Installé en France et sous le coup d’un mandat d’arrêt international, Madiambal Diagne a enfin vu sa demande d’annulation enrôlée. Dans cet entretien, il se dit «impatient» de rentrer au pays et démonte, point par point, un dossier qu’il qualifie de «cabale» montée par Ousmane Sonko. Il se prononce aussi sur la crise institutionnelle autour de la Loi de finances rectificative, qu’il juge «artificielle», et encourage le Président Faye à dissoudre l’Assemblée. Il évoque en outre l’avenir politique du leader de Pastef, la gestion de la Primature, rapporte le Quotidien .
La première question qu’on a envie de vous poser, c’est êtes-vous en train de vous préparer pour un retour au Sénégal, vu que votre demande (pour l’annulation du mandat d’arrêt) a été enrôlée ?
Je me prépare à revenir au Sénégal depuis le premier jour où je suis arrivé en France. Je considère que le Sénégal, c’est mon pays, c’est mon terrain naturel, c’est là que je dois pouvoir m’épanouir auprès des miens, de mes proches, de ma famille, de mes collaborateurs, mais aussi auprès du Peuple sénégalais. Et c’est pour cela qu’à chaque fois, j’avais entrepris toutes les actions possibles pour pouvoir retourner au Sénégal le plus rapidement possible. Il est vrai que j’avais souhaité retourner au Sénégal dans des conditions qui me garantissent une sécurité, parce que c’est justement par crainte pour ma sécurité personnelle que j’avais quitté le pays. C’est pour cela que je demandais des garanties sur ma sécurité physique, mais aussi pour une procédure judiciaire juste et équitable. Aujourd’hui, ces mêmes demandes sont réitérées.
Souvenez-vous que cette nouvelle demande que j’ai formulée, j’ai dû la reprendre un an après. Je l’avais introduite depuis le 8 octobre 2025. De façon délibérée, des acteurs de la Justice sénégalaise avaient choisi de ne pas l’examiner, parce qu’ils savaient que l’examen d’une telle décision devait être sanctionné par une décision favorable à Madiambal Diagne. Ce que Ousmane Sonko ne voulait pas entendre. Et c’est pour cela qu’ils ont peut-être fait des obstructions, des stratagèmes ou des manœuvres pour ne pas examiner cette demande-là. Aujourd’hui, les temps semblent avoir changé, il y a une nouvelle équipe gouvernementale qui ne semble plus être dans la logique de pourchasser et de traquer injustement un citoyen sénégalais. La procédure est enrôlée et j’espère qu’à son examen, une décision favorable sera rendue. Donc, encore une fois, je suis impatient de retourner au Sénégal auprès des miens.
Vous avez dit qu’il faut deux conditions, une Justice équitable et des garanties sécuritaires physiques, pour que vous puissiez revenir au Sénégal. Au cas où la Justice annulerait le mandat d’arrêt international, est-ce que cela vous suffirait pour retourner directement au Sénégal ou est-ce que vous allez continuer à exiger des garanties sécuritaires ?
Il faut dire que je n’aurais aucune raison objective de faire des chichis. Qui voulait s’en prendre à moi ? C’était le tout-puissant Premier ministre Ousmane Sonko, non ? Qui voulait s’en prendre à moi ? C’était son ministre de l’Intérieur Bamba Cissé. Qui voulait s’en prendre à moi ? C’était Yassine Fall, qui était à la Justice. Ces acteurs ne sont plus en place et j’ai confiance en ceux qui sont au pouvoir. Je ne pense pas qu’un Moussa Sarr, ministre de la Justice, un Mouhamadou Makhtar Cissé, ministre de l’Intérieur, ou un Premier ministre comme Alhaminou Lô feraient quelque chose d’attentatoire aux libertés et aux droits du citoyen. Le Président Bassirou Diomaye Faye, qui avait laissé faire, il faut bien le dire, pendant tout le temps où Ousmane Sonko était tout-puissant, semble être dans un nouvel état d’esprit. Je crois qu’il a compris que Ousmane Sonko pourchassait et traquait des personnes injustement. Il s’est réveillé en fin de compte pour comprendre que ce n’est pas la bonne voie. Je pense, de ce point de vue-là, que le Président Bassirou Diomaye Faye comprend désormais les enjeux et la nécessité de préserver les droits du citoyen, et surtout de rendre une justice équitable, digne du Sénégal.
