Candidature de Macky Sall à l’ONU : Mankeur Ndiaye répond à Babacar Justin Ndiaye

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Candidature de Macky Sall à l’ONU : Mankeur Ndiaye répond à Babacar Justin Ndiaye

L’article intitulé « Candidature de Macky Sall : la mère des erreurs » constitue une critique particulièrement sévère de la décision de l’ancien Président sénégalais de briguer le poste de Secrétaire général des Nations Unies.

Son auteur développe trois arguments principaux : la fonction de Secrétaire général serait inférieure à celle d’ancien chef d’État ; le parrainage du Burundi aurait constitué une erreur diplomatique majeure ; enfin, la candidature aurait exposé le Sénégal et l’Afrique à une humiliation internationale.

Le texte possède une certaine force polémique et soulève une question légitime : la candidature de Macky Sall était-elle suffisamment préparée, politiquement opportune et diplomatiquement soutenue pour avoir des chances sérieuses de succès ?

Toutefois, l’analyse présente des faiblesses importantes. Elle repose sur une conception discutable de la hiérarchie des fonctions internationales, une interprétation réductrice du rôle du Secrétaire général, des affirmations géopolitiques insuffisamment démontrées et une confusion entre l’échec d’une candidature et une humiliation nationale.

Sa faiblesse fondamentale est de vouloir démontrer que la candidature était une erreur en soi, alors que la véritable question est de savoir si les conditions politiques et diplomatiques de sa réussite étaient réunies.

Cette distinction est essentielle.

I. Première faiblesse : une conception erronée de la fonction de Secrétaire général des Nations Unies

1. L’affirmation selon laquelle le Secrétaire général serait un « super-fonctionnaire » subalterne est juridiquement et politiquement contestable

L’auteur affirme :

« Cette fonction de Secrétaire général des Nations-Unies est subalterne, c’est-à-dire très inférieure au rang déjà fort élevé de Macky Sall. »

Cette affirmation constitue probablement la faiblesse conceptuelle la plus importante de l’article.

Elle repose sur une confusion entre la souveraineté nationale, la hiérarchie protocolaire et l’autorité internationale.

Certes, un chef d’État exerce les prérogatives constitutionnelles de souveraineté dans son pays. Mais le Secrétaire général des Nations Unies occupe une fonction internationale d’une nature différente, dont l’autorité ne saurait être évaluée à partir d’une simple comparaison protocolaire.

L’article 97 de la Charte des Nations Unies désigne le Secrétaire général comme le plus haut fonctionnaire de l’Organisation.

Mais cette qualification administrative ne résume nullement ses responsabilités politiques et diplomatiques.

L’article 99 lui confère une prérogative exceptionnelle : attirer l’attention du Conseil de sécurité sur toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Les articles 98 et 100 consacrent également son rôle institutionnel et l’indépendance de ses fonctions.

Le Secrétaire général n’est donc ni un simple administrateur ni un exécutant des décisions des cinq membres permanents.

Il est à la fois un dirigeant administratif, une autorité diplomatique, un médiateur international et un acteur  politique doté d’une capacité d’initiative.

2. L’histoire des Nations Unies contredit cette vision réductrice

Plusieurs Secrétaires généraux ont exercé une influence internationale considérable.

Dag Hammarskjöld a affirmé l’indépendance du Secrétariat et contribué au développement des opérations de maintien de la paix.

U Thant a joué un rôle diplomatique important dans plusieurs crises internationales, notamment celle des missiles de Cuba.

Javier Pérez de Cuéllar a contribué aux efforts diplomatiques qui ont accompagné le règlement de plusieurs conflits.

Kofi Annan a donné une visibilité politique majeure aux questions de développement, de droits humains et de réforme des Nations Unies.

Leur autorité ne découlait pas d’une souveraineté étatique, mais de leur légitimité institutionnelle, de leur indépendance et de leur capacité à mobiliser la communauté internationale.

Il serait donc excessif de considérer que l’accession d’un ancien Président africain au Secrétariat général constituerait une déchéance.

