Loi de finances rectificative 2026 : ce qu’il faut savoir

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Loi de finances rectificative 2026 : ce qu’il faut savoir

Les recettes reculent de 340 milliards de FCFA, la subvention à l’énergie explose et les dépenses d’investissement fondent. Les 122 pages du projet détaillent les gagnants et les perdants de ce recadrage budgétaire

Le projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2026 est arrivé à l’Assemblée nationale vendredi 18 septembre 2026. Selon le document, le déficit budgétaire passe de 5,4 % à 7,6 % du PIB par rapport à la loi de finances initiale (LFI, loi n°2025-19 du 22 décembre 2025). Il atteint 1 735,2 milliards de FCFA, sur un PIB estimé à 22 861,2 milliards. Le texte est présenté au titre de l’article 47 de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF).

Les recettes du budget général sont revisées à 5 848,7 milliards de FCFA, contre 6 188,8 milliards dans la LFI. C’est 340,1 milliards de moins (-5,5 %). Les dépenses, elles, montent de 150 milliards (+2 %), à 7 583,9 milliards contre 7 433,9 milliards.

Le gouvernement justifie ce recadrage par un contexte dégradé. La croissance est ramenée à 2,7 %, soit 2,3 points de moins que prévu. Le document cite aussi la révision à la baisse par le FMI de la croissance mondiale, de 3,3 % à 3,0 %.

Le détail par nature d’impôt, en annexe, montre un rééquilibrage brutal, en milliards de FCFA:

  • Les impôts sur les salaires reculent de 1 179,8 à 837,0 (-29,1 %). Les recettes liées au PRES sont ramenées de 762,9 à 311,5, soit 451,4 de moins.
  • Les impôts sur les revenus et bénéfices progressent de 661,7 à 854,0 (+29,1 %).
  • Les impôts intérieurs sur les biens et services baissent de 2 260,6 à 1 987,9 (-12,1 %).
  • Les droits et taxes à l’exportation s’effondrent de 40,3 à 4,3 (-89,3 %). Les droits d’importation progressent légèrement, de 582,2 à 593,3.
  • Les recettes non fiscales augmentent de 228,2 à 283,1 (+24,5 %). Les revenus de l’entreprise et du domaine, pétrole compris, passent de 193,9 à 262,3.
  • Les recettes issues des jeux de hasard sont ramenées de 300 à 120.

Le poste qui pèse le plus est la subvention à l’énergie. Elle passe de 250 à 790,3 milliards de FCFA, soit 3,5 % du PIB contre 1,1 % dans la LFI. Les intérêts de la dette montent de 1 190,6 à 1 285,2 milliards. Les dépenses de personnel sont fixées à 1 532,8 milliards. Les dépenses de biens et services et de transferts courants atteignent 2 185 milliards, contre 1 650 milliards.

Ces hausses sont financées en partie par un recul de 555 milliards de l’investissement:

  • Sur ressources internes, il passe de 1 133,2 à 315,7 milliards selon l’exposé, une baisse de 817,5 milliards.
  • Sur ressources externes, il passe de 1 115,7 à 239,3 milliards.

Une annexe reprend les investissements exécutés par l’État sur ressources internes, en crédits de paiement. Ils passent de 1 081,2 à 633,4 milliards (-41,4 %). Les prêts extérieurs reculent de 1 209,8 à 975,0 milliards (-19,4 %). Les transferts en capital sur ressources internes progressent de 35,9 %.

Qui perd, qui gagne

Le tableau par ministère, en crédits de paiement, dessine des choix nets. Sauf mention contraire, les montants sont en milliards de FCFA. La LFI passe de 7 433,9 à 7 583,9 au total.

Les grands perdants:

  • Les Infrastructures reculent de 716,1 à 477,8 (-33,3 %). Les infrastructures portuaires et aéroportuaires perdent 52,8 % et les routes 30,5 %.
  • L’Industrie et le Commerce passent de 150,1 à 40,7 (-72,9 %).
  • L’Hydraulique et l’Assainissement passent de 244,9 à 138,8 (-43,3 %).
  • Les Transports terrestres et aériens passent de 239,7 à 175,1 (-27 %).
  • L’Urbanisme et les Collectivités territoriales passent de 250,9 à 218,2 (-13 %). Les crédits du logement chutent d’environ 70 %.
  • L’Éducation nationale recule de 990,8 à 959,5 (-3,2 %), avec un investissement quasi supprimé dans le secondaire général et divisé par plus de deux dans l’élémentaire.
  • La Famille et l’Action sociale passent de 122,8 à 105,5 (-14,1 %).
  • Les charges non réparties passent de 487,9 à 413,1 (-15,3 %).

Les ministres dont les crédits progressent:

  • Les Forces armées passent de 338,4 à 361,8 (+6,9 %), avec des transferts courants en hausse de 124,9 %.
  • L’Intérieur et la Sécurité publique passent de 220,0 à 262,0 (+19,1 %).
  • La Santé passe de 217,3 à 246,1 (+13,3 %).
  • La Jeunesse et les Sports passent de 39,0 à 49,2 (+26,3 %).
  • L’Agriculture passe de 247,6 à 262,2 (+5,9 %).
  • La Présidence passe de 204,5 à 213,0.

Le texte compare aussi des lignes qui ne se recoupent pas. Un nouveau ministère de l’Économie, des Finances et du Plan apparaît à 1 117,2 milliards, contre 0 dans la LFI. Il porte notamment le fonds national de résilience (185), le fonds de stabilisation (70,9) et la restructuration des sociétés de patrimoine (22,75). Le ministère des Finances et du Budget tombe de 676,4 à 244,8. Le ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines (130,1 à 17,7) est scindé avec un ministère de l’Énergie et du Pétrole (36,0), tout comme les Télécoms et le Numérique. 

