La récente polémique autour de la coiffure d’une ministre a occupé pendant plusieurs jours les réseaux sociaux, les médias et les conversations du quotidien. Chacun est libre d’apprécier ou non une apparence, un style vestimentaire ou une coiffure. La critique fait partie du débat démocratique.
Mais lorsqu’un débat national se construit autour de l’apparence d’une femme exerçant des responsabilités publiques, une question mérite d’être posée : avons-nous réellement identifié les priorités qui devraient mobiliser notre attention collective ?
Car pendant que l’on commentait une coiffure, un chiffre essentiel est passé presque inaperçu : le gouvernement sénégalais ne compte aujourd’hui que quatre femmes sur quarante ministres, soit à peine 10% de l’effectif gouvernemental.
A l’échelle africaine, cette proportion apparaît particulièrement faible.
Le Rwanda demeure une référence continentale avec une représentation féminine dépassant régulièrement les 50% dans les principales institutions politiques. L’Afrique du Sud affiche environ 43% de femmes au gouvernement. La Namibie se situe autour de 40%. L’Ethiopie a marqué l’histoire récente du continent en constituant un gouvernement composé à 50% de femmes. Le Cap-Vert atteint également près de 40% de représentation féminine au sein de son Exécutif.
Ces chiffres ne sont pas le fruit du hasard. Ils traduisent des choix politiques assumés et la volonté de faire une place plus importante aux femmes dans les sphères de décision.
Derrière ces statistiques se trouvent des parcours remarquables et des réalisations concrètes. Le continent africain a vu émerger des figures de premier plan telles que Ellen Johnson Sirleaf au Liberia, Sahle-Work Zewde en Ethiopie ou encore Rose Mukantabana au Rwanda.
Le Sénégal lui-même possède une histoire riche de femmes qui ont marqué la vie publique par leur engagement, leur compétence et leur leadership.
Caroline Faye Diop, première femme députée du Sénégal indépendant, Annette Mbaye d’Erneville, pionnière du journalisme et de la défense des droits des femmes, Mame Madior Boye, première femme Première ministre du Sénégal, Aminata Niane, qui a porté des réformes économiques majeures au service de l’investissement et du développement, Aïssata Tall Sall dont l’action a contribué au rayonnement de la diplomatie sénégalaise sur la scène internationale, ou encore Aminata Touré, qui a exercé les fonctions de Première ministre et occupé plusieurs responsabilités de premier plan au service de l’Etat, illustrent la capacité des femmes sénégalaises à exercer les plus hautes fonctions et à contribuer durablement à la transformation du pays.
Que l’on partage ou non leurs orientations, l’histoire les retient pour leurs réalisations, leur engagement et leur vision.
Rarement pour leur apparence, et c’est précisément là que réside l’enjeu.
Une démocratie mature évalue ses responsables sur leurs résultats, leur capacité à transformer la société, leur intégrité et leur aptitude à répondre aux attentes des citoyens.
Lorsqu’une nomination féminine suscite davantage de commentaires sur une coiffure que sur les missions confiées à la personne concernée, nous envoyons un signal préoccupant aux jeunes générations : celui selon lequel l’apparence demeure parfois plus observée que la compétence.
Pourtant, les Sénégalaises continuent de porter des combats autrement plus importants : l’accès à l’éducation, à l’emploi, à l’entrepreneuriat, au financement, aux postes de responsabilité, ainsi que la lutte contre les violences et les discriminations.
Voilà les sujets qui devraient mobiliser notre énergie collective.
Le Sénégal mérite un débat public à la hauteur de ses ambitions. Un débat capable d’interroger les politiques publiques, d’évaluer les résultats gouvernementaux, de proposer des solutions aux défis économiques et sociaux et de réfléchir à la place des femmes dans la construction de notre avenir commun.
Une coiffure passera mais les défis du Sénégal demeureront.
L’histoire retiendra rarement la manière dont une ministre portait ses cheveux. Elle retiendra en revanche les décisions prises, les réformes engagées et l’impact laissé sur la vie des citoyens.
La véritable question n’est donc pas de savoir si l’on approuve ou non le style d’une ministre.
La véritable question est de savoir pourquoi les femmes ne représentent encore que 10% du gouvernement sénégalais alors que plusieurs pays africains ont déjà franchi le seuil des 40%, voire atteint la parité.
Le jour où nous consacrerons autant d’énergie à débattre de la place des femmes dans les instances de décision qu’à commenter leur apparence, nous aurons collectivement élevé le débat.
Et c’est probablement ce dont le Sénégal a le plus besoin aujourd’hui.
Elevons le débat !
Boudy TALL DIAW
Présidente du Cercle des Convergences Afrique-France
Quatre femmes ministres sur quarante : voilà le vrai débat !
12:46
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