J’ai toujours clamé haut et fort que je ne demande aucune faveur. Je veux juste être traité comme un citoyen normal, dont on respecte les droits. J’ai cherché à faire valoir mes droits ici en France. Et jusqu’à présent, ces droits ont été respectés scrupuleusement, selon les procédures et les règles de la Justice française. C’est ce même traitement que j’attends de la Justice de mon pays. Je veux une Justice libre, indépendante, qui tranche le Droit. J’ai confiance que si le Droit est dit, je serai quitte avec toutes sortes de procédures judiciaires parce qu’en réalité, ce dossier-là est une fabrication pure et simple de Ousmane Sonko. Il cherchait à me traquer depuis de longs mois, depuis qu’il était arrivé au pouvoir. C’est parce qu’il n’y était pas arrivé qu’il est allé fabriquer un dossier fallacieux. Tout le monde a pu voir la vacuité de ce dossier. Et si vous le permettez, je pourrais revenir sur des éléments factuels qui montrent que ce dossier-là n’a pas sa raison d’être.
Allez-y, revenez sur ces éléments, s’il vous plaît.
Déjà, vous voyez, par exemple, que je suis poursuivi pour détournement de deniers publics. Je ne pense pas que quelqu’un qui n’a jamais touché à un contrat public, dans aucune circonstance, puisse être poursuivi pour prévarication de ressources publiques. Je n’ai jamais eu de contrat public, je n’ai jamais reçu un franc du Trésor public. Je crois que c’est très clair pour que cette accusation ou ce chef de poursuite tombe de lui-même. D’ailleurs, la Justice sénégalaise l’a déjà tranché dans des dossiers qui sont connus de tout le monde (Ndlr : dossiers Farba Ngom et Tahirou Sarr). Quand quelqu’un n’a jamais eu un contrat avec l’Etat du Sénégal, n’a jamais reçu de fonds du Trésor public, on ne peut pas le poursuivre pour cela. Et j’ai mis au défi les maîtres des poursuites de me sortir une seule fois où, d’une façon ou d’une autre, j’ai eu un contrat avec l’Etat du Sénégal, un contrat public, ou que j’ai eu à recevoir un quelconque franc Cfa provenant du Trésor public. Je me suis même permis de dire, par exemple, que même quand il y a eu des partages de terrains, je n’ai jamais été servi d’aucune façon. Je pense qu’aujourd’hui, je peux faire partie des rares Sénégalais qui peuvent lever la main pour dire qu’ils n’ont jamais reçu d’aucun pouvoir un bien, que ce soit celui de Macky Sall, de Abdoulaye Wade ou des régimes précédents. Cela, comme forme de prébende, de faveur ou d’avantage indu consenti sur les ressources publiques. C’est ici la première raison qui fait que ce dossier-là constitue en lui-même un anachronisme.
Deuxième raison essentielle, je suis poursuivi comme complice d’une entreprise privée française, Ellipse Projects, qui a gagné un contrat au Sénégal, qui l’exécute, et cette entreprise a eu des compagnies sous-traitantes dont la mienne. Parmi ces sous-traitants, il y en a des dizaines. On a seulement pris une seule des entreprises sous-traitantes, qui sont 49 au total, pour la poursuivre. C’est la mienne ! Ce qui constitue aussi une aberration du point de vue d’une procédure judiciaire. Mais la plus grande et la plus grosse aberration, c’est que les dirigeants de l’entreprise française qui a contracté avec l’Etat du Sénégal, qui a reçu de l’argent de l’Etat du Sénégal, poursuivis dans la même procédure, ont été royalement ignorés par la Justice sénégalaise. Pas une fois, une convocation ou une demande d’audition n’a été adressée aux acteurs ou aux responsables de l’entreprise privée française. Ce que cela veut dire, c’est que c’est Madiambal Diagne qu’on a voulu pourchasser. Comment se fait-il qu’on puisse poursuivre un complice en laissant de côté les auteurs principaux ? C’est une grosse aberration que personne ne peut comprendre dans le cadre d’une procédure judiciaire normale. Et cela conforte des propos que j’avais tenus publiquement, le 6 octobre 2025 déjà, en disant qu’avant même le déclenchement des poursuites, l’avocat de Ousmane Sonko, en l’occurrence Me Ciré Clédor Ly, avait clairement fait savoir à Ellipse Projects qu’elle serait citée simplement comme alibi ou prétexte pour cette procédure-là. Mais qu’elle n’intéressait pas le gouvernement de Ousmane Sonko : c’était surtout Madiambal Diagne qu’on voulait avoir, et d’ailleurs, à travers lui, Macky Sall.
