Grâce à une thérapie cellulaire anticancéreuse, capable de « réinitialiser » le système immunitaire, trois patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde ont obtenu une rémission.
Et si, pour combattre la polyarthrite rhumatoïde, il fallait plutôt apprendre au système immunitaire à repartir de zéro ? C’est ce que suggèrent des scientifiques de la Charité – Universitätsmedizin Berlin (Allemagne). Dans le cadre d’un essai de phase 1 COMPARE, ces derniers ont évalué la sécurité et l’efficacité d’une thérapie par lymphocytes T exprimant un récepteur antigénique chimérique (CAR), initialement développée principalement pour combattre le cancer. La raison est simple : cette thérapie, qui consiste à utiliser des cellules immunitaires génétiquement modifiées pour cibler et éliminer les lymphocytes B (qui peuvent fabriquer des anticorps), a déjà montré des résultats prometteurs dans plusieurs pathologies auto-immunes. Dans le cadre de la prise en charge de la polyarthrite rhumatoïde, la thérapie cible la molécule de surface CD19. « On peut considérer cette molécule comme une sorte de ‘badge d’identification’ présent à la surface de nombreux lymphocytes B », a précisé David Simon, qui a dirigé l’étude publiée dans la revue Nature Medicine.
Polyarthrite rhumatoïde résistant aux traitements : les lymphocytes B en cause
Pour les besoins des recherches, les auteurs ont suivi six patients atteints d’une forme particulièrement sévère de la polyarthrite rhumatoïde pendant 36 à 52 semaines. Pour rappel, le système immunitaire attaque par erreur les articulations au cours de cette maladie auto-immune chronique. L’inflammation répétée provoque des gonflements et peut, à terme, endommager les articulations. Les trois femmes et trois hommes recrutés, âgés de 31 à 69 ans, avaient reçu jusqu’à huit traitements ciblés ou biologiques au cours des dix années précédentes, mais qui n’ont pas suffisamment porté leurs fruits. « L’une des explications possibles réside dans les lymphocytes B à l’origine de la maladie : il s’agit de cellules mémoire du système immunitaire adaptatif capables de survivre dans les ganglions lymphatiques, la moelle osseuse ou les tissus articulaires après une infection. Elles y produisent des anticorps nocifs dirigés contre les propres tissus de l’organisme et réactivent sans cesse l’inflammation », a expliqué David Simon.
Un nouveau départ pour le système lymphocytaire B
Afin de déterminer si les lymphocytes T-CAR sont capables de repérer les lymphocytes B pathogènes, même lorsqu’ils sont profondément enfouis dans les tissus de l’organisme, les scientifiques ont prélevé les lymphocytes T dans le sang des malades dans le cadre de la thérapie cellulaire. Ensuite, ils les ont modifiées génétiquement en laboratoire. Plus précisément, les cellules immunitaires ont reçu un récepteur d’antigène artificiel, appelé CAR, conçu pour se lier spécifiquement à la molécule CD19. Avant de recevoir les cellules modifiées, les patients ont suivi un court traitement de chimiothérapie préparatoire. Ce traitement a réduit temporairement le nombre de certaines cellules immunitaires, laissant donc de l’espace pour que les lymphocytes T-CAR puissent proliférer et agir efficacement. Une fois réinjectées dans l’organisme, les cellules ont recherché les cellules exprimant la molécule CD19 et les ont attaquées. « Cela élimine temporairement tous les lymphocytes B CD19-positifs, y compris les cellules à longue durée de vie responsables de la maladie au niveau des articulations, qui peuvent par ailleurs être difficiles à atteindre. En éliminant ces cellules, la thérapie pourrait permettre au système immunitaire de se réinitialiser. »
Polyarthrite rhumatoïde : 3 patients en rémission grâce à la thérapie cellulaire
Par la suite, l’activité de la maladie a nettement diminué chez les six patients. Lors d’un suivi allant jusqu’à un an, trois patients étaient en rémission prolongée sans recours à un traitement médicamenteux contre la polyarthrite rhumatoïde. « C’est particulièrement remarquable étant donné qu’aucun des traitements établis n’avait réussi auparavant à soulager efficacement leurs symptômes », a souligné Gerhard Krönke, qui dirige le groupe de recherche en rhumatologie clinique de la Charité. Selon les résultats, aucun cas de syndrome de neurotoxicité associé aux cellules effectrices immunitaires, ni aucun effet indésirable grave n’a été observé durant la thérapie.
Autre constat : les cellules immunitaires modifiées atteignaient et éliminaient également les lymphocytes B favorisant la maladie dans des zones plus profondes, notamment la moelle osseuse, les ganglions lymphatiques et les tissus articulaires. Lors des rendez-vous médicaux effectués au cours des 12 mois suivants, les taux d’auto-anticorps associés à la polyarthrite rhumatoïde ont chuté de manière importante chez les volontaires. « Lorsque le système des lymphocytes B s’est reconstitué par la suite, ce sont principalement des lymphocytes B naïfs, non encore façonnés par la maladie, qui sont réapparus. En revanche, les lymphocytes B dirigés contre les propres tissus de l’organisme, présents avant le traitement, n’étaient plus détectables chez la quasi-totalité des patients. Cela indique que la thérapie pourrait effectivement permettre de réinitialiser la mémoire immunitaire pathologique », a expliqué l’auteur principal de l’étude, qui veut désormais déterminer si ce traitement a des effets à plus long terme sur le système immunitaire.




