La Chine supprime les droits de douane pour 53 pays africains dès mai

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La Chine supprime les droits de douane pour 53 pays africains dès mai

Dans un contexte de tensions commerciales internationales, la Chine prévoit de supprimer les droits de douane sur les importations en provenance de 53 pays africains à partir du début du mois de mai prochain.

Cette décision intervient après l’imposition de droits de douane par le président américain Donald Trump à l’ensemble des pays et dans un climat marqué par la montée des politiques protectionnistes.

Selon des experts, cette mesure reflète la volonté de Pékin de renforcer sa présence économique en Afrique et d’équilibrer l’influence occidentale sur le continent, alors que les pays africains cherchent à accroître leurs exportations et à diversifier leurs partenaires commerciaux.

La télévision publique chinoise avait indiqué, le 14 février dernier, que Pékin continuerait également à encourager les négociations et la signature d’accords de partenariat économique, tout en élargissant l’accès des exportations africaines au marché chinois grâce à des mécanismes actualisés.

– Quatre objectifs

Commentant cette décision, Rachid Sari, président du Centre africain d’études stratégiques et du numérique au Maroc (organisation non gouvernementale), a déclaré à Anadolu que les objectifs de la Chine peuvent être résumés en quatre points.

Le premier objectif, selon cet expert en commerce international, consiste à renforcer la présence de Pékin en Afrique en ouvrant son marché aux produits du continent, ce qui accroît la dépendance de ce dernier vis-à-vis du marché chinois.

Le deuxième objectif concerne « l’équilibrage de l’influence américaine et européenne, notamment après la prolongation par Washington de l’initiative AGOA », illustrant la volonté de la Chine de concurrencer l’influence occidentale par des outils commerciaux.

En janvier dernier, la Chambre des représentants américaine a adopté un projet de loi visant à prolonger de trois ans l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), permettant à environ 32 pays africains d’exporter leurs produits sans droits de douane.

Entré en vigueur en 2000, l’AGOA avait expiré en septembre dernier.

Le troisième objectif, poursuit Sari, est de sécuriser l’accès aux ressources stratégiques, la Chine important massivement des matières premières, des minerais, de l’énergie et des produits agricoles, et cette décision facilitera leur approvisionnement à moindre coût.

Le quatrième objectif vise à renforcer les partenariats avec les pays africains, Pékin se positionnant comme un allié du continent et un soutien à l’industrialisation et au développement économique.

– Les bénéfices pour l’Afrique

Selon Sari, les pays africains bénéficieront d’une augmentation de leurs exportations agricoles et de matières premières.

Il cite notamment des pays comme l’Éthiopie, le Kenya et le Mozambique, qui pourraient voir leurs exportations de café, de thé et d’autres produits agricoles augmenter grâce à l’ouverture du marché chinois.

Il souligne également que les pays africains pourraient tirer profit du développement de l’industrialisation locale, en transformant les matières premières en produits semi-finis ou finis, ce qui permettrait de générer davantage de valeur ajoutée.

Parmi les avantages attendus figure aussi l’amélioration de la balance des paiements, certains pays pouvant réduire leur déficit commercial avec la Chine si leurs exportations augmentent.

Toutefois, il met en garde : « Si les exportations restent principalement constituées de matières premières, les bénéfices à long terme resteront limités. »

L’absence d’industrialisation signifie également un manque de transfert de technologies, peu d’emplois à forte valeur ajoutée et la persistance d’une dépendance économique.

Le véritable enjeu, selon lui, réside non seulement dans le volume des exportations, mais aussi dans leur nature et leur intégration dans les chaînes de valeur industrielles.

Sari rappelle que le déficit commercial africain avec la Chine, dépassant 100 milliards de dollars par an, reflète un déséquilibre structurel : l’Afrique exporte principalement des matières premières, tandis qu’elle importe des produits manufacturés à forte valeur ajoutée.

Il estime que cette nouvelle décision pourrait contribuer à réduire partiellement ce déficit, sans toutefois le supprimer tant que la structure des échanges ne change pas.

Les pays africains cherchent également à tirer parti de l’expérience chinoise en matière d’infrastructures et à attirer davantage d’investissements dans divers secteurs.

La Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique depuis 16 années consécutives, avec un volume d’échanges atteignant 348 milliards de dollars en 2025, et demeure également le principal investisseur sur le continent.

– Des risques à anticiper

Ces opportunités s’accompagnent toutefois de défis. Sari met en garde contre une domination accrue de la Chine sur les marchés africains, l’ouverture du marché chinois pouvant inciter les pays africains à orienter davantage leurs exportations vers Pékin au détriment de la diversification de leurs partenaires.

Il souligne qu’après une période marquée par l’influence française, européenne ou américaine, le centre de gravité pourrait désormais se déplacer vers la Chine.

Concernant les chaînes de valeur mondiales, il estime que la Chine tire profit des matières premières africaines pour alimenter ses industries, notamment dans les secteurs technologiques comme l’informatique, les semi-conducteurs et les batteries de véhicules électriques.

Ainsi, l’Afrique reste majoritairement un fournisseur de matières premières dans des chaînes de production dominées par des puissances industrielles, plutôt qu’un acteur des segments à forte valeur ajoutée.

Le véritable défi, insiste-t-il, consiste à repositionner l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales, en misant sur l’industrialisation, le transfert de technologies et le développement de capacités productives locales.

Il souligne que le continent demeure, dans sa majorité, en dehors des segments de production avancée, avec une forte dépendance aux exportations de matières premières.

Sari note enfin que le Maroc pourrait bénéficier de cette décision en exportant du phosphate et des engrais, étant l’un des principaux exportateurs mondiaux dans ce domaine.

Il appelle toutefois à passer de l’exportation de matières brutes à des produits plus élaborés, tels que des engrais intelligents et des solutions de nutrition des plantes, tout en renforçant les exportations de produits semi-finis et transformés.