Une étude sur des souris révèle que le vieillissement immunitaire diffère selon le sexe : certaines cellules immunitaires diminuent plus tôt chez les mâles. Une découverte qui pourrait aider à mieux adapter les immunothérapies contre le cancer.
C’est inéluctable : avec les années, notre système immunitaire perd progressivement de son efficacité. Il s’essouffle. Il devient plus difficile de combattre certaines infections, mais aussi de reconnaître et d’éliminer les cellules cancéreuses. Ce déclin pose notamment problème pour les immunothérapies, des traitements qui mobilisent les défenses de l’organisme contre les tumeurs. Une nouvelle étude, publiée dans la revue Nature Aging, a exploré les mécanismes de ce phénomène et, surtout, les différences entre les sexes qui se cachent derrière : pourquoi le système immunitaire des hommes vieillirait-il plus vite ?
Chez les mâles, une perte plus précoce de cellules clés
Dirigés par Lutz Menzel et Tim Padera, tous deux associés au Mass General Brigham Cancer Institute aux États-Unis, les travaux combinent des expériences chez la souris et des données humaines portant notamment sur le mélanome. Les chercheurs se sont intéressés aux lymphocytes T CD8 naïfs. Ces cellules immunitaires n’ont pas encore rencontré leur cible et peuvent apprendre à reconnaître de nouvelles menaces, dont les cellules cancéreuses. Leur diminution pourrait donc limiter la capacité de l’organisme à réagir face à une tumeur.
Or, les expériences ont révélé que, chez les souris mâles, les lymphocytes T CD8 naïfs diminuaient plus tôt au cours de la vie. Cette évolution s’accompagnait d’une réduction plus précoce des ganglions lymphatiques, des structures où les cellules immunitaires se rencontrent et coordonnent leurs réponses.
Conséquence : avec moins de lymphocytes disponibles, l’organisme reconnaissait moins efficacement les antigènes tumoraux, ces éléments qui permettent au système immunitaire d’identifier une cellule cancéreuse. Les données humaines analysées par l’équipe ont confirmé plusieurs de ces observations, notamment concernant l’évolution du thymus, des ganglions et des cellules immunitaires avec l’âge. Le thymus, un organe situé dans le thorax, joue ici un rôle essentiel : c’est là que les lymphocytes T se développent et mûrissent. Or, son activité diminue progressivement au cours de la vie.
Le thymus, une piste pour améliorer les traitements ?
Autre résultat notable : chez des souris mâles d’âge moyen, les chercheurs ont temporairement réduit l’effet inhibiteur des hormones sexuelles mâles sur le thymus. Cette intervention a permis de renouveler une partie des lymphocytes T naïfs dans les ganglions, d’améliorer la reconnaissance des tumeurs et de renforcer la réponse à une immunothérapie spécifique.
Ces résultats ne prouvent pas qu’une intervention similaire serait efficace ou sûre chez l’humain. Ils désignent toutefois le thymus comme une cible potentielle pour préserver les défenses anticancéreuses à l’âge adulte. À terme, mieux comprendre l’âge biologique et le fonctionnement immunitaire de chaque patient pourrait contribuer à personnaliser les traitements.




