Quelques heures avant d’être limogé vendredi soir, le Premier ministre fixait un ultimatum à Diomaye Faye devant les députés sur les fonds politiques. Une source proche du pouvoir évoque à RFI citée par nos confrères de Seneplus , « une attitude générale » qui aurait déplu au président
Le président Bassirou Diomaye Faye a mis fin vendredi soir à la cohabitation avec son ancien mentor Ousmane Sonko. Une rupture consommée en deux ans de tensions croissantes, mais dont le déclencheur immédiat interroge : les déclarations du Premier ministre devant les députés quelques heures avant son limogeage ont-elles constitué la goutte qui a fait déborder le vase ?
Le tandem a explosé. Vendredi 23 mai au soir, le président Bassirou Diomaye Faye a limogé son Premier ministre Ousmane Sonko, mettant fin à une cohabitation qui avait progressivement pris l’aspect d’un duel, comme le rapporte Léa-Lisa Westerhoff pour RFI. Mais la question qui agite désormais Dakar est celle du déclencheur immédiat : qu’est-ce qui a précipité la chute ?
Quelques heures avant d’être limogé, Ousmane Sonko s’exprimait devant les députés. Sans attaque frontale, mais avec une série de déclarations qui ont manifestement dépassé les limites du tolérable pour le chef de l’État. Sur la question des fonds politiques, ces enveloppes financières échappant au contrôle parlementaire, le Premier ministre a lâché une formule cinglante : « Le président s’est trompé », avant d’ajouter « J’ai espoir qu’il reprendra ses esprits », fixant un ultimatum à son propre chef pour l’adoption d’un texte de réforme.
La goutte qui a fait déborder le vase ?
« Peut-être », répond prudemment une source proche du pouvoir citée par RFI, qui évoque plutôt « une attitude générale » qui aurait déplu au président. Car Sonko avait également présenté ce jour-là sa posture de Premier ministre qui n’obéit pas aveuglément, évoquant des « divergences » avec Diomaye Faye. Un positionnement public assumé qui, replacé dans la séquence des tensions accumulées depuis deux ans, dessine un tableau de cohabitation devenue intenable.
En effet comme l’indique Léa-Lisa Westerhoff, la rupture ne s’est pas produite en un jour. Dès juillet 2025, soit un peu plus d’un an après leur arrivée au pouvoir, Sonko évoquait un « problème d’autorité » visant directement Diomaye Faye, accusé de ne pas suffisamment défendre son Premier ministre et de ne pas assez avancer sur les réformes promises. Puis en novembre 2025, la nomination d’Aminata Touré à la tête de la coalition présidentielle, contre l’avis du chef du Pastef, a transformé le désaccord en bras de fer officiel.
Début mars 2026, Sonko évoquait publiquement la possibilité de retourner dans l’opposition et parlait de « cohabitation douce ». Le 2 mai, Diomaye Faye franchissait à son tour un seuil en évoquant ouvertement la possibilité de limoger son Premier ministre s’il ne lui faisait plus confiance. Dès lors, observateurs et sources politiques s’accordaient sur un seul mot : divorce.
La séquence politique qui s’ouvre est inédite : Sonko et son parti, majoritaires à l’Assemblée nationale, se retrouvent dans l’opposition face au président qu’ils ont porté au pouvoir.




