Dans la soirée du 4 juillet 2025, il m’a été donné de découvrir, à travers les réseaux sociaux, ma proposition de sujet d’examen au cours d’Introduction à la prospective, dispensé en Licence 3 au Département de sociologie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar : « Où va le Sénégal ? ». Mon premier réflexe fut d’appeler le responsable des étudiants afin de recueillir les impressions de ses camarades, qui ont diligemment suivi le cours. Sans surprise, ils étaient parfaitement préparés à l’exercice. Car cette question, loin d’être polémique, relève d’un travail méthodique : identifier les tendances lourdes, décrypter les signaux faibles, analyser les jeux d’acteurs, élaborer des scénarios plausibles et formuler des visions de long terme. Pourtant, le sujet a suscité commentaires, opinions et jugements partisans. Il a été récupéré, interprété, parfois caricaturé. Cela révèle une confusion profonde entre opinion et science, entre débat politique et analyse prospective. La prospective n’est ni une posture militante ni une prophétie. Elle est une méthode rigoureuse d’anticipation au service de la décision publique.
La question « Où va le Sénégal ? » mérite mieux que des réactions épidermiques. Elle appelle une réflexion structurée, détachée de toute appartenance partisane, ancrée dans l’histoire politique et sociale du pays, attentive aux dynamiques globales et tournée vers l’avenir. À l’entame de cette nouvelle année d’enseignement du cours, je voudrais me pencher sur cette « méthode », assimilée à une discipline, pour son intérêt stimulant dans la compréhension de la compénétration des moments historiques, des bifurcations temporelles et situationnelles et des quêtes des futurs à advenir — souhaités et souhaitables — dans l’indescriptible incertitude des systèmes socio-écologiques et le paradoxe des institutions. En s’exerçant à faire connaitre cette « discipline », je m’autoriserai à développer et partager ma réflexion sur un tel sujet, avec les largesses de la liberté de l’enseignant et du chercheur que je suis, quelles qu’en soient les digressions qui condamneraient l’étudiant au « hors sujet » !
La prospective : une « discipline » méconnue, pourtant stratégique
La prospective, telle que définie par Gaston Berger — parrain de l’Université de Saint-Louis — consiste à « voir loin, voir large, analyser en profondeur, penser à l’homme et prendre des risques ». Ces cinq composantes résument une posture intellectuelle exigeante :
• Voir loin : dépasser l’urgence et le court-termisme électoral ;
• Voir large : intégrer les dimensions économiques, sociales, culturelles et environnementales ;
• Analyser en profondeur : comprendre les structures, les interdépendances et les inerties ;
• Penser à l’homme : replacer l’humain au centre des politiques ;
• Prendre des risques : assumer des choix stratégiques éclairés.
La prospective ne cherche pas à prédire un futur unique. Elle explore des futuribles ( néologisme créé par Bertrand de Jouvenel en 1960, combinant « futurs » et « possibles » pour souligner que l’avenir n’est pas prédéterminé mais constitué de plusieurs trajectoires potentielles), c’est-à-dire des futurs possibles. Elle se distingue de la prévision statistique, qui extrapole des tendances passées, et de la planification normative, qui projette un futur souhaité sans toujours interroger les incertitudes.
Elle mobilise des outils éprouvés : analyse systémique, matrices d’impact, analyse structurelle (Cf. Michel Godet), méthode des scénarios, jeux d’acteurs (MACTOR), panels d’experts (Delphi), veille stratégique, identification des signaux faibles (Ansoff). Elle irrigue aujourd’hui les pratiques de gouvernance dans de nombreux pays à travers des cellules de strategic foresight ou des unités d’anticipation rattachées aux plus hautes autorités. Or, au Sénégal, la prospective demeure marginalisée. La planification existe — dans les ministères, à travers les cellules de planification et d’études — mais la prospective, en tant qu’outil transversal et stratégique, demeure insuffisamment institutionnalisée.
Signaux faibles et tendances lourdes : décrypter les dynamiques actuelles
Interroger l’avenir du Sénégal suppose de distinguer tendances lourdes et signaux faibles.
