Le maire de Dakar plateau Alioune Ndoye refuse de lâcher du lest, de laisser le Parti socialiste mourir de sa belle mort. Il est revenu sur les événements du 13 juin 2026 qui ont réveillé les démons de la violence au sein du parti de Léopold Sédar Senghor. Tout est parti de la convocation de l’assemblée générale des secrétaires généraux de coordination par les dirigeants actuels du parti. Une instance non statutaire, selon le maire de Dakar Plateau et ses camarades frondeurs repris par nos confrères du journal Enquête.
Pour eux, il est évident que la secrétaire générale Aminata Mbengue Ndiaye veut utiliser cette instance pour court-circuiter les structures régulières sur lesquelles elle n’aurait pas une totale maîtrise. “Puisque certains actes ne passent pas avec le Secrétariat exécutif national, ils veulent passer par cette structure. C’est aussi simple que ça”, explique Monsieur Ndoye, appelant de tous ses vœux à un sursaut pour sauver ce qui reste encore du Parti socialiste.
Le fond du problème, c’est que depuis la mort d’Ousmane Tanor Dieng en 2019, le Parti peine à se choisir un nouveau patron. Désignée initialement pour assurer l’intérim, Aminata Mbengue Ndiaye refuse depuis lors de tenir un congrès pour un renouvellement des instances. Le mandat légal était pourtant de 4 ans. La SG intérimaire aura donc fait plus d’un mandat. Bientôt, elle en sera à 8 ans, soit deux mandats d’affilée pour une intérimaire.
Le contournement des instances
Aujourd’hui, les conséquences sont néfastes. Les démissions en cascade commencent à inquiéter sérieusement les militants et sympathisants du parti, qui n’en peuvent plus d’assister à cette stratégie du pourrissement qui a déjà coûté très cher au Parti. Dans l’actuelle assemblée nationale, le parti de Léopold Sédar Senghor ne compterait qu’une seule députée, une militante originaire de Louga comme la SG intérimaire restée la seule maître à bord.
Pour Alioune Ndoye, le PS a les moyens de redevenir une alternative crédible, mais à condition de mettre en place un nouveau projet de société. “Nous sommes condamnés à nous réorganiser pour aller à l’assaut des futures batailles électorales. Il y a les locales, avec la possibilité de les cumuler avec les législatives. Si on reste dans ces détails, mieux vaut dissoudre ce parti”, prévient l’édile de Dakar plateau.
Parti de Léopold Sédar Senghor, de Lamine Guèye puis d’Abdou Diouf, le Parti socialiste a longtemps façonné la vie politique nationale. Aujourd’hui, l’ancienne machine électorale ne semble plus vivre qu’au rythme de son glorieux passé. Il est méconnu de la plupart des jeunes générations.
Le PS : une alternative crédible
Après la perte du pouvoir en 2000 devant Abdoulaye Wade, le Parti a mené une opposition ferme de 2000 à 2012, contre le régime libéral. Candidat aux présidentielles de 2007 et 2012, le PS s’est classé respectivement 3e et 4e, avec des scores dépassant le seuil des 10% des suffrages. En 2012, le Parti se range derrière Macky Sall qualifié au second tour pour barrer la route à Wade.
Suite à la victoire de Sall, le PS reste dans la majorité présidentielle et met entre parenthèses sa participation aux différentes élections : législatives 2012 ; 2022 et 2024 ; locales 2014 et 2022 ; présidentielle 20 19 et 2024, soit sept élections sans le grand PS, même si pour certaines élections, des dissidents ont bravé les directives des instances dirigeantes.
Au-delà des piètres résultats électoraux, c’est le fonctionnement interne même qui suscite des interrogations. Les cadres n’ont eu de cesse de dénoncer l’absence de réunions régulières des principales instances dirigeantes : Bureau politique, secrétariat exécutif national…, autant d’organes qui, selon eux, ne jouent plus pleinement leur rôle dans la définition des orientations du parti. Mais en parler devient immédiatement suspect et place certains cadres dans la ligne de mire de la SG intérimaire. Avec les derniers événements du 13 juin, ses proches ont brandi des sanctions du conseil de discipline qui tarde cependant à agir. Pour certains, c’est parce que la Secrétaire ne la contrôle pas, sinon Alioune Ndoye, Serigne Mbaye Thiam et Cie auraient subi depuis le syndrome Khalifa Ababacar Sall, Barthélémy Dias et compagnie.
Un héritage en danger
Mais pourquoi les caciques veulent s’arc-bouter aux postes ? Il convient de rappeler qu’au-delà de l’enjeu politique, avec les tractations permanentes avec les pouvoirs, le PS a la particularité d’avoir un patrimoine foncier important capable de générer pas mal de ressources. D’ailleurs, certains ne manquent pas de se demander où passent ces ressources puisque le siège est aujourd’hui presque en ruines.
Au-delà des bâtiments et des ressources matérielles, c’est des pans entiers de l’histoire du pays à préserver. Une question mémorielle qui dépasse les seules instances du Parti.




