissamment organisée à travers tout le Sénégal et la sous-région. Son frère, Serigne Ababacar Sy dit « Serigne Cheikh », puis son frère Serigne Abdou Aziz Sy « Al Dabakh » lui succéderont à la tête de la Tarikha.
Aujourd’hui encore, il demeure une référence morale incontournable et un symbole de modernité pour la jeunesse tidiane.




