Cancer du sein : y a-t-il autant de surdiagnostic qu’on le pense ?

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BIEN ÊTRESANTE
Cancer du sein : y a-t-il autant de surdiagnostic qu’on le pense ?

Dans le dépistage du cancer du sein, le risque de surdiagnostic serait nettement plus faible qu’annoncé jusqu’ici.

Le dépistage du cancer du sein serait injustement accusé de « surdiagnostiquer », selon une récente recherche. On parle de surdiagnostic lorsqu’une tumeur ou une anomalie, qui n’aurait jamais causé de symptômes ni menacé la santé de la personne au cours de sa vie, a été détecté grâce à un dépistage. Dans le cas du cancer du sein, cela peut arriver lorsqu’une mammographie détecte une petite tumeur très lente ou qui aurait spontanément évolué de manière bénigne. Problème : une fois détectée, elle peut conduire à des examens ou à des traitements (chirurgie, radiothérapie…) alors qu’elle n’aurait peut-être jamais nécessité d’intervention.

Un cadre cohérent pour interpréter les résultats des essais de dépistage par mammographie

Jusqu’à présent, le « surdiagnostic » est souvent présenté comme l’un des principaux revers du dépistage du cancer du sein. « Les estimations du surdiagnostic du cancer du sein issues des essais de dépistage par mammographie varient d’environ 0 % à 50 %, reflétant des incohérences méthodologiques, notamment concernant la prise en compte du dépistage de fin d’étude et de la baisse compensatoire de l’incidence après l’arrêt du dépistage », ont indiqué des chercheurs de l’université du Danemark du Sud qui ont, par la suite, souligné la nécessité de disposer d’un cadre cohérent pour interpréter les résultats des essais « afin de faciliter le conseil clinique et l’élaboration de recommandations. »

Dans le cadre de leur nouvelle étude, l’équipe a, ainsi, a combiné et réanalysé les données de tous 8 essais randomisés (dans lesquelles les participants sont répartis au hasard entre différents groupes) sur le dépistage par mammographie pour d’obtenir une vision plus claire de l’ampleur du surdiagnostic dans le dépistage du cancer du sein. L’analyse a porté à la fois sur le cancer du sein invasif et sur le carcinome canalaire in situ. Les auteurs ont utilisé les données danoises comme référence. Le dépistage organisé du cancer du sein a été mis en place dans certaines régions du Danemark 17 ans avant d’autres, ce qui permet d’observer l’évolution des diagnostics de cancer du sein au moment de l’introduction du dépistage mais également à plus long terme.

Dépistage du cancer du sein : un faible taux de surdiagnostic

Lors de la mise en place du dépistage, le nombre de diagnostics de cancer du sein augmente initialement, car les cancers sont détectés plus tôt qu’ils ne l’auraient été sans dépistage. « Avec le temps, cette hausse devrait être suivie d’une baisse, puisque certains de ces cancers auraient autrement été diagnostiqués plus tard », a expliqué Elsebeth Lynge, qui a participé aux recherches. Les résultats suggèrent le surdiagnostic pourrait être nettement moins fréquent qu’on ne le pensait auparavant. D’après Matejka Rebolj, co-auteure de l’étude, « certaines estimations élevées du surdiagnostic avancées par le passé, lesquelles ont influencé les recommandations de dépistage et la communication à ce sujet, reposaient sur des données recueillies avant que les résultats des essais n’aient atteint leur pleine maturité. Lorsqu’elles sont interprétées en tenant compte de l’ensemble de leur contexte temporel, les données des essais randomisés indiquent un taux de surdiagnostic inférieur à 5 %, et non des estimations avoisinant les 50 %. »

Cancer du sein : 3 facteurs susceptibles d’influencer les estimations du surdiagnostic

Selon Elsebeth Lynge, la hausse initiale du nombre de diagnostics de cancer du sein après la mise en place du dépistage peut être influencée par le fait que les femmes du groupe soumis au dépistage ou l’autre groupe dit « témoin » continuent de se faire dépister après la fin des essais, une pratique qui était courante. Autre cause susceptible d’influencer les estimations du surdiagnostic : le nombre de cycles de dépistage proposés aux femmes de chaque groupe. Un nombre plus élevé de cycles offre davantage d’opportunités de détecter un cancer du sein à un stade précoce. Enfin, la durée du suivi des femmes dans les groupes de dépistage et les groupes témoins peut aussi avoir un impact sur les estimations. « Une période de suivi plus longue laisse le temps aux cancers détectés précocement grâce au dépistage d’être diagnostiqués par la suite. (…) Si les chercheurs ne tiennent pas compte de ces facteurs, l’augmentation initiale peut être confondue avec un surdiagnostic. »

« La plupart des femmes ne développeront pas de cancer du sein, toutefois, cette étude nous permet d’affirmer que les bénéfices d’une détection précoce et de la prévention d’un décès prématuré l’emportent sur le risque limité de traitement inutile. Dans cette optique, nous espérons que cette étude fournira un cadre pour une interprétation plus réaliste des données probantes et nous aidera à mieux informer les femmes lorsqu’elles sont invitées à se faire dépister », a conclu Sisse Helle Njor, qui a dirigé les travaux publiés dans la revue Journal of the National Cancer Institute.