Il est une tragédie silencieuse qui se joue dans les arcanes de notre République, une pièce où les acteurs changent de costumes mais où la trame reste, inlassablement, celle de la trahison. Lorsque le temple de la loi, censé incarner la voix souveraine du peuple, se mue en une forteresse de rancœurs personnelles, c’est l’essence même de notre démocratie qui est abîmée.
Nous assistons à un fascinant et funeste théâtre de l’absurde. Ceux qui, hier, apposaient le sceau de l’approbation avec la docilité des courtisans, érigent aujourd’hui le mur du refus avec la fureur des exilés. Comment comprendre qu’une vision budgétaire, jadis portée aux nues et votée comme une simple formalité, devienne subitement l’objet d’une guérilla acharnée lorsqu’il s’agit de la rectifier ? La réponse ne se trouve ni dans la rigueur économique, ni dans la conviction patriotique. Elle se loge dans les replis sombres de l’orgueil. Car l’ogre politique a cette redoutable capacité à muer : il est chassé d’un palais, il s’empare d’un autre ; il perd le pouvoir exécutif, il confisque le pouvoir délibératif par des stratagèmes qui, s’ils ont l’apparence de la procédure, piétinent allègrement l’esprit de notre Constitution. Le masque a changé, la tribune a bougé, mais la faim de domination, elle, demeure insatiable et monstrueuse.
C’est dans ces eaux troubles que prolifère l’artifice. Pour justifier cette obstruction systématique, pour masquer cette prise d’otage des institutions, il faut enfumer le peuple. Et l’on retrouve ici l’arme fatale des vanités : le mensonge par omission. On ne dit pas que l’on bloque par vengeance ; on jure que l’on s’oppose par principe. On fabrique une toile de silences habiles et de vérités estropiées, espérant que la Nation, épuisée par ses propres souffrances, s’y laissera prendre.
Mais nous refuserons de tomber dans ce piège. Nous ne ferons pas à ces architectes de l’illusion l’honneur de graver leurs noms dans le marbre de nos indignations. L’Histoire est trop grande pour s’encombrer de ceux qui la rapetissent. Nommer le vice, c’est parfois lui donner une existence ; le décrire pour mieux le dissiper, c’est lui retirer son pouvoir.
Le peuple n’est pas un auditoire crédule que l’on peut éternellement bercer d’omissions savantes. Il mérite la clarté d’un discours de vérité, aussi rude soit-il, plutôt que le poison lent des manœuvres politiciennes. L’heure n’est plus à la contemplation des guérillas d’appareil, mais à la restauration de la dignité républicaine. Il est temps de déchirer la toile, de faire tomber les masques, et de rappeler que le pouvoir n’est pas un butin que l’on se dispute dans l’ombre, mais un sacerdoce qui ne souffre ni la ruse, ni le mensonge.
Talla SYLLA