Parmi les tendances lourdes :
• Croissance démographique soutenue (taux de 2,5% par an)
• Urbanisation rapide (taux d’urbanisation de 48% et en progression)
• Pression sur l’emploi des jeunes (60% de moins de 25 ans)
• Dépendance aux financements extérieurs
• Intégration régionale (UEMOA, CEDEAO)
Parmi les signaux faibles :
• Montée des discours souverainistes et décoloniaux
• Défiance accrue envers les institutions
• Transformations numériques et émergence des fintech
• Recompositions religieuses et sociales
• Émergence d’initiatives locales d’innovation sociale
Les signaux faibles, souvent invisibles aux approches classiques, annoncent des ruptures potentielles. Ils exigent une veille stratégique permanente. Ils invitent à la prudence mais aussi à la créativité institutionnelle. Bizarrement, cela peut faire penser an « cygne noir » qui désigne un événement rare, imprévisible et de portée majeure, qui a posteriori semble pourtant logique, selon la théorie de Nassim Nicholas Taleb : rareté extrême, impact majeur, justification a posteriori.
« Où va le Sénégal ? » : une question historique et politique
S’interroger sur « Où va le Sénégal ? » relève de l’historicité du politique. Pierre Fougeyrollas a été, sans doute, le premier à se poser cette question dans une visée purement heuristique. Ici et maintenant, la partisanerie a été élevée à un niveau critique ces dernières années. En effet, par nature, le champ politique est conflictuel. Il est traversé par des logiques concurrentes, parfois délictueuses. C’est avec discernement et lucidité qu’on parvient à une fine connaissance des situations pour entrevoir les avenues de l’accomplissement ou de la plénitude. Mais les trajectoires nationales ne sont pas linéaires. Trois scénarios prospectifs peuvent être esquissés à titre exploratoire :
• Scénario de consolidation souveraine : réforme de l’État, discipline budgétaire, diversification économique, renforcement institutionnel ;
• Scénario d’instabilité latente : tensions sociales, défiance institutionnelle, dépendance accrue aux financements extérieurs ;
• Scénario de transformation inclusive : participation citoyenne accrue, innovation institutionnelle, institutionnalisation de la prospective.
Ces scénarios ne sont pas des prédictions. Ils sont des outils de réflexion. Ils invitent à la responsabilité collective.
Vision Sénégal 2050 : entre ambition et nécessité méthodologique
La Vision Sénégal 2050 — « Un Sénégal souverain, juste et prospère » — constitue un horizon d’attente politique mobilisateur. Mais une vision, pour être opérante, doit être adossée à une démarche prospective solide. Elle doit s’appuyer sur l’analyse des trajectoires historiques, l’identification des contraintes structurelles, l’étude des rapports de force internes et externes et l’évaluation des marges de manœuvre réelles. Depuis les indépendances, le Sénégal a connu plusieurs cycles : l’animation rurale, l’initiative communale et coopérative, l’État développementaliste postcolonial, les programmes d’ajustement structurel (PAS), les stratégies de réduction de la pauvreté, les plans pour l’ émergence et, aujourd’hui, la quête de souveraineté économique et monétaire.
Dans mon article « Politiques de développement en Afrique : une historicité confisquée par la discordance des temps ? » (https://edition.uqam.ca/afroglobe/article/view/988 ) paru en 2021, j’ai montré comment les politiques publiques ont souvent été prises dans des temporalités exogènes, dictées par des agendas internationaux, notamment ceux de la Banque mondiale et du Fonds monétaires international (FMI). Les PAS ont restructuré l’État, réduit les dépenses sociales et transformé les administrations. La dépendance financière a façonné les marges d’action. Il se dégage que notre temps social, otage du temps politique (le mandat électoral), lui-même phagocytant le temps économique, est un compte de temporalités au solde du temps mondial, celui des institutions financières internationales (FMI & BM). Aujourd’hui, la question de l’endettement du Sénégal, des velléités de restructuration et des injonctions contradictoires entre souveraineté proclamée et dépendance financière réelle exige une lecture prospective. Les scénarios possibles sont :
• Un scénario de consolidation budgétaire rigoureuse, impliquant réformes structurelles et discipline fiscale ;
• Un scénario de populisme budgétaire, alimenté par des promesses démagogiques ;
• Un scénario hybride, combinant ajustements progressifs et innovations institutionnelles.
