Des douleurs persistantes, sans qu’aucun traitement ne les soulage et qui deviennent handicapantes. Selon la Haute autorité de santé, 12 millions d’adultes souffrent de douleurs chroniques en France. Pour les soulager, des chercheurs américains misent sur le cerveau. Dans une étude parue dans JAMA Psychiatry en 2021, ils expliquent comment la modification de certains réseaux cérébraux pouvait soulager les personnes concernées. Cette technique est appelée thérapie de retraitement de la douleur.
Cerveau : repenser la douleur pour la soulager
Cela a fonctionné pour Dan Waldrip. Dans National Geographic, cet Américain raconte comment des douleurs au dos l’ont fait souffrir pendant 18 ans. « Lorsque je marchais et que je faisais tomber quelque chose à terre, j’avais une peur bleue de me pencher et d’aggraver ma blessure », confie-t-il au magazine. En 2017, il participe à cet essai clinique, dirigé par Yoni Ashar. Cette dernière l’a réalisé dans le cadre d’un doctorat au Département de psychologie et de neurosciences de l’Université du Colorado. « Pendant longtemps, nous avons pensé que la douleur chronique était principalement due à des problèmes d’ordre physique, et la plupart des traitements actuels se sont concentrés sur ces problèmes », développe la spécialiste. Avec son équipe, elle est partie du postulat que le cerveau peut générer de la douleur en l’absence de lésion ou après la guérison d’une blessure. Le traitement qu’ils ont étudié vise à modifier les réseaux cérébraux impliqués dans cette douleur grâce à la psychologie. « L’idée est qu’en percevant la douleur comme moins menaçante, les patients peuvent modifier les réseaux cérébraux qui la renforcent et la neutraliser. »
Une réduction des douleurs chroniques grâce à une thérapie ciblée
En plus de Dan Waldrip, la chercheuse et son équipe ont recruté 150 hommes et femmes, souffrant de douleurs dorsales depuis au moins six mois. Après une évaluation individuelle, les participants ont bénéficié de huit séances d’une heure de PRT (Patient Resolve Therapy). « L’objectif : informer le patient sur le rôle du cerveau dans la genèse de la douleur chronique ; l’aider à réévaluer sa douleur en effectuant des mouvements qu’il craignait de faire ; et l’aider à gérer les émotions susceptibles d’exacerber sa douleur », indiquent les auteurs de cette étude dans un communiqué. Après ce traitement, ils ont constaté que 66 % des patients du groupe traité ne ressentaient plus de douleur ou presque, contre 20 % dans le groupe placebo et 10 % dans le groupe témoin. Pour Dan Waldrip, la thérapie a fonctionné. Débarrassé de ses douleurs chroniques, il a même pu reprendre le ski.
Douleur : qu’est-ce que la catastrophisation ?
« Il ne s’agit pas de suggérer que votre douleur n’est pas réelle ou qu’elle est « purement psychologique », indique Tor Wager, co-auteur. Mais si les causes se situent dans le cerveau, les solutions peuvent également s’y trouver. » Yoni Ashar compare la douleur à un signal d’alarme : elle alerte l’organisme sur un problème de santé. Devenue chronique, elle ressemble à « une fausse alarme bloquée en position « marche ». Certains spécialistes parlent de « catastrophisation » de la douleur pour décrire ce phénomène cérébral. L’organisme est en état d’alerte et cela renforce le ressenti, et ainsi la souffrance. « Notre cerveau est programmé pour rester à l’affût du danger et pour passer en revue les pires scénarios afin de nous protéger, explique Eve Kennedy-Spaien, spécialiste de la douleur, à National Geographic. Mais dans certains cas, l’alarme continue de retentir bien après qu’une lésion physique a guéri. » Aux États-Unis, d’autres équipes de recherche s’intéressent à la douleur et à des traitements ciblés, comme la thérapie centrée sur la prise de conscience émotionnelle et sur l’expression (EAET). Cette dernière vise à identifier les ressorts psychologiques et émotionnels potentiellement liés aux douleurs chroniques. Tous ces chercheurs poursuivent un même but, décrit par Yoni Ashar : « non seulement réduire mais surtout éliminer la douleur grâce à un traitement psychologique ».