La fonction de Secrétaire général n’est pas inférieure à celle de chef d’État : elle est différente par sa nature, son fondement juridique et son champ d’action.

II. Deuxième faiblesse : une lecture inexacte des rapports entre le Secrétaire général et les grandes puissances

L’auteur écrit que Macky Sall aurait été contraint de travailler « sous la dictée » des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Cette appréciation contient une part de réalité politique, mais elle est formulée de manière excessive.

Il est incontestable que les membres permanents disposent d’une influence déterminante sur la sélection du Secrétaire général et sur les décisions du Conseil de sécurité.

Le droit de veto constitue une contrainte majeure.

Cependant, il faut distinguer trois réalités :

Premièrement, les membres permanents disposent d’un pouvoir de blocage dans le processus de recommandation du Secrétaire général.

Deuxièmement, ils ne disposent pas d’un pouvoir juridique général leur permettant de donner des instructions au Secrétaire général.

Troisièmement, le Secrétaire général doit exercer ses fonctions en toute indépendance, conformément à l’article 100 de la Charte.

Cet article interdit précisément au Secrétaire général de solliciter ou de recevoir des instructions d’un gouvernement ou d’une autorité extérieure à l’Organisation.

La réalité est donc plus complexe que ne le laisse entendre l’auteur.

Le Secrétaire général doit composer avec les rapports de force internationaux, mais il n’est pas juridiquement subordonné aux membres permanents.

La diplomatie multilatérale repose précisément sur cette tension permanente entre indépendance institutionnelle et contraintes politiques.

III. Troisième faiblesse : l’argument historique selon lequel aucun ancien chef d’État n’aurait brigué cette fonction

L’auteur affirme :

« Depuis sa création à San Francisco (1944-45) aucun ancien Président d’Europe, d’Asie et d’Afrique n’a aspiré à administrer l’ONU. »

Cet argument est doublement fragile.

D’abord, il convient de distinguer les anciens chefs d’État ayant effectivement été nommés Secrétaires généraux et ceux qui ont pu envisager ou solliciter cette fonction.

L’absence d’un précédent parmi les titulaires ne démontre pas l’absence de candidatures ou d’ambitions antérieures.

Ensuite, même si aucun ancien Président élu n’avait auparavant exercé cette fonction, cela ne constituerait nullement une règle juridique, institutionnelle ou diplomatique.

Le raisonnement revient à transformer une pratique historique en interdiction implicite.

Or, rien dans la Charte des Nations Unies n’empêche un ancien chef d’État de devenir Secrétaire général.

Au contraire, une expérience présidentielle peut constituer un avantage : connaissance des relations internationales, pratique de la négociation au plus haut niveau, expérience des crises et aptitude à dialoguer directement avec les dirigeants mondiaux.

L’auteur aurait pu légitimement s’interroger sur la pertinence politique de la candidature de Macky Sall.

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Mais il ne démontre pas pourquoi son statut d’ancien Président devrait constituer un obstacle.

IV. Quatrième faiblesse : une interprétation excessive du rôle du Burundi

L’article présente le parrainage du Burundi comme une erreur fondamentale :

« Au-devant des hérésies, figure le parrainage pernicieux du Burundi qui est un boulet handicapant que Macky Sall a péniblement traîné. »

Il s’agit de l’un des arguments les plus importants du texte, mais aussi de l’un des moins solidement démontrés.

1. Le Burundi était juridiquement habilité à présenter une candidature

Le Burundi est un État membre souverain des Nations Unies.

À ce titre, il pouvait soutenir et présenter la candidature de Macky Sall dans le cadre des procédures applicables.

La légitimité d’une candidature ne dépend pas du poids démographique, économique ou militaire de l’État qui la présente.

Contester implicitement cette légitimité revient paradoxalement à affaiblir le principe d’égalité souveraine des États que l’auteur prétend défendre.

2. Le véritable problème n’était pas nécessairement le parrainage burundais, mais l’absence éventuelle d’un soutien africain suffisamment large

Sur ce point, une analyse plus sérieuse aurait dû distinguer :

La légitimité juridique du parrainage du Burundi.

