Ciblés par des attaques verbales répétées et des menaces de mort visant notamment le militant Babacar Ba, dix-neuf organisations majeures de la Société civile sénégalaise sortent du silence. Dans un appel conjoint, elles dénoncent une escalade inquiétante du discours politique et réaffirment fermement leur rôle de contre-pouvoir démocratique.
L’alerte est solennelle, le ton sans concession. Face à ce qu’elles qualifient de dérives structurelles, dix-neuf organisations de la Société civile -parmi lesquelles la Raddho, la Lsdh, Africajom Center, 1er Collectif des organisations de la société civile pour les élections (Cosce), l’Ong 3D ou encore le Forum du justiciable- s’unissent pour dire «stop». Au cœur de cette prise de parole collective : la sécurité dramatiquement menacée des acteurs de la veille citoyenne au Sénégal. Babacar Ba, qui a fait l’objet d’une menace, va déposer aujourd’hui une plainte contre X.
Aujourd’hui, le cas du militant Babacar Ba illustre une détérioration rapide du climat du débat public. Déjà visé par des menaces de mort émanant d’individus non identifiés, ce dernier a récemment fait l’objet de nouvelles intimidations proférées directement par un acteur politique du camp présidentiel.
Au-delà de cet épisode factuel, les signataires pointent du doigt une violence verbale devenue récurrente. Un glissement sémantique s’est opéré au fil des ans : des invectives d’hier qualifiant les militants de «société si vile», le registre s’est désormais durci avec l’usage d’insultes ouvertes telles que «fumiers» ou «individus de mauvaise foi». Une escalade verbale qui pose les jalons d’une stigmatisation dangereuse. «Dans une démocratie, la contradiction nourrit le débat. Le désaccord se combat par les idées et les arguments, jamais par les menaces, les insultes ou l’intimidation.»
Pour les signataires de la déclaration, il ne s’agit ni plus ni moins d’une tentative systématique de réduire au silence les voix critiques et de museler la contestation citoyenne. Face à ces pressions, le collectif oppose un refus catégorique de fléchir : «nous ferons face, et nous ferons bien face, à toutes ces dérives», martèlent-ils. Loin d’abdiquer, ces organisations rappellent que l’indépendance de la Société civile est un pilier de la démocratie. Elles réaffirment leur détermination à poursuivre, «en toute responsabilité», leurs missions d’alerte, de proposition, d’interpellation et de veille sur l’ensemble des questions d’intérêt national.
Face à la gravité de la situation, les dix-neuf organisations lancent un appel pressant aux autorités compétentes. Elles exigent la prise de mesures immédiates pour garantir la protection physique des acteurs engagés et demandent que toute la lumière soit faite sur l’origine des menaces proférées, afin que l’impunité ne s’installe pas.
En conclusion de leur appel, les défenseurs des droits humains rappellent leur engagement inébranlable : aucune pression, de quelque nature qu’elle soit, ne parviendra à les détourner de leur combat fondamental pour l’Etat de Droit, la démocratie et la défense de l’intérêt général.




