Le retrait de Kosmos Energy du projet gazier Yakaar-Teranga avait refermé le chapitre des négociations entre l’ État du Sénégal et la compagnie américaine. L’annonce, par le Premier ministre Al Aminou Lô, lors de sa Déclaration de politique générale du 8 septembre 2026, de l’existence d’une somme de 55 millions de dollars, soit près de 30 milliards de francs CFA, qui aurait dû revenir à l’État, remet le dossier au premier plan. Trois organisations de la société civile demandent désormais que toute la lumière soit faite sur l’origine de cette somme et pourquoi elle n’aurait pas été recouvrée, rapporte sud .
L ’affaire Yakaar-Teranga connaît un nouveau rebondissement. Quelques mois après l’annonce du retrait de Kosmos Energy du bloc gazier de Cayar Offshore Profond, le dossier revient dans le débat public sous un angle financier. Dans un communiqué conjoint parvenu hier, mercredi 9 septembre, l’OSIDEA, l’ONG 3D et le Forum du justiciable demandent des explications sur les 55 millions de dollars évoqués la veille par le Premier ministre devant l’Assemblée nationale. « L’Osidea, l’Ong 3D et le Forum du Justiciable ont pris connaissance avec une profonde préoccupation des révélations faites par Monsieur le Premier ministre Al Aminou Lô, lors de sa Déclaration de Politique Générale devant l’Assemblée nationale, le 8 septembre 2026, concernant le dossier Yakaar-Teranga et le retrait de Kosmos Energy. Une telle déclaration, faite devant la représentation nationale, est particulièrement grave et appelle des explications publiques, précises et documentées », déplorent les trois organisations. La somme évoquée par le chef du gouvernement, qui avoisinerait 30 milliards de francs CFA, aurait dû revenir à l’État du Sénégal.
Pour les organisations signataires, cette révélation intervient à un moment où le pays fait face à d’importantes contraintes économiques et financières. « Dans un contexte où notre pays fait face à d’importantes contraintes économiques et financières, chaque ressource due à l’Etat doit être protégée et toute décision susceptible d’avoir un impact significatif sur les finances publiques doit pouvoir être expliquée et justifiée devant les citoyens », soulignent-elles.
UN DOSSIER A CLARIFIER
La demande de la société civile est pressante du moment où le gouvernement avait annoncé, le 22 avril 2026, avoir obtenu le retrait de Kosmos Energy de Yakaar-Teranga sans aucune contrepartie financière pour le Sénégal. Le Premier ministre de l’époque, Ousmane Sonko, avait présenté cet accord comme l’aboutissement d’une renégociation et comme une reprise en main d’un actif gazier considéré comme essentiel pour le pays. Une nouvelle licence devait être attribuée exclusivement à PETROSEN pour assurer la poursuite du projet. L’écart apparent entre cette annonce et les révélations faites plusieurs mois plus tard nourrit aujourd’hui les interrogations. La formule « sans contrepartie financière » renvoyait au retrait de Kosmos de la licence. Les 55 millions de dollars évoqués par Al Aminou Lô semblent être une autre question liée aux obligations attachées au dossier. Cette distinction doit clairement établie afin de déterminer si l’État a renoncé à une créance, si celle-ci demeure exigible ou si la somme correspond à une obligation d’une autre nature. Les trois organisations ne présentent pas le non-recouvrement des 55 millions de dollars comme un fait définitivement établi. Elles demandent que les circonstances soient éclaircies et que les documents pertinents soient rendus publics. Elles veulent savoir pourquoi la somme évoquée n’a pas été recouvrée par l’État, dans quelles circonstances une éventuelle renonciation serait intervenue et quelle autorité aurait pu prendre ou valider une telle décision. Elles demandent que soient précisés le fondement juridique et contractuel d’une éventuelle renonciation ainsi que les accords conclus avec Kosmos Energy dans le cadre de son retrait de Yakaar-Teranga. « Pourquoi les 55 millions de dollars évoqués n’ont pas été recouvrés par l’État ; Dans quelles circonstances une éventuelle renonciation à cette somme serait intervenue ; Quelle autorité ou quel ministre aurait pris ou validé une telle décision ; Sur quelle base juridique et contractuelle cette décision aurait été prise ; Quels accords ont été conclus avec Kosmos Energy dans le cadre de son retrait de Yakaar-Teranga », s’interrogent-elles.