Ces scénarios ne sont pas des jugements moraux. Ils sont des hypothèses structurées permettant d’éclairer les choix.
Endettement, gouvernance et responsabilité publique
La situation financière actuelle du Sénégal impose lucidité et responsabilité. L’endettement n’est pas en soi un mal ; il devient problématique lorsqu’il n’est pas adossé à une stratégie cohérente, productive et transparente. La tentation du populisme budgétaire, de la démagogie ou de l’irresponsabilité publique peut fragiliser durablement la crédibilité de l’État. Le silence administratif, érigé en mode de gouvernance, mine la confiance. De ce point de vue, la prospective peut ici jouer un rôle d’alerte. Elle oblige à poser des questions difficiles :
• Quelles sont les trajectoires soutenables de la dette ?
• Quels investissements génèrent des externalités positives de long terme ?
• Quels arbitrages budgétaires sont compatibles avec la justice sociale ?
Les relations avec la Banque mondiale et le FMI doivent être analysées sans naïveté ni diabolisation. Elles relèvent de rapports de force et d’intérêts, mais aussi d’opportunités. La souveraineté ne se proclame pas ; elle se construit par la maîtrise des marges d’autonomie. Elle n’est pas autarcique non plus, c’est ouverture maitrisée !
Le systémisme comme méthode : sortir du juridisme et de l’économisme, instituer la prospective stratégique
Bien souvent, la prospective repose sur une pensée systémique. Un système est un ensemble d’éléments en interaction dynamique. L’économie ne peut être isolée du social ; le politique ne peut être dissocié du culturel ; l’environnement interagit avec l’urbanisme, l’emploi et la santé. Or, notre action publique demeure souvent cloisonnée. Les ministères fonctionnent en vase clos. L’intersectorialité est proclamée mais rarement opérationnelle. La transversalité des politiques publiques, pour ainsi dire, est insuffisante.
De nombreux pays disposent aujourd’hui de cellules de prospectives stratégiques. Elles permettent d’anticiper les ruptures technologiques, climatiques et géopolitiques. Le Sénégal gagnerait à institutionnaliser une telle structure, articulée aux ministères, mais dotée d’une autonomie intellectuelle. Elle pourrait :
• produire des notes d’anticipation sur les enjeux émergents ;
• tester les politiques publiques à l’épreuve de scénarios alternatifs ;
• intégrer systématiquement les signaux faibles dans l’analyse ;
• favoriser la transversalité gouvernementale et la cohérence stratégique.
Par ailleurs, il est urgent de dépasser le juridisme — la croyance que la norme suffit — et l’économisme — la réduction des problèmes sociaux à des équations budgétaires. Une cellule de prospective, rattachée à la Présidence ou au Premier ministre, dotée d’équipes pluridisciplinaires (sociologues, économistes, juristes, planificateurs, démographes, psychologues, polytechniciens, gestionnaires, communicants…), pourrait jouer un rôle stratégique, dès lors que le Bureau d’intelligence et de prospective économiques se réduit à une fonction éminemment économiciste. Toutefois, la prospective stratégique ne remplace pas la planification. Elle l’éclaire. Elle interroge les hypothèses implicites, teste la robustesse des politiques et explore les effets non intentionnels.
« En 2000, Dakar sera comme Paris » : pour une décolonisation prospective des administrations africaines
« En 2000, Dakar sera comme Paris. » La projection senghorienne, à la fois ambitieuse et symbolique, révélait déjà la tension constitutive des trajectoires africaines postindépendances : aspirer à la modernité tout en demeurant arrimé à des référentiels exogènes. Plus de soixante ans après les indépendances, la question n’est plus seulement celle du développement, mais celle de la colonialité persistante dans les structures administratives, les schèmes cognitifs et les pratiques gouvernementales. À travers mon article « Souveraineté, prospective décolonisée et futurs administratifs en Afrique : attitude, galbe et horizon » paru en 2024 (http://www.wirapuru.cl/images/pdf/2024/10/art6.pdf ), j’interroge les conditions d’une prospective décolonisée, entendue comme un effort méthodologique et épistémique visant à soustraire les futurs administratifs africains aux logiques mimétiques et aux séquencements temporels imposés par l’histoire coloniale et postcoloniale. Loin d’être neutres, les modèles de développement, les instruments de planification et les réformes administratives — du New Public Management aux politiques d’ajustement structurel — ont souvent reproduit une colonialité du pouvoir, du savoir, de l’être et de l’action (Quijano, 2007).
