Grandir dans le bruit, un risque sous-estimé pour les enfants ?

11:40
BIEN ÊTRESANTE
Grandir dans le bruit, un risque sous-estimé pour les enfants ?

Être exposé au bruit routier durant les premières années de vie pourrait affecter la santé émotionnelle et relationnelle quelques années plus tard, selon une étude de l’Inserm menée auprès de près de 8.000 enfants.

Le bruit des voitures ne ferait pas que nous agacer. Une nouvelle étude menée par l’Inserm et Sorbonne Université suggère qu’une exposition persistante au bruit de la circulation durant les premières années de vie pourrait être associée à davantage de difficultés émotionnelles et relationnelles chez l’enfant quelques années plus tard. Publiée dans The Lancet Public Health, la recherche s’appuie sur les données de près de 8.000 enfants de la cohorte ELFE, suivis depuis leur naissance.


Près de 8.000 enfants suivis pendant dix ans

Les scientifiques ont d’abord estimé leur exposition au bruit routier, aérien et ferroviaire aux âges de 2 mois, 3 ans et demi et 5 ans et demi. Plus tard, à 10 ans et demi, les parents ont rempli un questionnaire évaluant les difficultés émotionnelles et comportementales de leur progéniture. Les chercheurs ont notamment distingué les symptômes « internalisés », comme les difficultés émotionnelles, le retrait relationnel ou les problèmes avec les autres enfants, des symptômes « externalisés », tels que les troubles du comportement et l’hyperactivité.

Le résultat le plus notable concerne le bruit routier : les enfants exposés de façon persistante, de la naissance à 5 ans et demi, à un niveau d’au moins 60 dB(A) présentaient davantage de symptômes internalisés à 10 ans et demi, notamment des difficultés émotionnelles et relationnelles avec leurs pairs.

Certaines périodes semblent également jouer un rôle. Une forte exposition au bruit routier à 2 mois et à 5 ans et demi était associée à davantage de difficultés dans les relations avec les autres enfants. À 5 ans et demi, l’exposition était aussi liée aux symptômes externalisés et à l’hyperactivité ou l’inattention. « Le moment de l’exposition au bruit routier pourrait aussi être important, avec une vulnérabilité accrue au début de la vie et autour de l’âge de 5 ans », explique Eloi Chazelas, coauteur de l’étude et chercheur à l’Inserm, dans un communiqué.

Un risque à prendre en compte dans les villes ?

Pourquoi le bruit pourrait-il avoir un tel impact ? D’après les scientifiques, une exposition prolongée peut perturber le sommeil et maintenir des mécanismes physiologiques de stress, notamment via la production de cortisol et de catécholamines. Les enfants pourraient être particulièrement sensibles, leur développement physique, cognitif et émotionnel étant encore en cours.

Si ces travaux ne permettent pas d’établir un lien de causalité direct entre bruit routier et troubles psychologiques, ils renforcent néanmoins l’intérêt de réduire l’exposition des enfants. Les solutions ? « Des mesures d’aménagement urbain, de réduction du trafic, de limitation de la vitesse ou encore d’amélioration de l’isolation acoustique des bâtiments », conclut Maria Melchior, coautrice et directrice de recherche à l’Inserm.

En France, environ 7 millions de personnes, soit 12 % de la population, subiraient des niveaux de bruit extérieur supérieurs à 65 décibels la journée.