Le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikhou Oumar Bâ, a ouvert, le 7 septembre, la session 2026 du Comité scientifique et technique de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (ISRA), qui se poursuit jusqu’au 11 septembre. Entre bilan scientifique, priorités semencières, adaptation climatique et renforcement des ressources humaines, le ministre a fixé les principaux axes devant guider l’Institut pour mieux accompagner la politique de souveraineté agricole du Sénégal, rapporte sud .
Pour Cheikhou Oumar Bâ, cette session revêt une dimension particulière. Ancien responsable du Bureau d’analyses macroéconomiques de l’ISRA, il a tenu à rappeler son attachement à l’Institut et à la recherche agricole. « Revenir aujourd’hui à l’ISRA, en qualité de ministre en charge de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, est donc pour moi bien plus qu’une obligation protocolaire : c’est un retour aux sources », a-t-il déclaré.
Une expérience qui nourrit sa vision du rôle de la recherche dans la transformation du secteur agricole. À ses yeux, elle demeure « le socle sur lequel se bâtit toute politique agricole ambitieuse et durable ». Le ministre a, dans le même temps, salué la qualité du cycle de programmation scientifique 2026. Il a notamment cité les ateliers de préprogrammation organisés dans différentes zones du pays avec la participation des producteurs, ainsi que les animations scientifiques introduites cette année pour renforcer la transversalité entre les disciplines et les différents centres de l’Institut.
Il a ainsi adressé ses félicitations au directeur général, au directeur scientifique et à l’ensemble du management de l’ISRA pour « ce travail exigeant ».
LA BATAILLE DES SEMENCES
La souveraineté semencière constitue l’un des principaux axes de la feuille de route présentée par le ministre. Dr Cheikhou Oumar Bâ a salué la Stratégie de souveraineté semencière 2025-2034, dans laquelle l’ISRA joue, selon lui, un rôle scientifique moteur.
Il a particulièrement mis en avant la production, pour la première fois au Sénégal, de semences certifiées de pomme de terre d’origine locale. Une avancée qu’il considère comme un résultat majeur de la recherche appliquée. « Des plants sains, productifs, produits chez nous : voilà ce que la recherche appliquée peut apporter, très concrètement, à la vie de nos producteurs », a-t-il insisté, avant d’appeler l’Institut à « intensifier ces efforts ». L’ambition est ainsi de rapprocher davantage la recherche des besoins des producteurs et de réduire progressivement les dépendances extérieures en matière d’intrants et de matériel végétal.
LE CLIMAT AU CŒUR DES PRIORITÉS
La deuxième grande priorité concerne l’adaptation de l’agriculture aux effets du changement climatique.
S’adressant aux membres du Comité scientifique et technique, le ministre leur a demandé d’accorder « une attention soutenue aux enjeux semenciers et climatiques » et de formuler des recommandations « exigeantes, à la hauteur des attentes de nos populations ». Il a également salué leur « compétence et leur indépendance de jugement, reconnues au niveau national et international », considérant le Comité comme un « outil précieux d’aide à la décision » pour son département. Cette exigence doit se traduire dans la programmation scientifique de l’ISRA, notamment à travers des solutions capables de renforcer la résilience des systèmes de production face aux aléas climatiques.
L’INNOVATION COMME IMPÉRATIF
Le ministre a par ailleurs lancé un appel à l’audace aux chercheurs, ingénieurs et techniciens de l’Institut. Il les a exhortés à « nourrir une curiosité insatiable, à questionner sans relâche les modèles établis et à oser l’innovation ». Une exigence qui s’explique par l’ampleur des défis auxquels est confrontée l’agriculture sénégalaise. « Le chemin vers des systèmes alimentaires durables est encore long », a-t-il rappelé, estimant qu’il « ne pourra être tracé sans une recherche forte, créative et résolument ancrée dans les réalités du terrain ». L’intelligence artificielle devrait également intégrer cette dynamique. Le ministre a invité l’ISRA à réfléchir à ses implications et à ses applications dans les méthodes et procédures de recherche agricole.
LE CAPITAL HUMAIN, UN MAILLON À RENFORCER
Au-delà des orientations scientifiques, Cheikhou Oumar Bâ a reconnu les limites actuelles de l’Institut, notamment en matière de ressources humaines. « Le nombre de chercheurs, au regard des ambitions nationales, demeure encore limité », a-t-il reconnu, appelant à des « efforts soutenus de renforcement du capital scientifique de l’Institut ». Le gouvernement entend accompagner cette montée en puissance. Le ministre a assuré que cette priorité « retient toute l’attention du Gouvernement », qui réaffirme son engagement en faveur de la modernisation de l’ISRA. Dans cette perspective, il a encouragé l’Institut à développer des passerelles avec les nouvelles universités sénégalaises. Une démarche qui pourrait favoriser la mutualisation des compétences, des équipements et des infrastructures et, ainsi, accroître les capacités nationales de recherche.
UNE RESPONSABILITÉ COLLECTIVE
En clôture de son allocution, le ministre a exprimé sa gratitude aux membres du Comité scientifique et technique, au président du Conseil d’administration, au personnel de l’ISRA ainsi qu’aux partenaires techniques et financiers de l’Institut. Il a surtout réaffirmé son engagement à accompagner l’établissement : « La réussite de l’ISRA est celle du Ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, et je renouvelle ici tout mon soutien et mon engagement à ses côtés. » Au-delà du bilan de la recherche agricole, la session 2026 du Comité scientifique et technique marque ainsi une nouvelle étape dans la mise en cohérence de la recherche avec les ambitions de souveraineté alimentaire du Sénégal. Semences, climat, innovation et capital humain constituent désormais les principaux leviers sur lesquels l’ISRA devra s’appuyer pour transformer davantage la recherche en résultats agricoles concrets.