Aujourd’hui, l’attitude de la Justice sénégalaise le conforte et montre clairement que c’est la seule et exclusive volonté de traquer et pourchasser Madiambal Diagne qui animait ce régime. J’ai aussi précisé, dans toutes les déclarations ou sorties précédentes, qu’avant même le déclenchement de cette procédure, le Premier ministre Ousmane Sonko avait reçu en audience le patron d’Ellipse Projects, Olivier Picard. A l’issue de cette audience arrangée par l’avocat Ciré Clédor Ly, Olivier Picard m’avait contacté pour me signifier clairement que le Premier ministre m’avait dans sa ligne de mire et cherchait le moyen de m’abattre. J’avais été alerté trois ou quatre mois avant, je l’ai révélé publiquement. Cela aussi, ce sont des manœuvres, des artifices qui ont fait qu’on voulait traquer un homme.
Autre aberration, parce qu’on n’en finira jamais avec les aberrations de ce dossier : voyez par exemple que le réquisitoire introductif, signé du Procureur Alioune Abdoulaye Sylla, a cité nommément des personnes à poursuivre. Mais on occulte certaines de ces personnes pour aller chercher Serigne Saliou Diagne ou Serigne Omar Mbaye, qui ne sont même pas visés par ce réquisitoire introductif, pour les jeter en prison et laisser de côté des personnes visées normalement, les responsables d’Ellipse Projects. Le Procureur n’a jamais daigné demander l’audition des Français ! Dans quelle procédure judiciaire normale ou dans quel pays normal peut-on chercher à prendre un homme et, si on ne met pas la main sur lui, arrêter femme, enfants et amis pour les jeter en prison comme moyen de pression ou pour les prendre en otage ? On l’a fait dans cette affaire !
Je crois que toutes ces incongruités suffisent, dans un pays de Droit, pour annuler purement et simplement une procédure judiciaire menée dans ces conditions. Toutes ces raisons font que la procédure judiciaire est une cabale. Une cabale dans la mesure où, depuis longtemps, Ousmane Sonko, qui m’avait dans sa ligne de mire, m’a fait convoquer plus d’une fois à la police, a fait des obstructions dans ma vie, dans mes activités, pour chercher à me nuire. N’y arrivant pas, il est allé monter un dossier comme celui-là pour essayer de m’atteindre. Et comment l’a-t-il monté ? C’est tout à fait simple et même vulgaire. Il a pris un de ses militants, en l’occurrence Mouhamadou Bamba Siby, qu’il a fait nommer en septembre 2024 président de la Centif. Ce même fonctionnaire s’est permis de signer un rapport daté de 2021, alors qu’il n’a été nommé qu’en septembre 2024. C’est dire, encore une fois, l’aberration.
Au demeurant, la plus grosse aberration, qui heurte tous les principes d’un procès juste et équitable, c’est l’absence de contradictoire. C’est-à-dire qu’une procédure pénale est toujours contradictoire. C’est un principe fondamental, constitutionnel au Sénégal. La procédure pénale doit être absolument contradictoire dans le sens où les éléments de poursuite doivent être connus et discutés par la personne poursuivie. Je n’ai jamais reçu de communication ou d’information de ce rapport de la Centif pour y apporter des observations ou clarifications. Ça heurte le principe du contradictoire dans une procédure pénale. Ce qui annule purement toute cette procédure judiciaire-là.
