Monsieur le Premier ministre,
Je vous écris en tant qu’actrice de la Société civile, mais surtout en tant que citoyenne qui considère que l’argent public n’appartient ni à un gouvernement, ni à un parti, ni à un homme.
Il appartient au Peuple sénégalais.
Et lorsque des milliards de francs Cfa sont évoqués au sujet des fonds politiques de la Primature, nous avons le droit de poser des questions. Nous avons même le devoir de les poser.
Le 22 mai 2026, vous avez déclaré devant l’Assemblée nationale que vous disposiez, à la Primature, de 1 milliard 770 millions de francs Cfa de fonds politiques. Vous avez également défendu la nécessité d’un meilleur encadrement et d’un contrôle de ces ressources, allant jusqu’à affirmer qu’aucun fonds provenant du contribuable ne devrait échapper au contrôle.
Aujourd’hui, une question simple mérite une réponse tout aussi simple :
Ce 1 milliard 770 millions de francs Cfa, c’était par année ou par trimestre ?
Cette question n’est ni une attaque personnelle ni une campagne de dénigrement.
C’est une question de transparence.
Car si cette enveloppe était annuelle, nous parlons de 1, 770 milliard FCfa par an.
Mais si elle était trimestrielle, comme l’a récemment affirmé publiquement le ministre Abdourahmane Diouf, nous parlerions potentiellement de 7, 08 milliards F Cfa sur une année. Cette différence est considérable et mérite d’être officiellement clarifiée.
Monsieur le Premier ministre,
Derrière ces milliards, il y a des Sénégalais.
C’est l’argent de cette maman qui fait du bana-bana du matin au soir et qui peine à nourrir ses enfants.
C’est l’argent de cette famille qui attend une bourse de sécurité familiale en vain.
C’est l’argent de ce père de famille, paysan et «gorgorlou», qui réclame le paiement de sa production et de ses semences, alors que sa récolte peut rester immobilisée faute de débouchés.
C’est l’argent du mécanicien, du menuisier, du maçon, du commerçant, du marchand ambulant qui arpente les rues pour pouvoir rentrer chez lui avec de quoi nourrir ses enfants.
C’est aussi l’argent de ces Sénégalais qui supportent des charges fiscales toujours plus lourdes et auxquels on demande quotidiennement davantage d’efforts au nom des difficultés financières de l’Etat.
Alors, comment demander des sacrifices au Peuple tout en laissant subsister des zones d’ombre autour de milliards de francs Cfa ?
Nous voulons savoir.
Nous voulons savoir sur quelle base juridique et budgétaire ces fonds ont été alloués à la Primature.
Nous voulons savoir quelle était exactement leur périodicité.
Nous voulons savoir qui pouvait les engager, qui pouvait les décaisser et selon quelles procédures.
Nous voulons savoir à quelles fins ils ont été utilisés.
Nous voulons savoir quels mécanismes de contrôle existaient.
Et surtout, nous voulons savoir où sont les justificatifs permettant d’établir que chaque franc a été utilisé conformément à sa destination.
Vous avez fait de la reddition des comptes, de la transparence et du Jub, Jubal, Jubbanti des principes majeurs de votre discours politique.
Nous ne vous demandons donc rien d’autre que d’appliquer à votre propre gestion les exigences de transparence que vous avez vous-même défendues.
Monsieur le Premier ministre, la rupture doit aussi commencer par là.
Vous avez été l’un des plus fervents critiques de l’opacité dans la gestion des deniers publics.
Vous avez dénoncé les caisses noires, les fonds sans contrôle et l’utilisation discrétionnaire de l’argent public.
Vous avez vous-même déclaré que les fonds politiques ne devraient être «ni un butin politique ni un instrument d’enrichissement personnel».
Alors, permettez-nous de vous retourner votre propre exigence :
Aucun franc du contribuable ne doit échapper au contrôle.
Pas même lorsqu’il est à la disposition du Premier ministre.
Pas même lorsqu’il est destiné à des dépenses dites sensibles.
Pas même lorsqu’il s’agit de fonds politiques.
La transparence ne peut pas être une exigence réservée aux gouvernements précédents.