Décoloniser la prospective ne consiste pas à nier les apports extérieurs, mais à rompre avec l’illusion téléologique d’un rattrapage linéaire de l’Occident. Il s’agit plutôt d’élaborer une temporalité décoloniale, orientée vers un horizon de souveraineté assumée. Cette rénovation repose sur trois ordres complémentaires :
• Un ordre cognitif qui reconfigure les savoirs guidant l’action publique ;
• Un ordre axiologique fondé sur la réhabilitation des valeurs et des imaginaires propres ;
• Un ordre pragmatique, orienté vers des pratiques administratives affranchies du mimétisme institutionnel.
En fin de compte, face à l’homéostasie d’un système qui tend à se reproduire sous des formes renouvelées, la décolonisation des administrations africaines exige une démarche systémique mobilisant acteurs politiques, intellectuels et société civile dans une entreprise collective d’action historique. En clair, la souveraineté ne peut être proclamée sans transformation profonde des structures administratives qui la portent.
Le rôle du sociologue : pour une institutionnalisation du métier
Je ne saurais aborder cette partie sans penser au Professeur Malick Ndiaye, fin prospectiviste, qui n’a eu de cesse d’alerter sur les dérives de la gouvernance publique il y a déjà dix ans. Je pense ici à son ouvrage Où va la République ?, en me gardant de revenir sur le contexte de son écriture. Ce que je voudrais plutôt dire, c’est que la marginalisation de la sociologie dans la sphère publique est préoccupante. Le sociologue n’est ni un commentateur médiatique ni un militant déguisé. Il est un analyste des rapports d’actions et d’interactions, des dynamiques sociales, des rapports de pouvoir, des structures symboliques, des transactions sociales ; en somme, des représentations sociales à travers les schèmes de cognition.
Institutionnaliser le métier de sociologue dans l’administration, au même titre que les juristes, les économistes ou les planificateurs, permettrait de :
• Mieux comprendre l’acceptabilité sociale des réformes ;
• Anticiper les résistances et tensions latentes ;
• Prévenir ou gérer les conflits sociaux ;
• Analyser les logiques inhibitives dans l’implémentation des politiques publiques ;
• Renforcer l’adhésion collective aux transformations nécessaires.
Le changement ne se décrète pas. Il se construit dans la compréhension des imaginaires, des peurs et des attentes. Michel Crozier, fin sociologue des organisations et de l’administration, avait pourtant prévenu qu’On ne change pas la société par décret (1979). Et tout dans l’action d’un gouvernement, comme dans l’infiniment complexe des systèmes, est une (a)symétrie du changement.
Pour une ingénierie institutionnelle audacieuse : rationaliser, fusionner, clarifier
La prospective ne saurait se limiter à la formulation de visions et de scénarios. Elle doit s’incarner dans une ingénierie institutionnelle cohérente, capable de traduire les ambitions politiques en architectures administratives performantes. La question de l’organisation de l’État devient alors centrale. En effet, le Décret n°2025-1431 du 6 septembre 2025, fixant la répartition des services de l’État ainsi que le contrôle des établissements publics et des sociétés nationales entre la Présidence, la Primature et les ministères, offre une occasion historique de procéder à un travail de rationalisation en profondeur. Ce texte clarifie les lignes de tutelle, mais il appelle désormais une réflexion plus structurelle : comment rendre l’appareil d’État plus lisible, plus efficace et plus productif ?