Et ceux qui étaient à l’origine de cette forfaiture l’ont si bien compris que, quand j’ai demandé qu’on annule le mandat d’arrêt international, ils ont préféré garder le dossier ou le faire disparaître pendant un an. Ça ne s’est jamais fait dans une procédure judiciaire qu’on puisse ne pas statuer sur une demande d’annulation de mandat d’arrêt international. Mes avocats, que je remercie au passage et qui ont fait montre de beaucoup de professionnalisme et de retenue, ont plaidé dans le sens de montrer des décisions jurisprudentielles précises de la Justice sénégalaise, qui ont emporté l’annulation de mandats d’arrêt comme celui qui a été décerné contre moi. Pour toutes ces raisons, je considère encore une fois que ce dossier n’a pas de raison d’être et qu’on devra annuler non seulement le mandat d’arrêt, mais annuler toute la procédure.
On va parler de la situation politique. L’Assemblée nationale va examiner la Loi de finances rectificative (Lfr). Avez-vous des informations sur cela ? Le Premier ministre dit que le gouvernement ne peut pas faire de concession et qu’une fois le dialogue passé, il utilisera tous les outils constitutionnels à sa disposition. Dans le même temps, il dit toujours qu’il appelle au dialogue. Est-ce que vous comprenez la démarche du gouvernement ?
Il faut dire que la procédure normale et régulière dans un Etat, c’est un dialogue entre l’Exécutif et le Parlement. Le gouvernement a introduit un projet de Loi de finances rectificative. Le Parlement, pour des raisons qu’on peut partager ou ne pas partager, a estimé devoir la rejeter une première fois en Commission des finances. Dans le même temps, toutes les parties ont appelé au dialogue. Je crois que le gouvernement ne pouvait pas faire la sourde oreille. Le gouvernement a accepté et réitéré la main tendue pour le dialogue. C’est vraiment un fonctionnement normal et régulier des institutions entre le Parlement et l’Exécutif que de dialoguer. Maintenant, tout dialogue a une finalité. C’est de s’accorder sur ce qui peut être acté. Le projet de Loi de finances rectificative a été rejeté une deuxième fois en Commission des finances et doit passer en plénière. Le Parlement reste dans son rôle, le gouvernement reste dans le sien. Aujourd’hui, comme vous le dites, le gouvernement a des moyens juridiques et institutionnels pour faire adopter ces textes. Et certainement qu’il ne se privera pas de le faire. Mais toujours est-il qu’il faut bien qu’on se pose la question de savoir quelle est la motivation de ce blocage institutionnel.
Pour moi, ce n’est pas une surprise. Ce n’est pas la première initiative ou tentative de bloquer le fonctionnement régulier des institutions. L’Assemblée nationale, depuis que Ousmane Sonko est arrivé au Perchoir, de la façon la plus cavalière possible, a cherché à utiliser ses prérogatives institutionnelles contre le gouvernement. J’avais alerté. Je crois que j’ai l’avantage de toujours prédire ou prévoir ce qui va arriver dans le fonctionnement des institutions au Sénégal depuis un certain nombre d’années. J’étais persuadé que Ousmane Sonko allait faire obstruction au gouvernement une fois qu’il aurait fini de s’installer à l’Assemblée nationale. Ça n’a pas raté. Il a utilisé l’Assemblée nationale pour affaiblir et mettre des bâtons dans les roues du gouvernement. Plusieurs tentatives ont été faites et ont été infructueuses. Cette dernière le sera tout autant.