L’opportunité  politique de ce parrainage dans le contexte des tensions régionales.

La capacité de mobiliser un soutien africain suffisamment représentatif.

L’existence d’une stratégie diplomatique permettant de rallier les grandes puissances et les autres groupes régionaux.

Le Burundi pouvait parfaitement présenter la candidature sans que cela garantisse l’adhésion de l’ensemble du continent.

Mais il est excessif de faire de ce seul parrainage la cause déterminante du non succès de la candidature.

3. L’auteur ne démontre aucun lien de causalité direct

Pour soutenir sérieusement que le parrainage burundais a compromis la candidature, il aurait fallu établir que des États membres du Conseil de sécurité avaient effectivement décidé de s’y opposer en raison du rôle du Burundi dans la crise des Grands Lacs.

Or, l’article n’apporte aucun élément diplomatique précis permettant de soutenir cette conclusion.

Il formule une hypothèse plausible, mais la présente comme une certitude.

Une corrélation géopolitique ne constitue pas, à elle seule, une preuve de causalité diplomatique.

V. Cinquième faiblesse : l’attribution à Paul Kagame d’un rôle décisif dans l’échec de la candidature

L’auteur affirme :

« D’après de bonnes sources, c’est Kigali qui a habilement empêché l’émergence d’un bloc compact de soutiens, au sein de l’Union Africaine, à la candidature de Macky Sall. »

Cette affirmation mérite une attention particulière.

Il est tout à fait possible que les tensions entre le Rwanda et le Burundi aient influencé certaines positions africaines.

Cependant, l’auteur ne précise ni ses sources, ni les démarches diplomatiques entreprises par Kigali, ni les États qui auraient modifié leur position sous son influence.

L’expression « d’après de bonnes sources » ne suffit pas à établir un fait aussi déterminant.

Plus fondamentalement, le raisonnement surestime peut-être la capacité d’un seul dirigeant africain à déterminer le résultat d’une compétition dont l’issue dépend principalement des quinze membres du Conseil de sécurité et, tout particulièrement, de ses cinq membres permanents.

Même un soutien africain unanime n’aurait pas suffi à garantir l’élection de Macky Sall.

Inversement, des divergences au sein de l’Union africaine ne rendaient pas automatiquement sa candidature impossible.

Le problème central était de réunir au moins neuf voix favorables au Conseil de sécurité sans opposition d’un membre permanent lors de la décision de recommandation.

L’auteur ne démontre pas que le Rwanda ait été en mesure de provoquer à lui seul l’échec de cette équation diplomatique.

VI. Sixième faiblesse : des accusations géopolitiques formulées sans précaution

L’article présente Paul Kagame comme un « agresseur et pilleur » et Donald Trump comme un « receleur » des minerais congolais.

La question de l’exploitation illicite des ressources naturelles de la République démocratique du Congo est réelle et grave.

Des rapports internationaux ont documenté les liens entre les conflits armés dans l’est de la RDC, les groupes armés, les interventions extérieures et les circuits d’exploitation des ressources.

Toutefois, il convient de distinguer les faits établis, les accusations formulées par des États ou des organismes internationaux et les appréciations personnelles de l’auteur.

Qualifier directement le Président américain de « receleur » constitue une accusation particulièrement lourde, qui exigerait des éléments de preuve précis.

Surtout, cette digression ne permet pas de démontrer en quoi la candidature de Macky Sall aurait été directement compromise.

L’article passe ainsi d’une analyse du processus de sélection du Secrétaire général à une dénonciation générale des rapports de puissance dans la région des Grands Lacs.

Ce déplacement affaiblit sa cohérence argumentative.

VII. Septième faiblesse : une interprétation discutable de la position américaine

L’auteur estime que les propos dégradants attribués à Donald Trump sur certains pays africains rendaient inexistantes les chances de tout candidat africain.

Ce raisonnement est politiquement et diplomatiquement fragile.

