Les 293 institutions de microfinance de grande taille opérant dans l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) ont renoué avec la rentabilité en 2025, avec un résultat net cumulé de 35,6 milliards F CFA, contre une perte de 1,9 milliard F CFA en 2024. Cette amélioration des performances financières s’accompagne toutefois d’une dégradation de la situation prudentielle, le ratio moyen de capitalisation étant tombé à 9,4 %, contre une norme réglementaire de 15 %.
Le secteur de la microfinance a fortement progressé en 2025 dans l’espace UMOA. Selon le rapport annuel de la Commission bancaire de l’UMOA, les systèmes financiers décentralisés (SFD) de grande taille ont poursuivi leur expansion, aussi bien en termes de réseau que de clientèle et d’activité financière. À fin décembre 2025, les 293 institutions supervisées exploitaient 3 829 guichets et géraient 14,66 millions de comptes contre 13,55 millions une année plus tôt, ce qui représente une hausse de 8,3%.
Le nombre d’institutions supervisées est ainsi passé de 285 en 2024 à 293 en 2025, tandis que le réseau de guichets a progressé de 6,4% sur un an. Les effectifs du secteur ont également fortement augmenté, atteignant 30 102 collaborateurs, contre 24 438 en 2024, soit une progression de 23,2%.
Cette progression du réseau et de la clientèle s’est traduite par une forte croissance de l’activité financière. Le total de bilan des Institutions de microfinance (IMF) de grande taille de l’UMOA s’est établi à 4 661,5 milliards F CFA en 2025, en hausse de 11,5% par rapport aux 4 182,2 milliards F CFA enregistrés en 2024.
Le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso concentrent la plus grande partie de ces actifs. Avec respectivement 26,5%, 26,3% et 19,1% du total de bilan, ces trois pays représentent à eux seuls 71,9% des actifs du secteur de la microfinance de grande taille dans l’Union.
Les dépôts et emprunts ont pour leur part atteint 2 473,9 milliards F CFA, en progression de 10,2% sur un an. Les crédits à la clientèle ont évolué de 4,8% pour s’établir à 2 530,4 milliards F CFA, contre 2 414,5 milliards F CFA en 2024. L’écart entre la progression des ressources collectées et celle des crédits distribués a permis aux IMF de dégager un excédent de trésorerie de 411,9 milliards F CFA à fin 2025, contre 151,1 milliards F CFA un an plus tôt.
Des performances contrastées selon les pays
L’année 2025 marque surtout un retour à la rentabilité du secteur. Après une perte nette cumulée de 1,9 milliard F CFA en 2024, les IMF de grande taille ont dégagé un bénéfice de 35,6 milliards F CFA en 2025.
Cette amélioration représente une progression de 1 948,4% du résultat net sur un an. Elle s’explique notamment par la hausse de 10,8% du produit net financier, qui atteint 453,5 milliards F CFA, ainsi que par une meilleure maîtrise des charges. Le coefficient d’exploitation est ainsi passé de 81,9% à 79,5%. La qualité du portefeuille s’est également améliorée. Le taux brut de dégradation du portefeuille est passé de 6,0% en 2024 à 5,5% en 2025, tandis que le taux net a reculé de 4,8% à 4,3%. Les performances restent cependant contrastées selon les pays. Le Sénégal affiche le taux de dégradation le plus faible, à 3,0%, devant le Bénin à 5,3%. À l’inverse, les niveaux restent élevés au Togo (8,8%), au Niger (6,8%), au Burkina Faso (6,4%), en Côte d’Ivoire (6,3%) et au Mali (6,2%).

Derrière cette amélioration de la rentabilité, la situation des fonds propres constitue toutefois le principal sujet de préoccupation pour le secteur. Les fonds propres réglementaires cumulés des IMF de grande taille ont diminué de 19,5%, passant de 544,2 milliards F CFA en 2024 à 438,3 milliards F CFA en 2025. Cette baisse a entraîné une nouvelle dégradation du ratio moyen de capitalisation. Celui-ci est ressorti à 9,4% en 2025, contre 13,0% en 2024 et 14,5% en 2023, alors que le minimum réglementaire est fixé à 15%. La situation apparaît particulièrement préoccupante en Côte d’Ivoire et au Niger.
Le ratio de capitalisation est devenu négatif en Côte d’Ivoire, à -1,2%, contre 7,7% en 2024. Au Niger, il s’établit à -100,5%, malgré une amélioration par rapport aux -142,9% enregistrés en 2024.
À l’échelle de l’UMOA, seulement 149 des 293 IMF de grande taille, soit 50,9% des établissements, respectent la norme réglementaire de capitalisation de 15%. Près de la moitié des institutions demeurent donc en situation de non-conformité sur cet indicateur prudentiel. Au Burkina Faso, 26 institutions sur 50 respectent la norme de capitalisation. Ces établissements conformes représentent 72,6% des actifs du secteur et 52,4% des risques du pays.