UNE DEMANDE D’AUTOSAISINE DE L’OFNAC
Au regard du montant en cause et des enjeux liés à la gestion des ressources naturelles, l’OSIDEA, l’ONG 3D et le Forum du justiciable demandent à l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption de s’autosaisir du dossier. Les organisations jugent qu’une telle démarche permettrait de soumettre les faits évoqués à un examen indépendant, impartial et crédible et, le cas échéant, d’établir les responsabilités susceptibles d’en découler. Mais elles prennent toutefois soin de circonscrire la portée de leur démarche. « Notre démarche ne constitue une accusation contre aucune personne ni aucune institution. Elle procède exclusivement d’une exigence de transparence, de redevabilité et de défense de l’intérêt général », précisent-elles. La prudence affichée par les signataires est importante. À ce stade, la question n’est pas de désigner un responsable, mais de déterminer la nature exacte de la somme évoquée par le Premier ministre, son statut juridique et les conditions dans lesquelles elle aurait pu échapper au Trésor public. La question est d’autant plus sensible que Yakaar-Teranga représente un actif gazier considérable pour le Sénégal. Depuis les premières découvertes réalisées par Kosmos Energy, le projet a suscité de grandes attentes quant à son apport à l’approvisionnement du marché national, à la production d’électricité et plus largement à la transformation économique du pays.
L’ASSEMBLEE NATIONALE INTERPELLEE
La société civile ne limite pas sa demande au gouvernement et à l’OFNAC. Elle invite l’Assemblée nationale à exercer pleinement sa mission de contrôle de l’action gouvernementale. Pour les trois organisations, les députés doivent pouvoir disposer de toutes les informations nécessaires pour apprécier les conditions dans lesquelles les droits financiers de l’État auraient été préservés ou, au contraire, n’auraient pas été recouvrés. L’interpellation prend une résonance particulière puisque c’est précisément devant la représentation nationale que le Premier ministre a évoqué les 55 millions de dollars. Une déclaration faite à la tribune de l’Assemblée ne peut rester sans suite documentaire lorsqu’elle porte sur une somme susceptible de représenter près de 30 milliards de francs CFA. La demande formulée par les organisations de la société civile porte donc autant sur la transparence du passé que sur la gouvernance future des ressources naturelles. Elle invite les pouvoirs publics à documenter les décisions prises dans le cadre du retrait de Kosmos et à expliquer les conséquences financières qui en découlent. « L’OSIDEA, l’ONG 3D et le FORUM DU JUSTICIABLE invitent également l’Assemblée nationale à exercer pleinement sa mission de contrôle de l’action gouvernementale afin que toutes les informations utiles soient portées à la connaissance de la représentation nationale et des citoyens », indiquent-elles.
UNE EXIGENCE DE TRANSPARENCE
Au-delà du seul dossier Yakaar-Teranga, cette controverse renvoie à une question plus large, celle de la gestion des ressources naturelles et de la capacité de l’État à préserver ses intérêts dans ses relations avec les compagnies internationales. C’est pourquoi les 55 millions de dollars évoqués par le Premier ministre doivent désormais être documentés. Il importe de savoir ce qu’ils représentent exactement, à quel moment ils seraient devenus exigibles, à qui ils étaient dus et pourquoi ils n’auraient pas été encaissés par l’État. Il faudra également établir si une décision a conduit à leur abandon, à leur report ou à leur extinction. La réponse à ces interrogations permettrait de lever l’apparente contradiction entre l’annonce d’un retrait de Kosmos sans contrepartie financière pour le Sénégal et l’évocation ultérieure d’une somme qui aurait dû revenir à l’État. Elle permettrait surtout d’éviter que le débat ne soit enfermé dans une polémique politique alors qu’il appelle avant tout un examen des faits et des documents. « Nous demandons au Gouvernement et à l’Assemblée nationale de faire toute la lumière sur cette affaire dans les meilleurs délais. La transparence dans la gestion de nos ressources naturelles n’est pas une option : c’est une exigence démocratique et un devoir envers le peuple sénégalais », concluent l’Osidea, l’Ong 3D et le Forum du justiciable. Si les 55 millions de dollars évoqués correspondent effectivement à une créance due à l’État, leur recouvrement devra être expliqué. S’ils relèvent d’un autre mécanisme contractuel, le gouvernement devra également le démontrer. Dans les deux cas, les documents devront parler.