Le poids de la dette

En 2026, le service de la dette atteint 5 801,4 milliards de FCFA (principal 4 516,2 et intérêts 1 285,2). La dette intérieure pèse 3 349,1 milliards. Elle comprend les OTA (1 119,5), les BTA (884,2), la dette bancaire (629,1), l’appel public à l’épargne (368,8), le rachat de DTS du FMI (195,6) et les sukuk (26,5). La dette extérieure représente 2 452,3 milliards. On y trouve les multilatéraux (569,3), les bilatéraux (370,4), les crédits à l’exportation (569,5) et la dette commerciale (917,4), dont 354,5 pour l’Eurobond.

Hors comptes spéciaux du Trésor (CST), le budget général compte 7 251,9 milliards de crédits de paiement. Les CST représentent le solde de 332 milliards, en hausse depuis 256,7. Les affaires économiques absorbent 2 270,4 milliards et les services généraux 1 984,7. L’enseignement pèse 1 437,0, la défense 344,2, l’ordre et la sécurité 332,8, la santé 267,8 et l’environnement 228,3. Le logement (151,0) et la protection sociale (138,7) ferment la marche. Par catégorie de dépense, on relève 1 532,8 pour le personnel, 1 285,2 pour la dette, 1 759,8 pour les transferts courants et 1 674,3 pour les investissements exécutés par l’État.

Le tableau des CST détaille aussi des dotations. Le fonds intergénérationnel passe de 7,6 à 30,1 milliards, le fonds de stabilisation de 18,1 à 70,9, et le fonds national de résilience est doté de 185 milliards. Le total des comptes d’affectation spéciale passe de 238,0 à 313,3 milliards.

Une annexe liste les projets financés sur ressources extérieures, par bailleur. Le total s’établit à 1 866,2 milliards en autorisations d’engagement et 1 115,7 milliards en crédits de paiement. Les sections les mieux dotées en crédits de paiement sont les Infrastructures (303,6 milliards, sur 450,2 d’autorisations), l’Économie, les Finances et le Plan (189,5), l’Urbanisme (82,4), l’Agriculture (76,9), l’Hydraulique (72,7), l’Intérieur (61,5) et les Transports (61,8).

Plusieurs lignes ressortent:

  • le projet d’urgence de réponse contingente (CERP) de la Banque mondiale, 120 milliards;
  • l’autoroute Dakar-Tivaouane-Saint-Louis, financée par un pool de bailleurs (BAD, BADEA, BID, BIDC, BOAD, fonds koweïtien et saoudien, OPEP, Société générale Côte d’Ivoire);
  • le projet d’amélioration de la connectivité des zones de production agricoles (PCZA), de la Banque mondiale, avec 124,1 milliards d’engagements pour 45 en paiements;
  • le pilote de bus rapid transit (21,5 milliards en engagements) et l’acquisition de 370 bus Iveco;
  • l’électrification de 700 localités par la Sagemcom, avec JP Morgan (25 milliards d’engagements);
  • la reconstruction de l’hôpital Le Dantec, avec la Société générale France (10 milliards);
  • la vidéo-protection de Dakar, avec la BOAD (31,4 milliards);
  • le renforcement des infrastructures des forces de sécurité dans le cadre des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) 2026 (28,2 milliards);
  • des équipements militaires financés par Hapoalim (Israël), 8 milliards d’engagements pour 1 milliard en paiements.

Les transferts aux services non personnalisés

La liste des transferts aux services non personnalisés de l’État (SNPE) totalise 285,8 milliards en crédits de paiement. L’Agriculture reçoit 130,8 milliards, dont 112,95 pour l’amélioration de la productivité agricole et 13 pour la mécanisation. Viennent ensuite l’Éducation nationale (22,8), les Infrastructures (21,0, dont 14 pour la remise à niveau d’infrastructures sportives des JOJ), l’Économie (16,7), la Santé (16,6), la Justice (10,4), la Jeunesse et les Sports (10,4) et les charges non réparties (13,9). Le ministère de l’Urbanisme reçoit 9,3 milliards, dont 8,0 pour les loyers des bâtiments administratifs.

Le texte crée une contribution de solidarité économique sur les opérateurs de monnaie électronique. Son taux est de 8 %, 9 % ou 10 % selon les tranches de 150 et 300 milliards. Elle est versée par acomptes en juin, septembre et décembre, avec un solde en mars. Il instaure aussi un impôt minimum forfaitaire de 0,5 % (avec planchers et plafonds). Il prévoit un timbre sur les quittances: exemption jusqu’à 100 000 francs, 1 % au-delà, et 200 francs sur les reçus de dépôts d’espèces.

Un régime spécifique est défini pour les logements sociaux: IS réduit de moitié, TVA suspendue, à la demande du 16 juillet 2026. Le marquage fiscal est encadré, avec amende de 200 000 francs, saisie, délai de 30 jours et confiscation. L’article 20 proscrit les engagements préalables et les lettres d’engagement.

Le besoin de financement est de 6 774,2 milliards. Il se compose de l’amortissement de la dette (4 516,2), du déficit (1 735,2), de l’apurement d’arriérés (300), des rétrocédés (172,8) et des opérations OPEX (50). L’audit de l’Inspection générale des finances (IGF) a fiabilisé la dette non financière à 300 milliards. Les emprunts prévus sont de 5 626,4 milliards, auxquels s’ajoutent 975 milliards de projets et 172,8 milliards de rétrocédés, soit une variation nette de l’encours de 2 258 milliards. Un décret d’avance (n°2026-1610 du 11 septembre 2026) a déjà mobilisé 7,2 milliards pour les vivres de soudure.