Libéré sous bracelet électronique après plus d’un an de détention, Lat Diop se heurte aujourd’hui à une autre épreuve : l’accès aux soins. Entre procédures administratives lourdes, refus répétés et incertitudes judiciaires, l’état de santé de l’ancien ministre des Sports sous Macky Sall suscite de vives inquiétudes chez ses proches.
La situation de Lat Diop révèle une zone grise préoccupante du système judiciaire sénégalais : celle où le droit à la santé se heurte aux contraintes du contrôle judiciaire. Officiellement libre, mais étroitement surveillé, l’ancien Directeur général de la Loterie nationale sénégalaise (Lonase) semble pris dans un engrenage administratif qui ralentit, voire compromet, sa prise en charge médicale. Depuis sa mise sous bracelet électronique, l’ancien ministre des Sports ne bénéficie d’aucune souplesse particulière. Bien au contraire. Selon des sources proches du dossier, chacune des démarches entreprises par ses avocats pour améliorer ses conditions d’accès aux soins se heurte à une fin de non-recevoir. Le président du Pool judiciaire financier rejetterait systématiquement les requêtes introduites, y compris celles fondées sur des considérations sanitaires.
Cette rigidité procédurale entraîne des conséquences concrètes. Dans les faits, chaque consultation médicale devient un parcours semé d’obstacles. Avant même de voir un médecin, Lat Diop doit formuler une demande écrite. S’ensuit une période d’attente, dont la durée reste imprévisible. Une fois la consultation obtenue, si des examens complémentaires sont prescrits, le processus recommence à l’identique : nouvelle requête, nouvelle attente, nouvelle incertitude.
Ce mécanisme, en apparence administratif, produit en réalité un effet de ralentissement critique. D’après les informations recueillies, un délai minimal de quinze jours est souvent nécessaire avant d’obtenir une réponse, positive ou négative. Un laps de temps qui peut s’avérer déterminant dans le suivi d’une pathologie évolutive.
Mais l’enjeu dépasse désormais le cadre local. Lat Diop est suivi depuis plusieurs années par un spécialiste à Paris, à l’hôpital américain de Paris où il reçoit habituellement ses soins. Un rendez-vous médical y est programmé. Pourtant, à ce jour, aucune autorisation de sortie du territoire ne lui a été accordée. Cette incertitude alimente une inquiétude croissante au sein de son entourage.
Car, pendant que les procédures s’enlisent, l’état de santé de l’ancien ministre, lui, ne marque aucune pause. Selon ses proches, il continuerait de se dégrader progressivement, faute d’un suivi régulier et adapté. Une situation d’autant plus préoccupante que certains examens ou traitements ne seraient pas disponibles localement dans les mêmes conditions.
Au-delà du cas individuel, cette affaire pose une question de principe : jusqu’où les contraintes judiciaires peuvent-elles restreindre l’accès aux soins ? Le droit sénégalais, à l’instar des standards internationaux, garantit pourtant le droit à la santé, y compris pour les personnes poursuivies ou placées sous contrôle judiciaire. Or, dans la pratique, l’équilibre entre impératif judiciaire et exigence sanitaire semble ici rompu.
L’affaire Lat Diop pourrait ainsi devenir un cas d’école. Elle interroge non seulement le fonctionnement du Pool judiciaire financier, mais aussi la capacité de l’appareil judiciaire à intégrer les impératifs humains dans le traitement des dossiers sensibles. Car si la justice se doit d’être ferme, elle ne saurait ignorer les urgences médicales.
Pour l’heure, l’ancien responsable politique reste suspendu à une décision administrative qui tarde à venir. Une situation bien délicate que l’ancien ministre vit très mal, selon ses proches. « Entre surveillance judiciaire et nécessité de soins, son quotidien s’apparente à une attente prolongée, une attente dont les conséquences pourraient, à terme, dépasser le seul cadre judiciaire », souffle un proche de Lat Diop.
Une chose est certaine dans un État de droit, l’accès aux soins ne saurait être une variable d’ajustement, encore moins une faveur accordée au gré des procédures. Il relève d’un principe fondamental, reconnu à toute personne, indépendamment de son statut judiciaire. Même les individus poursuivis pour les faits les plus graves conservent ce droit élémentaire : celui de se soigner dans des conditions normales, dignes et adaptées à leur état. C’est à l’aune de cette exigence que se mesure aussi la crédibilité d’une justice.
Lat Diop face à une impasse médicale sous contrôle judiciaire
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