Tout nationalisme en Afrique qui nie «l’Unité culturelle de l’Afrique noire», comme l’explique Cheikh Anta Diop, n’est que de la xénophobie, de l’auto-détestation ou la perpétuation du fait colonial.
Jusqu’en 1955, nous appartenions à une même communauté ouest-africaine. C’est une loi portée par un député français qui a décidé de notre balkanisation au moment où l’on marchait fièrement vers l’indépendance comme une seule entité.
Guinéens, Maliens, Mauritaniens, Sénégalais… étaient une seule communauté. Nos dirigeants n’ont pas été à la hauteur. Ils se sont déchirés et chacun a voulu garder son pouvoir dans son pays.
Aujourd’hui, des politiciens qui ignorent notre histoire continuent de nous diviser en voulant soulever des Sénégalais contre des Guinéens, des Maliens contre des Mauritaniens, des Burkinabè contre des Ivoiriens…
Des politiciens qui ne peuvent pas nous proposer un projet capable de nous sortir de notre impasse socio-politique choisissent la voie la plus facile pour se faire de l’audience : la haine, la division, le bruit, la violence verbale contre les plus faibles…
Pourtant, sous nos différences apparentes, ce qui nous relie est beaucoup plus important que ce qui nous sépare. Cheikh Anta et Louise Marie Diop l’ont suffisamment démontré dans leurs œuvres.
Mais, nous devons aller plus loin.
L’enjeu, ce n’est pas le passé. C’est plus que ce présent difficile et chaotique dans lequel nous sommes englués et qui rend difficile la projection, la capacité à voir plus grand que les stratégies de survie et de délire électoralistes.
L’enjeu, c’est le devenir africain que nous sommes capables de bâtir avec les moyens d’aujourd’hui.
Aux jeunesses ! Eveillez-vous et refusez qu’on fasse de vous les outils de la perpétuation de la division des Noirs : principal outil de maintien de notre communauté dans la pauvreté, la dépendance… Vous avez encore la capacité de réussir le pari de Cheikh Anta, de Baye Niasse… qui ont dédié leur vie et leurs œuvres à vous, jeunesses que vous constituez, pour nous sortir de l’impasse coloniale.
N’écoutez pas ceux qui ne sollicitent en vous que votre haine, ceux qui ne vous demandent que votre colère… vous valez mieux que ça !
Refusez d’être les mules qui colportent et perpétuent les haines et les divisions d’hier qui plombent tous les processus de changement sur le continent. Refusez de faire chaîne avec ce système de «saucissonnement» de nos capacités. Capacités limitées et emprisonnées par des procédures administratives décidées à l’Assemblée nationale française en 1956, portées par Gaston Defferre.
Ecoutez-vous vous-mêmes ! Et regardez l’énorme possibilité que vous constituez dès que vous ouvrez les horizons. Les horizons fermés aujourd’hui par les frontières et gardées par des dirigeants et des politiciens prêts à tout pour accéder au pouvoir juste pour de la jouissance…
Fadel BARRO
Jammiste
Xénophobie. Arrêter de perpétuer le fait colonial
11:15
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