Face à la rareté grandissante de la sardinelle dans les eaux ouest-africaines, des acteurs de la pêche artisanale et communicateurs venus de la Mauritanie, de la Guinée-Bissau, de la Gambie et du Sénégal se sont réunis, à Saly en fin de week-end, pour poser les jalons d’une gestion durable et transfrontalière. Diagnostic scientifique alarmant à l’appui, les participants ont réaffirmé la nécessité d’articuler la «diplomatie bleue» et le dialogue régional afin de sauver un secteur vital pour la sécurité alimentaire.
Le constat scientifique présenté lors de l’atelier de renforcement des capacités ne laisse plus de place au doute : le stock de sardinelle en Afrique de l’Ouest traverse une crise sans précédent. Selon les évaluations 2024 du Comité des pêches pour l’Atlantique du Centre-est (Copace) et de la Fao, le stock total de sardinelle disponible dans la mer est tombé à un niveau si critique qu’il ne permet plus d’assurer une reproduction normale de l’espèce. Les données chiffrées de la dernière décennie illustrent un véritable effondrement. Les captures totales ont enregistré une chute drastique de 58% de la sardinelle plate, tandis que la situation de la sardinelle ronde s’avère encore plus dramatique avec un effondrement de 83% de ses prises.
Intervenant sur l’état des ressources halieutiques, Dr Ndiaga Guèye, expert sénégalais de renommée internationale spécialisé dans la gouvernance des pêches, l’aménagement des ressources halieutiques et la diplomatie bleue, a rappelé le caractère indissociable de cet écosystème marin et la mobilité des acteurs qui en dépendent. «Les ressources halieutiques, en particulier la sardinelle, évoluent dans des écosystèmes aquatiques transfrontaliers. Face à des stocks partagés et des exploitants très mobiles à travers les frontières, la réponse ne peut plus être individuelle : il y a une nécessité absolue d’une gouvernance concertée.»
Un cumul de pressions anthropiques et industrielles
Cet épuisement des stocks résulte d’une combinaison de facteurs destructeurs qui dépassent largement les capacités de renouvellement naturel de la ressource. Outre les perturbations liées aux changements climatiques et à la pêche Illicite, non déclarée et non réglementée (Inn), les experts pointent du doigt des pratiques internes dommageables : multiplication excessive du nombre de pirogues artisanales dépassant la capacité de charge des écosystèmes ; capture continue de juvéniles avant leur maturité sexuelle et emploi d’engins de pêche prohibés dégradant les zones de frai ; multiplication des usines de farine de poisson détournant le poisson de la consommation humaine directe au profit de l’exportation massive. «La sardinelle fait face à un cumul de pressions anthropiques et structurelles qui compromettent gravement sa reconstitution à court et moyen termes», soulignent les conclusions des travaux.
La «diplomatie bleue» pour prévenir les conflits
Au-delà de la conservation biologique, les débats de cet atelier ont abordé des questions de souveraineté et d’équité sociale : qui doit accéder à la ressource ? Dans quelles conditions ? Comment prévenir les tensions interétatiques ainsi que les conflits entre pêcheurs artisanaux et industriels ?
Face à des décisions isolées qui ont montré leurs limites, la mise en œuvre de la «diplomatie bleue» et le renforcement des commissions mixtes bilatérales s’imposent désormais comme des leviers stratégiques. La coopération régionale ne doit plus être une simple option politique, mais un outil opérationnel de gestion au quotidien.
Pour les acteurs réunis à Saly, la sauvegarde de la sardinelle, véritable pilier protéique et socio-économique de la région, passe inévitablement par des règles d’accès harmonisées, une régulation stricte des usines de transformation et une réelle volonté politique transfrontalière.




