Ce que le gouvernement de Pastef nous présente aujourd’hui n’est pas une réforme. C’est une exécution sommaire de nos acquis démocratiques. Sous le vernis du changement, se cache une architecture de la capture, une ingénierie froide destinée à transformer le Sénégal en un champ clos où seul le pouvoir aura le droit de cité.
La CENI : Un arbitre nommé par le capitaine adverse
L’indépendance n’est ici qu’une parodie. L’article L.4 est l’aveu d’un braquage institutionnel : les membres, le Président et le Vice-Président de la CENI seront nommés par décret Soyons lucides : comment un organe peut-il être l’arbitre du jeu électoral quand il estla créature de l’Exécutif ? C’est la fin d’impartialité. On ne demande plus à la CENI de surveiller les élections, on lui demande de les escorter vers une victoire prédéfinie. L’arbitre n’est plus neutre, il est en service commandé.
Le Purgatoire des Compétences :Purger pour régner
L’article L.5 invente une clause de neutralité de trois ans qui est en réalité une
guillotine civique. Sous prétexte d’apolitisme, on écarte les cerveaux les plus brillants et les consciences les plus éveillées. Le message est clair : « Si vous avez une opinion, vous n’avez pas de place ». Le régime ne cherche pas des experts, il cherche des figurants dociles, des technocrates sans mémoire capables d’exécuter des ordres sans sourciller.
La Superstructure : Une CENI au- dessus de la Loi
L’article L.15 est une bombe atomique juridique. En octroyant à la CENI un
pouvoir de dessaisissement et de substitution, on crée un monstre administratif. Cette structure peut désormais court-circuiter l’État lui-même. Nous ne sommes plus dans une régulation, nous sommes dans une domination opérationnelle. C’est le passage de la démocratie apaisée à la démocratie sous surveillance militaire.
Le Parrainage et l’Opacité Digitale :
Le vol 2.0 Le parrainage (L.62) reste cette arme de destruction massive des candidatures
gênantes. Mais Pastef y ajoute une touche de cynisme : la dématérialisation sans contrôle. Un dispositif numérique sans audit indépendant, sans accès aux données, sans contradiction ? C’est la porte ouverte à la fraude invisible. Demain, ce ne sont plus les citoyens qui élimineront les candidats, ce sera un algorithme opaque, programmé dans les sous-sols du pouvoir. La fraude ne disparaît pas, elle devient
indétectable.
La Loi sur les Partis : L’asphyxie programmée
Exiger 15 000 parrainages et imposer une enquête de moralité par les services de sécurité (Art. 7) pour créer un parti ? C’est le retour de la police politique. La liberté d’association, pilier de notre République,
est désormais soumise au quitus de la maréchaussée. On veut transformer les partis politiques en clubs de supporters agréés par le Ministère de l’Intérieur.
La Cour Constitutionnelle : Le dernier verrou a sauté
Neuf membres nommés par décret. Un Président nommé par décret. L’article 5 scelle la mort de la séparation des pouvoirs. Le juge constitutionnel, censé être le rempart ultime du citoyen, devient le bras
armé de l’Exécutif. Quand la toge du juge est taillée sur mesure par le Président, la justice ne rend plus de verdicts, elle rend des services.
La République n’est pas un butin de guerre
Ce que nous voyons s’ériger sous nos yeux, c’est un système de clonage du pouvoir.Filtrer les candidats, domestiquer l’arbitre, flicage des partis, contrôle des juges : le puzzle de l’autoritarisme est complet. Le régime de Pastef ne cherche pas à améliorer la démocratie, il cherche à s’en protéger. Il ne
veut pas de compétiteurs, il veut des figurants. Mais que les apprentis sorciers se détrompent : on ne verrouille pas indéfiniment la volonté d’un peuple. Quand la loi devient une prison, la liberté devient un
cri. Et ce cri, aucun décret ne pourra jamais l’étouffer. Le Sénégal n’est pas une propriété privée. La démocratie n’est pas négociable. Par Moussa Niang, Délégué national à la vie politique de Guem Sa Bopp, « les Jambaars »
Par Moussa Niang, Délégué national à la vie
politique de Guem Sa Bopp, « les Jambaars »




