Ceux qui veulent m’exclure (…) doivent expliquer aux militants qui est vraiment en rupture avec l’esprit socialiste

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Ceux qui veulent m’exclure (…) doivent expliquer aux militants qui est vraiment en rupture avec l’esprit socialiste

À quelques jours de l’Assemblée générale des secrétaires généraux de coordination prévue le samedi 13 juin, le Parti socialiste est confronté à une nouvelle crise, susceptible de plonger davantage la formation fondée par Léopold Sédar Senghor dans l’incertitude. Accusés d’avoir enfreint les règles internes du parti, au point que certains réclament la constatation de leur auto-exclusion, les initiateurs du Manifeste « Dundal PS – Faire revivre le Parti socialiste » réfutent ces griefs. Dans cet entretien accordé à Sud Quotidien, Alioune Ndoye, membre fondateur du courant aux côtés de Serigne Mbaye Thiam, expose les motivations de leur démarche et répond aux partisans de la thèse de leur auto-exclusion, rapporte Sud.

Le 28 janvier dernier, vous avez initié, avec quelques camarades du Parti socialiste, une fronde contre l’actuel secrétaire général à travers la publication du manifeste «  Dundal  PS ». Pourquoi avoir choisi une telle démarche alors que vous êtes membres du Bureau politique ?

Je récuse totalement le mot « fronde ». Ce n’est pas une catégorie politique, c’est un procès d’intention. Nous ne sommes pas dans la rébellion, nous sommes dans la fidélité active au Parti socialiste. Quand on aime un parti, on ne l’accompagne pas en silence vers sa disparition, on se bat pour le sauver. 

«  Dundal  PS » est né d’un constat lucide.  Le PS s’efface progressivement de la scène politique, il n’est plus audible ni pour les populations ni pour la jeunesse. Nous avons d’abord alerté en interne, dans toutes les formes possibles. Quand ces alertes sont ignorées, la véritable responsabilité, ce n’est pas de se taire, c’est de parler à visage découvert devant les militants et devant le pays. Ce que certains appellent « fronde », c’est en réalité la dernière forme de loyauté, refuser de transformer un grand parti historique en simple appareil replié sur lui-même. Nous assumons une démarche de refondation, pas de subversion. Notre ligne est simple : ou bien le PS se réveille, ou bien il disparaît.

Quel bilan tirez-vous aujourd’hui de ce manifeste ?

Le premier bilan, c’est que « Dundal PS » a libéré la parole. Partout, des sections, des coordinations, des militants, au Sénégal comme dans la diaspora, nous disent : « Vous avez mis des mots sur ce que nous vivons depuis des années. » Le malaise n’est plus souterrain, il est visible, assumé, partagé. 

Le deuxième bilan, c’est qu’il a obligé chacun à regarder la réalité en face : effondrement électoral, absence dans le débat public, structures figées, congrès repoussés, base militante ignorée. On ne peut plus faire semblant. Le temps des faux-semblants est terminé, le PS est à l’épreuve de sa vérité. 

Enfin, ce manifeste a révélé qu’il existe encore une énergie militante prête à se mobiliser pour une véritable refondation. Loin d’affaiblir le parti, « Dundal PS » a montré qu’il est encore possible de le relever, à condition d’avoir le courage de rompre avec les habitudes qui l’ont conduit au déclin.

Certains de vos camarades, estimant que la qualité de membre du Parti socialiste est incompatible avec l’appartenance à une autre organisation politique, demandent à la direction du parti de constater votre auto-exclusion. Que leur répondez-vous ?

Je leur réponds que c’est une lecture très sélective et très intéressée des principes. Pendant des années, certains ont fermé les yeux sur la dilution du PS dans des coalitions où il n’avait plus ni voix ni visibilité. Là, la question de la « pureté » ne se posait pas. Elle ne surgit que lorsqu’il s’agit de faire taire ceux qui réclament la refondation du parti.

Ensuite, il faut être précis : se battre pour faire revivre le Parti socialiste, le défendre publiquement, assumer ses couleurs, ce n’est pas une auto-exclusion, c’est l’essence même de l’engagement militant. Confondre participation à des plateformes politiques et reniement du PS, c’est soit méconnaître la pratique politique sénégalaise, soit instrumentaliser les textes pour régler des comptes.

Je suis, et je demeure, militant socialiste. Ma loyauté ne se mesure pas à ma capacité à me taire, mais à ma détermination à empêcher la disparition du PS. S’il y a une forme d’auto-exclusion, elle est plutôt du côté de ceux qui ont abandonné le terrain, déserté le débat interne et accepté sans broncher la marginalisation historique du parti. Ceux qui veulent m’exclure parce que je veux refonder le PS doivent expliquer aux militants qui est vraiment en rupture avec l’esprit socialiste.

