RDC : Félix Tshisekedi prépare les Congolais à un troisième mandat

16:33
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RDC :  Félix Tshisekedi prépare les Congolais à un troisième mandat

ÀKinshasa, Félix Tshisekedi a franchi un nouveau cap mercredi 6 mai en relançant frontalement la question d’un troisième mandat. Lors d’une conférence de presse organisée à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, le chef de l’État arrivé au pouvoir en 2019, a laissé entendre que l’élection présidentielle de 2028 pourrait ne pas avoir lieu si la guerre se poursuivait dans l’est de la République démocratique du Congo.

Face à près de 250 journalistes nationaux et internationaux, le président congolais a longuement insisté sur la situation sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, toujours ravagées par les violences armées. « Si on ne peut pas finir rapidement cette guerre, malheureusement on ne pourra pas organiser les élections en 2028. On ne peut pas organiser les élections sans les villes occupées », a-t-il affirmé.« Si le peuple veut un troisième mandat, je l’accepterai »

Pour justifier cette position, Félix Tshisekedi a cité le cas de l’Ukraine, où les élections ont été reportées en raison de la guerre avec la Russie. Évoquant le président Volodymyr Zelensky, il a lancé : « Comment organiser des élections avec le couteau sous la gorge ? »

Mais au-delà de la question sécuritaire, c’est surtout la perspective d’un troisième mandat qui a rapidement dominé les débats. Depuis plusieurs mois, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel, multiplie les prises de position sur une possible réforme de la Constitution, avec le slogan « Tout droit ti na 3 » alimentant les spéculations autour d’une nouvelle candidature de Félix Tshisekedi.

Interrogé directement sur cette hypothèse, le chef de l’État a assuré ne pas solliciter un troisième mandat, tout en ouvrant clairement la porte à cette possibilité. « Je ne sollicite pas le troisième mandat, mais si le peuple veut un troisième mandat, je l’accepterai », a-t-il déclaré.

Le président congolais a également défendu l’idée d’une réforme constitutionnelle, affirmant que cette volonté remontait aux débuts de son engagement politique. « En 2006, nous nous sommes promis de changer la Constitution une fois au pouvoir et c’est ce qui va se faire », a-t-il affirmé. Selon lui, les réformes envisagées figurent aussi parmi les engagements liés aux accords conclus avec les États-Unis, notamment dans le domaine de la justice.

L’opposition dénonce une « dérive »

« Cela est inclus pour apporter des réformes dans la justice, et donc nous ne pouvons pas gâcher cela parce que deux ou trois personnes auraient parlé des articles verrouillés », a déclaré le chef de l’État. Félix Tshisekedi a toutefois précisé qu’aucune modification constitutionnelle ne pourrait intervenir sans consultation populaire par référendum.

Ces déclarations ont rapidement provoqué des réactions au sein de l’opposition congolaise. Sur X, Prince Epenge, porte-parole de Lamuka, a accusé le président de préparer « un troisième mandat par acclamation ». Dans une autre publication, il a rappelé que les élections de 2023 avaient été organisées malgré l’occupation de Bunagana par les rebelles. « Rappeler à M. Félix qu’en 2023, il avait organisé les élections alors que Bunagana était sous domination des rebelles. Peut-être qu’il a oublié », a-t-il écrit.

Claudel Lubaya, proche de l’ex-président Joseph Kabila, a lui aussi rejeté toute perspective de troisième mandat. « Ni mission ni troisième mandat », a-t-il écrit, avant d’ajouter qu’aucune disposition de la Constitution ne permettait de justifier une violation de « sa lettre et de son esprit » au nom d’une prétendue volonté populaire. De son côté, Delly Sesanga, candidat à la présidentielle en 2023, a dénoncé ce qu’il considère comme une tentative de « troisième mandat par plébiscite ». Dans une publication sur X, il a appelé « tous les démocrates » à empêcher « cette dérive ».

Citant Patrice Lumumba, il a estimé que « le respect de la Constitution, des institutions et de la stabilité nationale » devait prévaloir sur toute volonté de prolongation du pouvoir. Interrogé enfin sur une éventuelle issue au conflit dans l’est du pays, Félix Tshisekedi a répondu d’une phrase, lors de sa conférence de presse : « Seul Dieu sait. »