Cette ONG humanitaire a dû fermer un hébergement pour femmes précaires et réclame depuis un an une clarification du ministère de l’Intérieur
Le Secours islamique France (SIF), une ONG humanitaire française, a fermé en septembre 2025 un centre d’hébergement pour femmes isolées à Massy, dans l’Essonne, après la suppression des près de 500.000 euros de subventions publiques qui finançaient ce dispositif.
Au total, l’organisation affirme avoir perdu environ un million d’euros d’aides accordées par les préfectures de l’Essonne, de la Seine-Saint-Denis et du Rhône. Ces décisions ont réduit ses activités sociales en France, fortement dépendantes des financements publics.
L’arrêt des subventions en Essonne a été annoncé au SIF par courrier électronique durant l’été 2025. Léo André, responsable des dispositifs sociaux de l’organisation, a affirmé à Mediapart que ces financements étaient auparavant renouvelés chaque année et que l’association n’avait jamais rencontré de difficulté dans sa collaboration avec l’État.
Les suppressions sont intervenues dans les mois qui ont suivi la publication, le 21 mai 2025, du rapport gouvernemental « Frères musulmans et islamisme politique en France ». Le SIF, cité à trois reprises dans ce document, y est présenté comme une organisation ayant longtemps été dirigée par des personnalités de la « mouvance frériste » avant de s’en éloigner progressivement.
Le directeur exécutif du SIF, Mahieddine Khelladi, a déclaré à Mediapart que l’organisation n’avait été entendue ni par les auteurs du rapport ni par leurs collaborateurs avant sa publication.
L’ONG conteste toute proximité actuelle avec les Frères musulmans ou l’islamisme et demande depuis un an au ministère de l’Intérieur de clarifier les passages la concernant. Elle estime que les soupçons entretenus par le rapport nuisent à sa réputation et à son accès aux financements publics.
La Cour des comptes a rendu en juillet 2026 un avis de conformité sur l’utilisation des ressources collectées par le SIF entre 2020 et 2024. Elle a également confirmé que l’organisation britannique « Islamic Relief Worldwide » n’était plus représentée dans sa gouvernance depuis 2006.
Aucune préfecture n’a cependant confirmé que les subventions avaient été supprimées en raison du rapport. Le lien direct entre les deux événements n’est donc pas établi, même si leur proximité chronologique alimente les interrogations de l’organisation et de plusieurs parlementaires.
Le centre de Massy accueillait la nuit des dizaines de femmes isolées, dont plusieurs enceintes. Depuis sa fermeture, le site ne propose plus qu’un accueil de jour pour une soixantaine de personnes et un service de domiciliation, permettant aux personnes sans logement stable de disposer d’une adresse pour leurs démarches administratives, leur accès aux soins et à l’emploi.
La préfecture de l’Essonne avait assuré à La Croix que les anciennes bénéficiaires n’avaient pas été laissées sans solution et que leur prise en charge avait été organisée à Étampes, à Corbeil ou dans des hôtels. Plusieurs femmes interrogées par Mediapart ont toutefois déclaré ne bénéficier que de solutions ponctuelles et dormir parfois dehors.