Ne craignez-vous pas de connaître le même sort que d’autres militants sanctionnés par le passé ?

Je ne crains pas pour moi, je crains pour le Parti socialiste. Le véritable danger, ce n’est pas de sanctionner quelques responsables, c’est de banaliser l’arbitraire, de faire croire qu’un grand parti démocratique ne supporte plus la contradiction interne.

L’histoire récente de la vie politique sénégalaise a montré une chose : les exclusions n’ont jamais réglé une crise politique, elles l’ont toujours aggravée. On peut exclure des personnes, on n’exclut jamais les questions qu’elles posent. Le malaise reste, la crise continue et le parti s’affaiblit.

Si certains pensent qu’on sauvera le PS par la peur et les menaces, ils se trompent de méthode et d’époque. L’histoire ne retiendra pas les noms de ceux qui auront éliminé les voix discordantes ; elle retiendra les noms de celles et ceux qui auront pris des risques pour que la vérité soit dite et que le combat continue. Ma seule inquiétude, ce serait de me taire par confort. Ce silence-là serait une vraie faute politique et morale.

Vous avez organisé, mercredi dernier, une rencontre politique dans le département de Dakar afin d’échanger sur la préparation des prochaines élections. Cela signifie-t-il que nous pourrions voir émerger une liste « Dundal PS » ?

Cette rencontre s’inscrit dans la logique que nous avons annoncée : aller à la base, écouter, diagnostiquer, construire la reconquête avec les militants. Un parti qui ne prépare pas les élections renonce à sa raison d’être. Nous refusons de laisser les prochaines échéances se dérouler sans une offre socialiste claire et crédible.

« Dundal PS » n’est pas une boutique électorale, c’est un appel : faire revivre le Parti socialiste. Il ne s’agit pas de créer un nouveau parti, mais de redonner au PS sa place dans chaque territoire, en renouant avec les populations, les jeunes, les femmes, les travailleurs, les quartiers populaires. Sur la forme des listes, nous agirons dans la clarté, avec les militants, dans le cadre des règles. Mais une chose est sûre : l’immobilisme n’est plus une option. Si certains choisissent l’attentisme, la base socialiste, elle, va continuer d’avancer. Et nous serons avec elle, sur le terrain, pas dans les salons.

Êtes-vous candidat à votre propre succession à la tête de la commune du Plateau ?

La priorité, aujourd’hui, ce n’est pas mon cas personnel, c’est le sort du Parti socialiste. La vraie question, c’est : est-ce que le PS sera encore une force audible, organisée et respectée à Dakar-Plateau, à Dakar et dans le pays, au moment des prochaines élections ?

Je ne me déroberai pas si les populations, les militants socialistes et nos partenaires jugent que je dois poursuivre le travail engagé. Mais je refuse de réduire le débat sur la refondation du PS à une affaire de carrière. Le problème du PS n’est pas de savoir qui sera candidat à quoi ; le problème du PS, c’est de savoir s’il a encore un projet, une vision, une capacité de mobilisation.

Nous voulons sortir de la personnalisation excessive. Ce qui doit revenir au centre, ce n’est pas la trajectoire d’un homme, c’est le projet socialiste : justice sociale, démocratie, proximité avec les territoires. Si ce projet est au rendez-vous, les candidatures trouveront naturellement leur place.

Quelle est votre position sur le débat relatif au respect du calendrier des prochaines élections municipales ?

Ma position est constante : le respect du calendrier électoral est une ligne rouge démocratique. Dès qu’on commence à considérer les élections comme des rendez-vous qu’on peut déplacer selon les circonstances politiques, on fragilise l’État de droit et on envoie un mauvais message aux citoyens.

Les collectivités locales gèrent le quotidien des populations. Retarder indéfiniment les municipales, c’est priver les citoyens de leur droit de juger celles et ceux qui gèrent leurs communes. C’est aussi envoyer le signal que la parole donnée (le calendrier) n’engage plus vraiment personne.

Un Parti socialiste digne de son héritage devrait être en première ligne pour défendre la régularité des scrutins, la clarté des règles du jeu et l’égalité d’accès à la compétition. Un parti qui accepte qu’on joue avec le calendrier renonce à une part essentielle de son ADN démocratique. Pour nous, la démocratie locale n’est pas un détail technique, c’est le cœur de la vie publique.