Le constat est établi : depuis plusieurs décennies, la multiplication des agences, autorités administratives indépendantes, établissements publics et directions techniques a engendré une fragmentation institutionnelle. Certaines structures se chevauchent dans leurs missions ; d’autres reproduisent des fonctions déjà exercées au sein des ministères. Cette prolifération, souvent justifiée par l’urgence ou par des injonctions de partenaires techniques et financiers, a progressivement complexifié la gouvernance publique. Justement, la prospective invite à penser l’intelligence collective et la cohérence systémique. Dans ce cadre, l’ingénierie institutionnelle doit viser trois objectifs :
• économie des moyens : réduire les doublons, mutualiser les fonctions support, optimiser les budgets ;
• cohérence stratégique : aligner les missions sur une vision de long terme ;
• synergie opérationnelle : favoriser la transversalité et la coordination.
À titre illustratif, les agences intervenant dans les domaines de la promotion économique et de l’investissement — telles que l’APDA, l’ASEPEX, l’ADEPME, certaines directions du commerce extérieur, voire des structures comme le CICES dans sa dimension promotionnelle — pourraient être regroupées au sein d’une Agence nationale pour la Compétitivité et l’Attractivité du Sénégal (ANCAS). Cette entité unifiée concentrerait les missions de promotion des exportations, d’accompagnement des PME, de soutien à l’innovation et d’organisation des événements économiques internationaux. Ce cas d’étude peut être multiplié dans tous les autres secteurs ou domaines. Or, il n’a pas suffi d’avoir tout cela mais également un secrétaire d’État chargé du développement des PME-PMI et un secrétaire d’État chargé de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique.
Un tel exercice supposerait, en parallèle, la suppression des directions correspondantes au sein des ministères lorsque celles-ci reproduisent les mêmes fonctions. L’administration centrale doit retrouver son rôle stratégique : conception, régulation, évaluation. La mise en œuvre opérationnelle pourrait être confiée à des agences rationalisées, dotées d’objectifs contractuels clairs et d’indicateurs de performance. Cette réforme ne vise pas à affaiblir l’État, mais à le renforcer. Elle permettrait de :
• limiter les rivalités bureaucratiques ;
• réduire les coûts de fonctionnement ;
• accroître la lisibilité pour les citoyens et les partenaires ;
• améliorer la productivité administrative ;
• restaurer la chaîne de responsabilité.
L’administration ne doit plus être « baladée » par des logiques internes de pouvoir ou par des chevauchements de compétences. Elle doit devenir un instrument agile au service d’une vision partagée. Dès lors, l’ingénierie institutionnelle, pensée prospectivement, implique un travail de synthèse rigoureux : cartographie des missions, évaluation des performances, analyse des coûts, identification des redondances. Elle suppose également un courage politique : celui de supprimer des structures devenues obsolètes, de fusionner des entités, de redéployer les compétences. Au-delà des économies budgétaires, l’enjeu est celui de la cohérence de l’action publique. Un État fragmenté produit des politiques fragmentées. Un État structuré produit des politiques structurantes. In fine, la prospective stratégique nous enseigne qu’une vision, si ambitieuse soit-elle — à l’image du Sénégal 2050 — ne peut se réaliser sans une architecture institutionnelle adaptée. L’ingénierie institutionnelle devient alors un levier fondamental de pragmatisme et d’efficacité.
Pour ne pas conclure…
Si je prends aujourd’hui la plume, c’est pour rappeler que la prospective n’est ni un luxe académique ni une posture abstraite. Elle est un impératif stratégique. Le Sénégal se trouve à un moment charnière de son histoire. Les défis sont immenses : dette, emploi, cohésion sociale, souveraineté, ingénierie institutionnelle, impact environnemental. Les opportunités le sont tout autant. L’avenir ne se subit pas : il se prépare. « Où va le Sénégal ? » La question n’est pas polémique. Elle est méthodologique. Elle appelle rigueur, lucidité et courage. Il est temps que la prospective devienne un pilier de l’action publique sénégalaise. Il est temps d’institutionnaliser les métiers du social. Il est temps de penser le long terme, au-delà des échéances électorales. L’histoire jugera notre capacité collective à comprendre, à anticiper et à agir, car notre horizon d’attentes, si large, se repousse à mesure que nous avançons !
Par Dr Serigne Momar Sarr
Sociologue & Politiste, Enseignant-Chercheur
Université Cheikh Anta Diop de Dakar




