Restructuration économique, restructuration touristique ? Par El Hadj Ndary Gueye

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CONTRIBUTION
Restructuration économique, restructuration touristique ?  Par El Hadj Ndary Gueye

Le monde n’en a pas fini de vivre le grand chamboulement touristique actuellement, le temps du slow tourisme, depuis le début des hostilités entre l’Iran et les Usa et ses incidences fâcheuses sur certaines destinations, comme la nôtre, déjà mal en point, qu’une autre chape de plomb nous tombe sur la tête ; une restructuration dans l’air, que nos Autorités, osent à peine prononcer, même pour chahuter.

La situation du tourisme national, n’était guère reluisante, affectée par un immobilisme structurel, une verticalité qui n’a pas su, emboîter la marche du temps, celui de l’inventivité. Le Sénégal n’a pas réussi à intégrer dans sa démarche promotionnelle, un paradigme nouveau, à la limite, un must : la mise à jour du logiciel, la métamorphose du secteur, en business, condition sine qua non pour sa survie.

Le comble, le mal dans l’histoire, est ce qui apparaît comme un contre-emploi. Il relève d’un choix inconséquent, porté par l’État sur des politiques, la responsabilisation des fonctionnaires, pour piloter un univers d’investissements privés, des hommes d’affaires chevronnés, surtout ceux du serail, mais à vrai dire, écrasés par l’État. C’est un management, on ne peut plus paradoxal, décalé des réalités. Des fonctionnaires noyés dans leurs certitudes de sachants, croyant de surcroît, être les meilleurs profils, pour décider du sort touristique de notre pays, quand l’environnement parle busines. Ils ont pris la place des autres.

La fonctionnarisation de ce secteur privé, est un véritable frein à main. Ce pré-carré, a conservé les réflexes ataviques, d’un modus operandi anachronique. L’État a créé une situation hybride, de légèreté, d’insouciance, selon les critères de nomination, en général, basés sur le clientelisme. Cela devient dans la durée, une sorte de rente et même d’impunité, à la faveur, d’une nomenklatura de mauvais aloi. 

Ces nominations subjectives, hors du champ des affaires, sont à la base de ce tourisme dormant, avec les mêmes formules, le même personnel, presque toujours reconduit, auto-satisfait de ses résultats, depuis presque trente ans. Le ratio entre le conditionnel, ce qui devrait être et le présent, donne un écart, une amplitude impressionnante. Et la pathologie semble devenir chronique.

Avec une situation économique mondiale aussi turbulente, il est donc plus avisé, plus réaliste dans les projections du département, d’envisager, un court terme, déjà hypothétique pour 2027, plutôt que de phantasmer sur une embellie en 2030, après l’élection présidentielle, surtout dans un contexte d’instabilité politico-économique qui perdure.

Voilà à ce jour, des managers très agités, mais sans vision, depuis les periodes fastes du rallye Paris-Dakar, où rien de substantiel n’a été fait, ainsi que pour la coupe du monde 2002, où subjugué par les performances de nos Lions, en Corée du sud, le commun des mortels, cherchait la curiosité du jour, à situer ce Sénégal, cette pépite sur la carte du monde. Notre pays pouvait jouer le rebond, car, il y avait du gain dans l’air, de quoi engranger des devises. 

Nous avions des fans un peu partout à l’échelle planétaire, fascinés, totalement éblouis par un outsider, un petit poucet, un inattendu dans la cour des grands qui bousculait la hiérarchie, qui a fait frissoner le gotha du ballon rond. Ces admirateurs, invités chez nous, pouvaient grossir le flux avec des effets domino, en venant partager notre folie et pourquoi pas se sédentariser en investissant ?

Il existait donc des possibilités de remplir nos caisses tellement, les étoiles étaient alignées. Nos chances étaient bien réelles, tout nous souriait, nous étions en haut de l’affiche. Nous pouvions devenir une destination majeure africaine.

Avec cette main tendue de Dieu, les opportunités d’investissement, étaient bien réelles, ne serait-ce, en priorité, construire une tour, une sorte de Sagrada familia, pour abriter les locaux de l’administration touristique, un immeuble à la dimension du secteur, visible de partout dans la ville, réglant définitivement la sempiternelle location pour l’agence de promotion. Cela pouvait traduire à l’envie, un signe de bonne santé, de croissance, de développement, d’un secteur qui marche, qui gagne. Le Sénégal touristique qui gagne était bien possible ! Hélas le management a manqué de vision au prix fort du contre- emploi, du fonctionnariat, du manque d’ingénierie. 