Je pense simplement qu’aujourd’hui, Ousmane Sonko et le Groupe Pastef ont posé cela comme un épouvantail face à Bassirou Diomaye Faye. Ousmane Sonko veut discuter avec Bassirou Diomaye Faye pour déterminer les conditions d’un retour au gouvernement pour lui et les gens de Pastef, qui en sont sortis et qui s’en mordent les doigts. A défaut de se rabibocher avec le Président Faye, Sonko essaiera de trouver le moyen de s’assurer une certaine impunité. Bassirou Diomaye Faye a fermé la porte, et cette porte semble être cadenassée et définitivement fermée. Donc, n’arrivant pas à faire céder le Président Bassirou Diomaye Faye qui semble demeurer inflexible, il fallait abattre cette carte du Parlement, de vouloir bloquer les institutions. Une fois que les institutions sont bloquées, avec la menace de ne pas avoir un accord avec le Fmi, le président de la République lâchera peut-être du lest. Je pense que le Président Faye reste sur sa position inflexible et qu’il refuse cette forme de chantage. Ousmane Sonko et le Groupe Pastef se rendront compte que c’est un coup d’épée dans l’eau. Ils vont reculer pour adopter le texte de Loi de finances rectificative ou censurer le gouvernement, et le président de la République en tirerait les conséquences institutionnelles opportunes. Si les députés n’adoptent pas le texte, le gouvernement le fera passer par des moyens de Droit. De ce point de vue-là, il n’y a pas péril en la demeure. Simplement, cette ambiance ou cette crise artificielle qu’on veut installer au niveau de la sphère institutionnelle du Sénégal a un effet négatif pour le pays. C’est-à-dire que les discussions avec les bailleurs de fonds, notamment le Fmi, risquent d’être plombées par cette ambiance délétère où le gouvernement et l’Assemblée nationale sont à couteaux tirés. Les marchés et les agences de notation le font déjà sentir lourdement sur l’économie du pays. Dans de telles conditions, le Fmi ou les autres partenaires au développement pourront traîner des pieds pour apporter un soutien au gouvernement. Si c’est le cas -et malheureusement personne ne le souhaite-, ce sera peut-être pour arranger Ousmane Sonko et son quarteron de députés, mais ce sera au détriment du Sénégal.
Il me semble que le Président Faye voudrait se ressaisir et changer le cours de l’histoire que veulent imposer Sonko et son groupe. C’est pour cela qu’il y a ces frictions, ces tensions, cette querelle au sommet de l’Etat. Et à mon avis, la victoire sera remportée par le président de la République, qui a des leviers institutionnels que lui donnent les textes fondamentaux du pays et qui feront que les velléités d’obstruction ou de blocage à l’Assemblée nationale ne passeront pas. J’ose espérer qu’un brin de lucidité traversera l’esprit des députés de Pastef pour qu’ils votent le texte. Mais s’ils ne le votent pas, le texte passera par les moyens institutionnels.
Pour ce cas d’espèce de la Lfi 2027, le président de la République a la possibilité d’éviter l’écueil que Pastef poserait pour gêner le gouvernement. En tout état de cause, avant l’échéance de l’adoption ou non du budget, le président de la République aura la possibilité de dissoudre l’Assemblée nationale. Il n’aura sans doute pas besoin d’attendre d’essuyer un rejet du budget. Je pense que le président de la République pourra user de ses prérogatives institutionnelles pour dissoudre l’Assemblée nationale. Le cas échéant, cela n’empêchera pas le Sénégal d’avoir un Budget 2027 qui sera mis en œuvre par des moyens et procédés institutionnels prévus en cas d’absence ou de non-vote du budget par l’Assemblée nationale. Il me semble qu’on se dirige vers cette perspective. Il n’y a pas à affoler les Sénégalais. Il n’y a pas péril en la demeure. Le budget pourra être mis en œuvre jusqu’à ce qu’une nouvelle Assemblée nationale s’installe et adopte la Lfi. Ce sont des situations connues dans de nombreux pays. Les procédures sont bien connues pour pouvoir gérer des situations de crise, surtout si c’est une crise artificielle comme celle qu’on voudrait imposer au pays.
Est-ce qu’en utilisant ces moyens-là, le président de la République n’est pas en train de jouer le jeu de Sonko, qui se victimiserait, surtout si l’Assemblée venait à être dissoute ? Est-ce que le chef de l’Etat ne serait-il pas en train de préparer le terrain pour lui ?
