La transition écologique doit être une politique d’économies budgétaires, de souveraineté et de création d’emplois par Cheikhou Oumar Sy et Théodhore Chérif Monteil

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CONTRIBUTION
La transition écologique doit être une politique d’économies budgétaires, de souveraineté et de création d’emplois par Cheikhou Oumar Sy et Théodhore Chérif Monteil

Il y a des moments où une difficulté budgétaire peut devenir une chance historique.

La hausse du prix du carburant, le poids de la dette et la pression qui s’exerce sur les finances publiques doivent nous obliger à regarder autrement notre modèle de fonctionnement. Chaque litre de carburant consommé par l’administration, chaque kilowattheure dissipé dans un bâtiment public, chaque véhicule acheté sans considérer son coût d’entretien et sa consommation représente une dépense que la collectivité devra, tôt ou tard, supporter.

Mais derrière cette contrainte se trouve une formidable opportunité : faire de l’Etat le premier acteur de la transition écologique et le premier moteur de l’économie verte au Sénégal.

L’écologie ne doit plus être considérée comme une politique de plus qui coûte à l’Etat. Elle doit devenir une politique qui permet à l’Etat d’économiser.

Les chiffres nous y invitent.

L’Agence pour l’Economie et la Maîtrise de l’Energie (AEME) estime que la mise en place d’un réseau de gestionnaires de l’énergie dans l’administration pourrait permettre 6,7 milliards de FCFA d’économies annuelles sur les factures d’électricité. Elle estime par ailleurs que ces économies pourraient atteindre 40 % de la consommation actuelle avec le déploiement de programmes d’investissement dans l’efficacité énergétique des bâtiments publics.

Voilà une première leçon : l’énergie que nous ne consommons pas est une énergie que nous n’avons pas besoin de payer. Mais pourquoi nous en arrêter là ?

L’Etat dispose d’un autre levier encore plus puissant : son parc automobile. Une étude officielle avait estimé ce parc automobile à 17 709 véhicules. Peut-être que ce chiffre doit aujourd’hui être actualisé, mais il donne déjà une idée de l’importance du gisement d’économies.

Nous proposons de plafonner à 20 millions de FCFA le coût d’achat d’un véhicule administratif. De même, chaque renouvellement du parc doit être l’occasion de passer progressivement à des véhicules électriques ou à faibles émissions lorsque les usages le permettent. L’ambition de l’Etat serait d’avoir un parc automobile à 80% électrique d’ici cinq ans.

Le gain ne se limite pas au prix d’achat, il se trouve dans le carburant économisé, dans les coûts d’entretien réduits, dans la diminution des émissions et dans une moindre dépendance aux énergies fossiles.

A titre prudent, si une politique de mobilité plus sobre permettait seulement 20 à 30 % d’économies sur les dépenses directement liées au carburant et à l’usage du parc administratif, le potentiel pourrait représenter plusieurs milliards de FCFA par an. Ce chiffre devra naturellement être précisé par un audit national du parc automobile et de ses consommations.

Autrement dit, entre l’efficacité énergétique des bâtiments et la mutation du parc automobile de l’Etat, un premier objectif de 10 milliards de FCFA d’économies annuelles paraît raisonnablement envisageable, avant même de comptabiliser les économies liées aux nouveaux achats, à la maintenance, à la gestion des déchets ou à la réduction des locations immobilières.

Sur cinq ans, cela représenterait au moins 50 milliards de FCFA pouvant être réorientés vers des investissements productifs.

Mais le véritable enjeu n’est pas seulement de faire des économies. Il est de transformer ces économies en nouvelle richesse. Imagine-t-on ce que pourrait représenter une commande publique systématiquement orientée vers le solaire, l’efficacité énergétique, les véhicules propres, le recyclage, les bâtiments durables ou l’agriculture écologique ?

L’Etat achète des milliers de véhicules, construit des écoles, des hôpitaux et des bâtiments administratifs. Il consomme de l’électricité, gère des infrastructures et passe des marchés publics chiffrés en centaines de milliards de FCFA. La puissance d’achat de l’Etat peut donc devenir le premier marché de l’économie verte sénégalaise.

Chaque école équipée de panneaux solaires devient une économie future. Chaque bâtiment public rénové pour consommer moins devient une facture allégée. Chaque véhicule électrique acheté devient une réduction de notre dépendance au carburant. Chaque tonne de déchets valorisée devient une ressource. Chaque marché public attribué à une entreprise verte sénégalaise contribue à créer des emplois et de nouvelles compétences.

C’est ainsi que nous devons penser la transition. Non comme une charge supplémentaire, mais comme un investissement dans notre souveraineté économique.

Nous proposons donc que le Sénégal se fixe un objectif national à l’horizon 2033 : faire progressivement de l’administration publique une administration sobre en énergie, plus propre dans ses déplacements et exemplaire dans ses achats. Et surtout, que les économies réalisées soient publiées chaque année dans un « Tableau de bord des économies vertes de l’État ».

Les citoyens doivent savoir combien leur État a économisé grâce à la réduction de sa consommation d’énergie, à la rationalisation de son parc automobile, à la production solaire ou à l’efficacité de ses bâtiments. Mais ils doivent surtout savoir où ces économies ont été réinvesties, car le franc économisé sur le carburant public doit pouvoir devenir une salle de classe et celui économisé sur l’électricité doit pouvoir devenir un équipement de santé. L’économie réalisée sur un véhicule doit pouvoir contribuer à financer une infrastructure, un emploi ou une entreprise. C’est cela, pour nous, le dividende citoyen de la transition écologique.

Le Sénégal ne peut plus opposer l’économie à l’écologie, notre souveraineté énergétique, notre maîtrise de la dépense publique, notre industrialisation, notre politique d’emploi des jeunes et notre transition écologique doivent désormais être pensées ensemble.

Dieu nous a gratifié du soleil, du vent et d’une jeunesse inventive et dynamique. Nous avons des entrepreneurs. Nous avons des ingénieurs. Il nous faut maintenant une volonté publique capable de transformer ces atouts en marchés, en économies, en emplois et en souveraineté.

La question n’est donc plus de savoir si le Sénégal peut se permettre d’engager sa transition écologique. La vraie question est de savoir combien nous coûtera le fait de ne pas la faire.

Les contraintes budgétaires actuelles doivent l’occasion pour nous de construire un Etat qui dépense moins, produit mieux, pollue moins et crée davantage de valeur. C’est ainsi que l’économie verte deviendra non seulement l’économie de demain, mais surtout et dès aujourd’hui l’économie des économies, de la souveraineté et de l’emploi.