Notre tourisme a raté ainsi, l’opportunisme des situations, la gâchette facile, « opportunity knocks only once », dans ce monde cruel des affaires. Le Rwanda sorti du génocide en 1994, est un exemple éloquent de realisme et de volonté politque. 

Ce pays qui épate avec ses résultats plus qu’élogieux, semble avoir compris, les vertus du fighting spirit, au travers d’un marketing agressif de son tourisme et d’une promotion, dont l’efficience n’est plus à démontrer. 

Selon le Rapport de l’Institut national des statistiques du Rwanda (NISR), les visiteurs étrangers ont dépensé 604,5 millions de dollars. Franz Fanon ne soutenait-il pas, que « les derniers, seraient les premiers » ?

Nous n’avons pas exploité à fond le Paris-Dakar qui a émigré en Amérique latine, pour cause d’insécurité en Afrique. Le rallye a été managé là-bas, différemment, contrairement aux éditions modernes, en Amérique du Sud ou en Arabie Saoudite, où les pays paient des droits de franchise de plusieurs millions de dollars. Le modèle de l’époque reposait sur des bénéfices indirects, principalement axés sur l’hôtellerie, le commerce local et une immense vitrine publicitaire. Le Sénégal, n’a jamais su tirer son épingle du jeu dans ces deux événements. On est encore, un désert événementiel.

A la vérité, notre tourisme, n’a jamais reçu ses lettres de noblesse, la considération qui sied à cette industrie, considérée comme la première dans le monde qui représente environ 10 % du PIB mondial et génère des centaines de millions d’emplois à travers la planète. 

Le prisme a travers lequel, les Autorités le perçoivent, est malheureusement, celui d’un accessoire, même si dans le temps, on déclarait urbi et orbi, qu’il était le second poumon de l’économie nationale après la pêche. Il est depuis, rentré en disgrâce, peu valorisé, plombé par un personnel au cdi ouvert sur l’infini, sans solutions véritables, depuis plus de deux décennies. 

Le ci-devant personnel qui gère encore, sans aucune prise de conscience sur ses véritables limites, n’a pas été le catalyseur attendu dans le secteur. L’on peut sans doute, lui accorder des préjugés favorables, d’avoir donné du mieux, qu’il a pu, mais n’en demeure pas moins, dépassé aujourd’hui par la géopolitique et la géoéconomie, dans un écosystème féroce des affaires, aussi fluctuant qu’un thermomètre. Donald Trump dans sa démarche « we make America great again », ne chambarde-t-il pas en même temps, la sérénité du microcosme des voyages ? Le monde de tout temps, plus précisément, celui d’aujourd’hui, n’a pas de sentiments, il n’y a que des intérêts en jeu.

Trump homme d’affaires d’abord, a compris que, qui tient l’économique, tient le pouvoir, avec aujourd’hui, une donne toute nouvelle : la quasi confiscation de la manne pétrolière venezuelienne, mais avec des effets immédiats, dont accidentellement, un tourisme d’affaires prometteur, même si cette sorte d’anschluss, heurte la morale.

Notre management, une véritable bureaucratie haut perchée, ne semble vraisemblablement, pas trouver les ressorts, la niaque, les trucs et astuces d’une relance touristique, encore moins, les clés pour hisser notre tourisme dans les destinations de choix africaines. 

L’Aspt, l’archetype de cette bureaucratie devant l’Eternel, n’est pas au diapason de ce monde impitoyable des affaires qui bouge, où des destinations sont parfois dans une situation ambivalente, entre la bonne affaire et la berezina. L’on est ainsi, plus que jamais, dans un permanent jeu d’échecs auquel, seuls des initiés, férus de géopolitiques, peuvent s’en sortir indemnes. 

La désaffection pour notre pays, si visible avec nos rues désertes, une scène jadis inimaginable, est aujourd’hui, une réalité, aussi évidente qu’un nez sur la figure. Il y a plus de mendiants que de visiteurs. L’Aspt telle quelle, n’a pas la fibre du commerçant qui peut vendre la destination.

L’autre paramètre depuis 2024, est présentement, la situation difficile de l’économie du pays et sa présumée restructuration, qui augure de lendemains peu reluisants pour notre tourisme, amaigri, désargenté qui n’a pas les moyens de sa politique. Le coût élevé de la vie, non maîtrisé jusqu’ici, allant de Charybde et Scylla et ses répercussions sur le package, sur le séjour, ne peuvent être des armes massives de séduction.

Et au-delà du pire, que faut-il faire encore, avec la réputation d’un pays, parmi les plus chers d’Afrique et dans une guerre de tranchées, politiquement ? Mais une question subsidiaire tout de même existe : quelle sera la quote  part du département pour ses activités avec les 2,2 milliards de dollars du Fmi ?