Le président de la République n’a pas choisi ce rapport de force ou ce bras de fer. On le lui a imposé. Voudriez-vous qu’on lui impose un bras de fer et qu’il reste inactif ? Je ne le pense pas. Il a la responsabilité institutionnelle de donner une réponse aux chausse-trappes ou problèmes qui se dressent sur la route du gouvernement. C’est ce qu’il est en train de faire. Tout le monde connaît les intentions nuisibles de ceux qui sont en face, c’est à lui de trouver les solutions et il dispose de moyens institutionnels pour le faire. Il serait donc coupable de passivité, voire de forfaiture, s’il ne faisait rien. S’il acceptait, par exemple, la volonté que Ousmane Sonko veut lui imposer, ce serait renoncer, ce serait ne plus gouverner. Je crois qu’il est en place, il a prêté serment pour gouverner, pour gérer ce Sénégal-là. Il a donc l’obligation de donner des réponses aux problèmes qui se posent. C’est ce qu’il est en train de faire. Il reste droit dans ses bottes. On ne peut franchement pas le lui reprocher. Maintenant, quelle utilisation politique Ousmane Sonko en fera-t-il ? Libre à lui de se victimiser, de chercher à jouer au héros ou de faire comme bon lui semble. C’est bien de lui reconnaître ce droit-là, même si cela relève de l’irresponsabilité de sa part. Il a ses stratégies politiques. Il faut savoir qu’en politique, on peut dire ou faire ce qu’on veut, mais en revanche, il faut accepter de laisser à l’autre partie la possibilité ou le même droit de poser des actes ou de faire des déclarations qui sont contraires à vos propres actes ou volontés. C’est cela le jeu de la démocratie.
De toute façon, ce n’est pas la première fois que le débat sur l’opportunité de la dissolution de l’Assemblée nationale est évoqué. Souvenez-vous qu’il y a deux ans de cela, Ousmane Sonko avait demandé qu’on dissolve l’Assemblée nationale. Le Président Bassirou Diomaye Faye l’avait fait dans des conditions qui n’étaient pas honorables pour lui-même. Ousmane Sonko l’avait demandé et obtenu parce que cela l’arrangeait. A ce moment-là, ces gens qui veulent aujourd’hui s’opposer à une éventuelle dissolution applaudissaient. Pourquoi ce qui était valable et bon pour eux ne devrait-il pas l’être pour d’autres acteurs politiques ? Si le président de la République estime devoir utiliser son pouvoir de dissolution, c’est son droit le plus absolu, et je l’encourage d’ailleurs à le faire. Encore une fois, c’est un jeu politique dans lequel chacun joue son rôle, chacun joue sa partition, et chaque partie cherchera certainement à damer le pion à l’autre. C’est le fonctionnement normal des institutions dans un pays de démocratie comme le Sénégal.
Je considère qu’il y va de l’intérêt du président de la République de dissoudre l’Assemblée nationale. Il est même de l’intérêt du Sénégal que l’Assemblée nationale soit dissoute au mois de décembre. Pourquoi ? Parce que tantôt je parlais des difficultés qu’on a avec nos partenaires comme le Fmi ou les autres institutions de coopération internationale. Ces institutions veulent de la lisibilité. Ces institutions veulent que le Sénégal parle de façon homogène.
Que répondez-vous à ceux qui pensent que Ousmane Sonko ne pourra pas participer aux prochaines élections ? Vous avez même une fois parlé d’une enquête le concernant sur des actions qu’il aurait eu à faire au Port autonome de Dakar (Pad), et je ne parle pas des manœuvres avec des Indiens dans le zircon que vous avez eu à évoquer.
Effectivement, il y a une enquête de l’Inspection générale d’Etat qui concerne la gestion du port. Quand ce dossier sera-t-il bouclé et qu’est-ce qu’il en adviendra ? Je ne sais pas trop. Ce que je peux dire, c’est qu’il y a des faits graves de corruption et de concussion que j’ai dénoncés, et ces faits intéressent d’ailleurs même des enquêtes internationales, en l’occurrence le Fbi, la Grc (Gendarmerie royale du Canada) et le MI5 britannique. Il y a aussi une enquête américaine sur de l’argent reçu par Ousmane Sonko auprès d’une société chinoise. Il y a des dossiers qui sont là. Il y a des dossiers de corruption et de concussion avec des Indiens, dont celui d’un appartement acheté pour Ousmane Sonko au Canada pour son fils Mouhamed Sonko. Il y a des cas de corruption et de concussion dont j’ai des éléments de preuve très précis et que j’ai offert de mettre à la disposition de la Justice sénégalaise.