Des propos offensants tenus par un dirigeant ne suffisent pas à établir une politique de veto systématique contre toutes les candidatures issues d’un continent.

La  politique américaine à l’égard des Nations Unies obéit à des considérations plus complexes : priorités stratégiques, intérêts nationaux, réforme institutionnelle, financement de l’Organisation et perception des candidats.

Pour analyser sérieusement la position américaine, il aurait fallu examiner les critères de sélection de Washington, ses exigences concernant la réforme de l’ONU et ses éventuelles réserves spécifiques à l’égard de Macky Sall.

L’auteur substitue ainsi une présomption générale d’hostilité envers l’Afrique à une analyse concrète du comportement diplomatique américain.

En outre, cette explication ne rend pas compte des positions des autres membres permanents.

Une candidature ne peut être expliquée uniquement par les préférences présumées de Washington lorsque quatre autres puissances disposent également du droit de veto.

VIII. Huitième faiblesse : une dévalorisation injustifiée des autres candidats

L’article évoque :

« D’obscurs anciens ministres ou fonctionnaires latinos et caribéens. »

Cette formulation est particulièrement regrettable.

Elle traduit une conception hiérarchique et élitiste des responsabilités internationales, en contradiction avec les principes d’égalité et de respect mutuel entre les nations.

Un ancien ministre des Affaires étrangères, un dirigeant d’organisation internationale ou un haut responsable multilatéral peut parfaitement posséder les qualifications nécessaires pour exercer les fonctions de Secrétaire général.

L’expérience présidentielle constitue un atout possible, mais elle n’est ni une condition nécessaire ni une garantie de supériorité.

La compétence diplomatique, la connaissance du système multilatéral, l’indépendance, la capacité de médiation et l’aptitude à conduire des réformes sont des critères essentiels.

En dévalorisant les candidats latino-américains et caribéens, l’auteur affaiblit sa propre défense de la dignité africaine.

On ne peut revendiquer l’égalité des peuples tout en suggérant que certains candidats seraient intrinsèquement moins légitimes en raison de leur origine géographique ou de leurs fonctions antérieures.

IX. Neuvième faiblesse : la confusion entre échec personnel, humiliation nationale et humiliation continentale

L’auteur conclut :

« On est fâcheusement en face d’une humiliation qui enveloppe le Sénégal et l’Afrique. »

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Cette conclusion est politiquement excessive.

Une candidature internationale, même portée par un ancien chef d’État, ne saurait être assimilée automatiquement à une représentation exclusive de la dignité nationale ou continentale.

Le Sénégal n’a pas perdu son prestige parce qu’un de ses anciens Présidents n’a pas obtenu le soutien nécessaire pour accéder au Secrétariat général.

L’Afrique n’a pas davantage été humiliée.

La compétition pour les hautes fonctions internationales comporte des risques d’échec inhérents à tout processus de sélection.

Des personnalités de premier plan, issues de toutes les régions du monde, peuvent ne pas réunir le consensus nécessaire.

Il faut également distinguer une candidature officiellement endossée par une organisation régionale d’une candidature présentée par un État membre et bénéficiant de soutiens variables.

L’auteur procède ici à une dramatisation politique qui dépasse la portée objective de l’événement.

Le retrait d’une candidature peut constituer un revers diplomatique pour son promoteur. Il ne constitue pas nécessairement une humiliation pour son pays, encore moins pour tout un continent.

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X. Dixième faiblesse : un raisonnement rétrospectif qui transforme le résultat en preuve

C’est probablement la faiblesse méthodologique la plus profonde de l’article.

L’auteur affirme avoir été opposé dès le départ à la candidature et considère son retrait comme la confirmation de son jugement initial.

Mais un résultat défavorable ne démontre pas automatiquement que la décision initiale était irrationnelle.

Il faut distinguer :

Une ambition légitime.

Une opportunité politique.

Une stratégie diplomatique.

Une capacité de mobilisation.

Un résultat électoral.

Une candidature peut être légitime tout en étant insuffisamment préparée.

