Le boulanger C. Sall, alias « Khaugne », domicilié à Guédiawaye, a comparu ce mardi 14 juillet devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Thiès. Il est poursuivi pour des faits d’association de malfaiteurs et de vol en réunion commis avec violences, usage d’armes et de moyens de locomotion. À ses côtés, son marabout, A. Ndieguène, comparaît pour non-dénonciation de crime.
Un braquage ciblé et spectaculaire à Touba
Selon l’accusation, C. Sall et trois de ses complices ont quitté Dakar en août 2023 à bord de deux motos pour mener une opération ciblée à Touba. Leur cible était le sieur C. Diop, qui venait d’effectuer un retrait de 30,2 millions FCFA dans une agence bancaire. Au moment où la victime s’apprêtait à monter à bord d’un taxi, les agresseurs sont passés à l’action. C. Sall a brandi un couteau pour tenir la victime en respect pendant qu’un de ses complices s’emparait du sac contenant l’argent, avant de prendre la fuite pour partager le butin.
À la suite d’une plainte déposée par la victime, l’enquête minutieuse de la gendarmerie a permis d’interpeller C. Sall ainsi que son marabout, A. Ndieguène, ce dernier ayant bénéficié par la suite d’une liberté provisoire.
Des aveux circonstanciés à la barre
Lors de son face-à-face avec le juge, C. Sall a pleinement reconnu sa participation au braquage de Touba. Il a toutefois fermement nié toute implication dans une autre affaire de vol de 36 millions FCFA commise antérieurement au préjudice de A. Lô.« Nous étions quatre. Nous sommes partis de Dakar sur deux motos. À Touba, nous avons intercepté la victime et pris son sac contenant 30,2 millions FCFA. Nous nous sommes partagé l’argent. J’avais même envisagé de financer un voyage avec ma part, mais cela n’a pas abouti à cause de problèmes de papiers ».
La culpabilité du prévenu a été confortée par la projection à l’audience d’une vidéo de l’agression filmée en août 2023, sur laquelle C. Sall s’est formellement reconnu.
Les messages WhatsApp compromettants du marabout
De son côté, le chef religieux A. Ndieguène a contesté l’accusation de non-dénonciation de crime. Il a expliqué avoir rencontré le boulanger lorsque ce dernier était venu solliciter des prières après la saisie de sa moto. Il affirme n’avoir pas mesuré la gravité des messages vocaux reçus plus tard sur WhatsApp, dans lesquels le prévenu lui annonçait avoir « récupéré de l’argent » à Touba.
Cependant, la diffusion à l’audience des messages vocaux a révélé que le marabout avait assuré à son disciple qu’il pouvait « faire ce que bon lui semble » et qu’il « n’irait jamais en prison », des propos qu’il a fini par reconnaître devant le tribunal.
La détresse de la victime et les réquisitions du parquet
La victime, C. Diop, a livré un témoignage poignant sur les conséquences dramatiques de cette agression. Cet argent appartenait à un partenaire commercial, et pour honorer sa dette, il a été contraint de vendre sa propre maison, voyant l’ensemble de ses activités professionnelles paralysées. Son avocat a réclamé la somme de 75 millions FCFA à titre de dommages et intérêts, tandis que le conseil de A. Lô a demandé 70 millions FCFA.
Face à l’extrême gravité des faits, le procureur de la République a requis la réclusion criminelle à perpétuité contre le boulanger C. Sall. Pour le marabout A. Ndieguène, le ministère public a estimé que sa complicité passive était établie et a requis une peine de deux ans de prison ferme.
La défense de C. Sall a plaidé la relaxe pour le premier vol et a sollicité une requalification des faits en complicité de vol pour le braquage de Touba. L’avocat du marabout a, quant à lui, plaidé pour une peine assortie du sursis.
La chambre criminelle a mis l’affaire en délibéré pour le verdict attendu le 27 juillet 2026.