Elle doit être une règle pour tous.
Une autre question nous interpelle
Si la somme de 1, 770 milliard F Cfa correspondait effectivement à une dotation trimestrielle, comme cela a été publiquement avancé, alors il est légitime que les Sénégalais demandent à connaître le montant global mis à votre disposition pendant votre passage à la Primature.
Et si cette lecture conduisait à un montant de plusieurs milliards, alors les citoyens ont le droit de savoir précisément combien a été reçu, combien a été dépensé, pour quoi, par qui et selon quelles procédures.
Certains ont évoqué publiquement un montant pouvant atteindre plusieurs milliards sur la durée de votre passage à la Primature.
Nous ne voulons pas de rumeurs.
Nous voulons les chiffres officiels.
Nous voulons les documents.
Nous voulons la vérité.
Et si la Primature était vide à votre départ ?
Si les déclarations selon lesquelles votre successeur n’aurait trouvé aucune réserve correspondant à ces fonds étaient confirmées, cela renforcerait encore la nécessité d’une clarification institutionnelle.
Il ne s’agit pas d’accuser.
Il s’agit de vérifier.
Et si nécessaire, une commission d’enquête parlementaire pourrait permettre d’établir les faits, de manière contradictoire et institutionnelle.
Une commission d’enquête ne devrait faire peur à personne lorsque l’on est convaincu d’avoir correctement géré l’argent public.
Monsieur le Premier ministre, nous ne vous demandons pas de nous croire.
Nous vous demandons de nous démontrer.
Nous vous demandons de publier les éléments permettant aux Sénégalais de comprendre.
Car lorsque vous dites vous-même que les fonds politiques doivent être contrôlés, alors le Peuple est fondé à vous demander :
Qui contrôlait les fonds dont vous disposiez ?
Quel contrôle avez-vous accepté pendant que vous étiez à la Primature ?
Combien avez-vous reçu exactement pendant deux ans?
A quelle fréquence ?
Combien avez-vous dépensé ?
Pour quelles missions ?
Et que reste-t-il aujourd’hui de ces fonds ?
Monsieur le Premier ministre,
Ce n’est pas votre argent.
Ce n’est pas l’argent de l’Apr.
Ce n’est pas l’argent de Pastef.
Ce n’est pas l’argent de la Primature.
C’est l’argent du Peuple sénégalais.
L’argent de nos mamans.
L’argent de nos pères.
L’argent de nos jeunes.
L’argent de nos travailleurs.
L’argent de nos commerçants.
L’argent de nos paysans.
L’argent de ceux qui paient l’impôt jusque dans leur consommation quotidienne.
Et lorsque cet argent atteint plusieurs milliards, la transparence ne peut plus être une option. Elle devient une obligation morale, démocratique et politique.
Vous avez demandé hier des comptes à ceux qui vous ont précédé.
Aujourd’hui, le Peuple vous demande des comptes à vous.
Non pas parce que nous vous condamnons.
Mais parce que nous refusons désormais que quel que soit le pouvoir en place, l’argent public puisse être entouré de silence.
Jub, Jubal, Jubbanti : que la lumière soit faite.
Monsieur l’ex-Premier ministre,
Nous attendons une réponse claire.
1, 770 milliard FCfa : par trimestre ou par année ?
Et si c’était par trimestre :
Combien au total avez-vous reçu pendant votre passage à la Primature, et comment cet argent a-t-il été utilisé ?
Le Sénégal n’a pas besoin de nouvelles polémiques.
Le Sénégal a besoin de preuves, de documents, de transparence et de reddition des comptes.
Nous vous demandons donc solennellement de répondre au Peuple sénégalais.
Parce que lorsqu’il s’agit de l’argent du Peuple, le silence n’est jamais une réponse.
Fambaye Antigone DIOP
Coordinatrice de rappel à l’ordre
Actrice de la Société civile
Engagée pour la transparence, la bonne gouvernance et la reddition des comptes
Lettre ouverte à Monsieur Ousmane Sonko : 1, 770 milliard fcfa : Monsieur le Premier ministre, par trimestre ou par année ?
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