Elle peut être pertinente dans son principe, mais mal conduite dans son exécution.

Elle peut aussi échouer en raison de facteurs indépendants de la volonté du candidat.

La critique sérieuse aurait donc dû examiner les différentes étapes de la campagne, les soutiens obtenus, les oppositions rencontrées et les décisions prises au fur et à mesure des scrutins indicatifs.

L’article ne procède à aucune véritable analyse de cette nature.

Il ne présente ni bilan chiffré des votes, ni cartographie des positions des membres du Conseil de sécurité, ni appréciation des obstacles structurels à la candidature.

Il préfère une explication globale, essentiellement fondée sur le statut de l’ancien Président et le parrainage burundais.

Cette méthode ne permet pas de distinguer les causes profondes de l’échec de ses facteurs secondaires.

XI. Ce que l’auteur aurait dû examiner : les véritables questions stratégiques

Pour dépasser la polémique, une évaluation rigoureuse de la candidature de Macky Sall aurait dû s’articuler autour de cinq interrogations.

1. La candidature avait-elle fait l’objet d’une évaluation préalable suffisante ?

Avant son lancement, une analyse approfondie des rapports de force au Conseil de sécurité était indispensable.

Il fallait notamment identifier les positions probables des cinq membres permanents, mesurer les possibilités de soutien parmi les dix membres élus et évaluer les chances de convergence autour du candidat.

2. Le soutien africain était-il suffisamment structuré ?

Le parrainage du Burundi pouvait constituer un point de départ, mais ne dispensait pas d’une stratégie africaine plus large.

La question pertinente n’était pas de savoir si le Burundi était un parrain acceptable, mais si la candidature pouvait obtenir une masse critique de soutiens africains et internationaux.

3. La stratégie à l’égard des membres permanents était-elle suffisamment différenciée ?

Les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni n’avaient pas nécessairement les mêmes attentes.

Une stratégie efficace devait prendre en compte leurs préoccupations respectives concernant la réforme des Nations Unies, la souveraineté, la paix et la sécurité internationales et l’indépendance du Secrétaire général.

4. Les résultats des scrutins indicatifs ont-ils été correctement interprétés ?

L’évolution des résultats constituait un indicateur essentiel de la viabilité de la candidature.

Le passage de six votes favorables et sept défavorables lors des premiers scrutins à cinq votes favorables et dix défavorables au cinquième scrutin du 7 octobre 2026, selon les résultats communiqués, signalait une dégradation importante de la position du candidat.

Cette évolution appelait une analyse des causes, une identification des oppositions susceptibles d’être levées et une réévaluation des perspectives de succès.

L’article ne consacre pourtant aucune attention à ces données essentielles.

5. Le retrait est-il intervenu au moment diplomatiquement opportun ?

Cette question mérite une appréciation distincte de celle du lancement de la candidature.

Le retrait pouvait devenir une décision responsable dès lors que les perspectives de succès étaient devenues insuffisantes.

Il fallait alors préserver la dignité du candidat, remercier les soutiens, éviter toute polémique avec les membres du Conseil et maintenir les possibilités d’engagement international futur.

C’est sur ces critères que le retrait devrait être jugé, et non à travers une rhétorique de l’humiliation.

XII. Les contradictions internes de l’article

Au-delà de ces dix faiblesses, le texte comporte quatre contradictions particulièrement révélatrices.

Première contradiction : l’auteur défend l’égalité souveraine des États, mais considère le Burundi comme un parrain indigne ou inapproprié, sans établir en quoi sa qualité d’État membre serait insuffisante.

Deuxième contradiction : il revendique la dignité africaine, mais dévalorise les candidats latino-américains et caribéens, dont les pays bénéficient pourtant de la même égalité souveraine.

Troisième contradiction : il dénonce la domination des grandes puissances, mais semble considérer leur approbation comme l’étalon ultime de la dignité ou de l’humiliation d’un ancien chef d’État africain.

Quatrième contradiction : il affirme que la fonction de Secrétaire général est intrinsèquement inférieure à celle de Président de la République, tout en présentant le refus d’y accéder comme une humiliation majeure.

