Le gouvernement choisit d’exclure totalement la dette en monnaie locale de sa restructuration avec le FMI. Une décote sur ces actifs anéantirait le capital des banques sénégalaises et ivoiriennes et fermerait le marché régional indispensable à l’État
En annonçant l’exclusion formelle de sa dette libellée en francs CFA du futur plan de restructuration conclu avec le FMI, le gouvernement sénégalais préserve la stabilité de son système bancaire et son principal canal de refinancement, tout en reportant l’intégralité de l’effort financier sur les créanciers extérieurs, analyse le journaliste Fiacre E. Kakpo pour l’Agence Ecofin.
Cette décision stratégique, officialisée par le ministre des Finances Cheikh Diba dans la foulée de l’accord technique de 2,2 milliards de dollars avec l’institution de Washington, apporte un soulagement direct aux banques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Selon les évaluations de l’agence Fitch Ratings, les titres publics détenus par les banques de l’UEMOA représentent l’équivalent de trois fois leurs fonds propres, soit entre 25% et 35% de l’ensemble de leurs actifs à fin mars 2026. Pour les établissements bancaires sénégalais, l’exposition à la seule dette souveraine nationale avoisine 12% des actifs, ce qui correspond à la quasi-totalité de leur capital. Imposer une décote sur ces titres anéantirait instantanément leurs fonds propres et déstabiliserait les banques de la région, les investisseurs sénégalais et ivoiriens ayant absorbé respectivement 55% et 35% des émissions de titres sénégalais en 2025.
Au-delà de la solvabilité bancaire, l’impératif pour Dakar est d’assurer la continuité de son financement quotidien. Face à des besoins annuels estimés à environ 6 000 milliards FCFA (près de 10,6 milliards de dollars, soit le quart du PIB), le Trésor dépend massivement du compartiment régional, où il a levé 2 224 milliards FCFA en 2025 et programmé 4 209 milliards pour 2026.
Restructurer ce compartiment fermerait l’accès à ce marché indispensable, dont le coût moyen s’établit à 7,43% sur des maturités courtes de 2,33 ans, bloquant ainsi l’exécution budgétaire de l’État dès le trimestre suivant. Ce choix concentre l’ensemble des pertes sur les créanciers bilatéraux, menés par la Chine, et les détenteurs d’eurobonds, la dette multilatérale étant juridiquement préservée. Ces acteurs risquent toutefois de contester cette dispense au nom de la « comparabilité de traitement » exigée dans le Cadre commun du G20.
La situation se complique avec les opérations de swap de rendement total (Total Return Swap), par lesquelles des banques internationales sont exposées à la dette locale. Ces contrats comportent une clause obligeant l’État à injecter des liquidités pour compenser d’éventuelles baisses de valeur des titres.




