Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice de la RDC, détenu depuis septembre 2025, devait comparaître, mardi (05.05.26), dans le cadre du procès de son ex‑secrétaire particulier, poursuivi pour détournement de fonds et blanchiment de capitaux.
Invoquant des raisons de santé, Constant Mutamba ne s’est toutefois pas présenté à l’audience. Le procès a été renvoyé au 19 mai, date à laquelle il est attendu en personne pour livrer son témoignage.
L’affaire porte sur des fonds destinés à l’indemnisation des victimes de la guerre des Six Jours de Kisangani. Ces sommes, estimées à plusieurs millions de dollars, sont au cœur d’un vaste scandale de détournements présumés, dans lequel l’ancien secrétaire particulier de Constant Mutamba est le principal prévenu.
Chançard Bolukola est détenu depuis neuf mois à la prison de Makala, à Kinshasa. Dans un arrêté ministériel d’août 2024, celui-ci a été nommé par Constant Mutamba, alors ministre de la Justice, directeur général intérimaire du Frivao, un établissement public chargé de répartir l’indemnisation des victimes de la guerre des Six jours de Kisangani, qui s’est déroulé en juin 2000.
Des marchés publics en dehors de toute procédure légale
Le parquet général près la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe a retenu neuf chefs d’accusation à l’encontre de Chançard Bolukola. Il est accusé d’avoir attribué des marchés publics en dehors de toute procédure légale, comme ce versement de 1,6 million de dollars à la société Divo International, pour la réalisation d’un documentaire de six minutes sur la Guerre des six jours. Contacté, le directeur de la société Divo, Déo Kasongo, n’a pas répondu à nos questions et s’est contenté de nous indiquer un tweet censé prouver son innocence.
Autre opération scrutée de près et selon des montants donnés par le ministère public : quatre millions de dollars pour l’indemnisation du jardin zoologique de Kisangani, ainsi que 14,9 millions de dollars attribués à la société Congo Energy pour la réhabilitation de la centrale électrique de Kisangani.
D’autres paiements qualifiés de « douteux » ont été réalisés, à hauteur de plus de trois millions de dollars, à des sociétés inconnues. Selon le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL), le montant total des marchés attribués, sans tenir compte de la procédure légale, est évalué à près de 35 millions de dollars.
C’est Constant Mutamba qui donnait les ordres, selon les avocats de l’accusé
Les avocats de Chançard Bolukola ont indiqué que leur client agissait parfois sur « injonction directe » de son ministre de tutelle, à l’époque Constant Mutamba. Maître Papy Bongonda conteste, par ailleurs, les accusations de détournement et de blanchiment d’argent. Il explique sur la DW que « selon la loi portant sur la passation des marchés, à son article 42.4, cette disposition stipule que lorsqu’il y a urgence, on peut faire passer le dossier et on régularise après. C’est ce qui a été fait ».
« Le fait reproché au DG n’est pas vraiment bien libellé, alors on ne peut pas chanter la victoire avant la guerre. Nous sommes assurés qu’il n’y a rien dans tous les chefs d’accusation. Lorsqu’il n’y a pas détournement, comment pouvez-vous arriver au blanchiment des capitaux ? Il faut qu’il y ait d’abord le détournement. »
A Kisangani, l’affaire est suivie de près. La société civile attend beaucoup de la justice dans le dossier du Frivao. Christian Kambi, président de la Nouvelle dynamique de la société civile, demande que les enquêtes judiciaires s’étendent à tous les directeurs du Frivao.
« Nous, société civile, nous demandons des explications claires sur l’argent du Frivao, en commençant par le premier gestionnaire qui est monseigneur Mwarabu. Nous avons plusieurs questions à poser. »
Pendant ce temps, les victimes de la Guerre des six jours attendent leurs indemnisations. Certaines ont perçu un montant de 2 000 dollars, mais les bureaux du Frivao sont désormais fermés à Kisangani.
Une de ces victimes, Nehema Baelongandi, souhaite la relance des indemnisations, malgré la saisine de la justice : « Nous demandons aux autorités de rouvrir le Frivao. Les poursuites judiciaires ne nous concernent pas. Nous, victimes, n’avons accusé personne. Je suis pauvre, je cherche quelque chose pour construire une maison et y mettre des locataires. Cela me permettra de bien vivre. »
Mauvaise gestion
En 2022, la Cour Internationale de justice a condamné Kampala à payer 325 millions de dollars à la RDC à la suite des exactions commises par l’armée ougandaise, entre 1998 et 2003, dans les provinces congolaises de l’Ituri, du Haut-Uélé, du Bas-Uélé et de la Tshopo.
En 2023, le président Félix Tshisekedi a créé le Fonds spécial de répartition de l’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda. Mais depuis sa création, sa mauvaise gestion a plusieurs fois été dénoncée.
En 2025, Constant Mutamba, alors ministre de la Justice, a été condamné à trois ans de prison ferme pour le détournement de 19 millions de dollars liés à la construction d’une prison à Kisangani, sur des fonds qui étaient associés au Frivao.