Cette dernière contradiction est particulièrement significative.

Si la fonction est réellement aussi subalterne que l’affirme l’auteur, pourquoi son inaccessibilité constituerait-elle une humiliation pour un ancien Président et pour l’Afrique entière ?

Le raisonnement manque ici de cohérence.

XIII. Les mérites qu’il convient néanmoins de reconnaître à l’article

Une critique équilibrée doit également reconnaître que certaines interrogations de l’auteur ne sont pas dépourvues de pertinence.

D’abord, il était légitime de s’interroger sur l’opportunité d’une candidature présidentielle à une fonction internationale dont le processus de sélection est fortement conditionné par les grandes puissances.

Ensuite, le contexte géopolitique des Grands Lacs pouvait effectivement constituer un facteur de complication diplomatique pour une candidature présentée par le Burundi.

Enfin, l’auteur soulève indirectement une question importante : celle du coût  politique et réputationnel d’une candidature internationale lorsque les chances de succès sont insuffisamment évaluées.

Ces trois interrogations auraient pu servir de fondement à une analyse rigoureuse et utile.

Malheureusement, elles sont affaiblies par les généralisations, les jugements de valeur et les affirmations non démontrées qui traversent le texte.

XIV. Conclusion : une polémique vigoureuse, mais une démonstration insuffisante

L’article « Candidature de Macky Sall : la mère des erreurs » relève davantage du réquisitoire politique que de l’analyse diplomatique.

Son auteur a parfaitement le droit de considérer que la candidature de Macky Sall était inopportune, prématurée ou insuffisamment préparée.

Il est également légitime de questionner le choix du parrainage burundais, la stratégie africaine et la capacité de la campagne à mobiliser les soutiens indispensables au Conseil de sécurité.

Mais ces interrogations ne justifient ni la dévalorisation de la fonction de Secrétaire général, ni l’assimilation du retrait à une humiliation nationale, ni l’attribution de l’échec à des acteurs régionaux sans démonstration convaincante.

La principale erreur intellectuelle de l’article est de confondre trois propositions distinctes :

La candidature était difficile ; elle a échoué ; elle était donc nécessairement une erreur.

Cette déduction n’est pas fondée.

L’histoire diplomatique est faite d’ambitions légitimes qui ne se concrétisent pas, de stratégies qui réussissent et d’autres qui échouent, ainsi que de décisions qui doivent être réévaluées à la lumière de l’évolution des rapports de force.

La candidature de Macky Sall doit être appréciée dans ce cadre, sans complaisance mais sans dénigrement.

Il est possible de reconnaître ses insuffisances stratégiques, ses erreurs d’appréciation et ses limites diplomatiques sans considérer qu’elle constituait une atteinte à la dignité du Sénégal ou de l’Afrique.

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Appréciation finale

La véritable question n’est pas de savoir si Macky Sall a eu tort d’ambitionner le Secrétariat général des Nations Unies, mais si cette ambition a été accompagnée d’une préparation diplomatique, d’une évaluation des rapports de force et d’une stratégie de coalition à la hauteur de l’objectif poursuivi.

C’est sur ce terrain que doit porter une critique sérieuse.

L’échec d’une candidature n’est pas nécessairement la preuve d’une erreur initiale. Il peut, en revanche, révéler des erreurs de stratégie, de méthode, d’anticipation ou de calendrier.

Et surtout, le prestige d’une nation ne se mesure pas à la réussite ou à l’échec d’une candidature internationale, mais à la qualité de sa diplomatie, à la crédibilité de ses institutions et à sa contribution durable aux affaires du monde.

En définitive, le titre « La mère des erreurs » paraît davantage conçu pour frapper les esprits que pour éclairer les véritables raisons du retrait de Macky Sall.

Une formule polémique ne remplace pas une démonstration diplomatique.

Par L’ambassadeur émérite Mankeur Ndiaye, ancien ministre des affaires étrangères du Sénégal, ancien Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies et Chef de la Minusca