Je crois que tous ces dossiers-là seront évoqués. Entre autres, les fausses déclarations de patrimoine au niveau de l’Ofnac, par exemple, constituent d’autres éléments suffisants pour pouvoir ouvrir des procédures judiciaires. Est-ce qu’on aura le temps de tout faire avant une prochaine élection ? C’est selon la célérité de la Justice sénégalaise et la volonté de poursuivre des autorités sénégalaises, ça c’est leur responsabilité. Encore une fois, quand les gens craignent pour un avenir politique sombre de Ousmane Sonko, c’est sans doute fondé sur des actes qu’il a eu à poser, des actions de prévarication et de forfaiture dans la gestion des affaires publiques. Il peut avoir des difficultés à pouvoir être un homme politique libre. On a vu dans d’autres pays où des acteurs politiques poursuivis pour des prévarications, sans même qu’il y ait un procès, ont été disqualifiés pour aller à des élections. C’est vous dire si des gens ont été arrêtés et ont fait l’objet de condamnations ! Je ne serais donc pas surpris qu’une telle issue se profile pour lui.
Je me refuse à prédire l’avenir de qui que ce soit, mais je comprends et partage les craintes sur une éventuelle candidature de Ousmane Sonko aux prochaines élections.
Malgré tout ce que vous venez d’énumérer comme faits, est-ce que vous comprenez l’attitude du président de la République qui semble rester stoïque depuis l’annonce de ces révélations-là ? A part l’Inspection générale d’Etat (Ige) qui est actuellement au port, je ne vois pas d’autres missions de vérification et de contrôle.
D’autres missions de l’Ige et des corps de contrôle sont en cours dans diverses structures publiques, comme la Cdc ou la Der/Fj. Sans préjuger de la suite, je ne pense pas que le Président soit dans l’inaction. Les procédures judiciaires prennent du temps, et l’Exécutif garde la latitude d’apprécier l’opportunité des poursuites. C’est sa responsabilité devant les Sénégalais s’il choisit de fermer les yeux. Bassirou Diomaye Faye ne sera pas éternellement au pouvoir ; d’autres viendront et régleront peut-être ce qu’il aura refusé de traiter. Je n’affirme pas qu’il laisse faire, ni qu’il veut «couper la tête» de Sonko. J’observe. Certains scandales sont gros comme le nez au milieu de la figure : libre aux autorités d’engager leur responsabilité en les ignorant.
Vous aviez fait état de la rencontre entre le ministre de l’Intérieur et Ousmane Sonko. Vous aviez fait un tweet avec la vidéo où il était à la maison du Khalife général des Mourides. Que retenir de cette rencontre-là ?
Ousmane Sonko cherche désespérément à se rabibocher avec le Président Faye. N’y arrivant pas, il tente de passer par le ministre de l’Intérieur ou les chefs religieux. Lorsqu’il a rendu visite au Khalife des Mourides, j’ai révélé l’audience en vidéo alors qu’il voulait la garder secrète. J’ai l’habitude de dire que j’ai mis une puce dans ses babouches (rires). Qu’il mette des souliers ou des lunettes en or, il n’échappera pas à mon œil vigilant. Y arrivera-t-il ? C’est au chef de l’Etat d’assumer d’éventuelles compromissions. Toujours est-il que Sonko se démène comme un beau diable, poussé par la peur et la recherche d’une bouée de sauvetage.
Que représente pour vous la tenue des Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj) au Sénégal ?
C’est un événement majeur et une première pour l’Afrique. Il faut féliciter le gouvernement et les acteurs sportifs. L’attribution des Jeux en 2018 à Buenos Aires n’était pas acquise face au Maroc ou à l’Afrique du Sud. Le Sénégal le doit en grande partie à la diplomatie sportive de Mamadou Diagna Ndiaye dont l’entregent et le carnet d’adresses ont été déterminants. C’est une belle réussite à mettre au crédit du régime du Président Macky Sall.




