Perdus entre critiques du passé et appropriation du présent : Diomaye-Sonko, le devoir de vérité ! (Par Mamadou Kassé)

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CONTRIBUTION
Perdus entre critiques du passé et appropriation du présent : Diomaye-Sonko, le devoir de vérité ! (Par Mamadou Kassé)

Il devient de plus en plus difficile de ne pas relever une contradiction majeure dans le discours du Duo Bassirou Diomaye Faye, Président de la République et Ousmane Sonko, Premier ministre. D’une part, nous notons une volonté affichée de dresser un réquisitoire permanent contre le bilan du Président Macky Sall, présenté comme un passif lourd avec une supposée «dette cachée» et un bradage des ressources naturelles, entre autres complaintes, en mode pleurnichard. D’autre part, une tendance de plus en plus visible à s’approprier, sans scrupules, sans nuance ni reconnaissance, des projets structurants pourtant conçus, financés et très largement engagés avant leur arrivée au pouvoir dans le cadre du pragmatique et très inspiré Plan Sénégal Émergent  (PSE). 

La vérité me paraît pourtant simple : les grands projets d’un pays s’inscrivent dans le temps, nous en sommes convaincus. Pour étayer ce propos, prenons des exemples précis : Dans le domaine de l’enseignement supérieur, l’Université du Sénégal Oriental et l’Université de Matam traduisent une politique d’équité territoriale pensée et engagée bien avant l’alternance, avec des processus déjà exécutés pour chaque projet à hauteur de 80%, au moins, au moment de passer le témoin.Pour le développement territorial et urbain, des programmes comme le Projet de Mobilisation des Ressources en Eau du bassin versant du Nianija Bolong (PROMOREN) et la phase 2 du PROGEP (Programme de Gestion des Eaux pluviales et d’adaptation au Changement climatique) résultent de longues négociations avec les partenaires techniques et financiers, avec des financements mobilisés et des phases d’exécution déjà largement entamées surtout pour le PROGEP 2.  

En somme, il s’agit, pour l’essentiel de projets prêts à l’emploi avec résultats immédiats. Sur le plan des infrastructures économiques et logistiques, le Port Minéralier et vraquier de Bargny Sendou dont on annonce l’entrée en exploitation effective dans les meilleurs délais après une décennie de travaux (l’essentiel avant 2024), l’Autoroute Mbour-Fatick-Kaolack, dont le tronçon (Mbour-Thiadiaye) ouvert en grande pompe par le nouveau régime après un test grandeur nature en 2023, sous l’ancien régime,  qui avait consacré sa praticabilité, ainsi que l’Autoroute Thiès-Tivaouane-Saint-Louis, s’inscrivent dans une vision stratégique de désenclavement et de compétitivité territoriale définie et lancée bien avant 2024. 

Dans le secteur des transports, la 2ème ligne du TER Diamniadio – AIBD, cédée en 2024 dans des conditions de quasi mise en service, constitue la continuité logique d’un projet structurant déjà amorcé, financé et réalisé. En matière d’infrastructures aéroportuaires, l’Aéroport de Ziguinchor, inauguré à grand renfort de communication propagandiste, a fait l’objet d’investissements et de travaux significatifs antérieures à l’avènement du Pastef, dans une logique de désenclavement de la Casamance. Sur cette question, l’ancien DG de l’AIBD, dans un article détaillé, est revenu sur un ouvrage livré presque clés en main au nouveau régime. En effet, rien, de sa conception à sa réalisation, ne relève du génie de l’équipe actuelle.  

Sur le plan technologique et de la souveraineté numérique, le GAINDESAT-1A, premier satellite du Sénégal, est l’aboutissement d’un processus de préparation, de formation et de coopération internationale engagé sur plusieurs années et mené sur sa phase terminale, avec brio, par le Ministre Moussa Baldé. Concernant le domaine de la santé, l’Hôpital El Hadji Malick Sy illustre également cette dynamique avec un projet conçu, financé et largement mené avant l’alternance. Enfin, sur le plan du rayonnement international, l’obtention de l’organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse, Dakar 2026, vitrine actuelle du régime, constitue une victoire diplomatique majeure acquise sous le magistère du Président Macky SALL. Il est le fruit d’un travail stratégique et d’un positionnement international construit avec finesse dans la durée. 

Le dénominateur commun à tous ces projets est qu’ils ne sont ni spontanés ni improvisés. Ils sont le résultat d’années d’anticipation, de planification, de mobilisation de ressources et de négociations complexes. C’est pourquoi vouloir les présenter aujourd’hui comme de nouvelles réalisations, sans jamais évoquer leurs concepteurs et les efforts consentis en amont, revient à occulter une partie essentielle de la vérité. La continuité de l’État est un principe fondamental. Elle implique non seulement de poursuivre les projets utiles,mais le plus important est d’en reconnaître l’origine. Il apparaît insoutenable, dans le même temps, de dénoncer un héritage et s’en prévaloir lorsqu’il devient politiquement rentable. De mon point de vue, le Sénégal mérite mieux qu’une lecture sélective de son histoire récente. Il mérite un discours de vérité, de responsabilité et de respect du travail accompli généreusement par le Président Macky Sall. Gouverner, ce n’est pas seulement inaugurer, c’est aussi reconnaître les «géniteurs», les concepteurs et les Maîtres d’œuvre des projets qui se réalisent. 

Mamadou KASSÉ 

Urbaniste Aménagiste 

Secrétaire national aux affaires économiques et financières de l’APR