Erol Malkoc : « Le Sénégal peut avoir un championnat plus compétitif sur le plan africain si…»

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Erol Malkoc : « Le Sénégal peut avoir un championnat plus compétitif sur le plan africain si…»

Il a fait sortir une quinzaine de joueurs vers l’Europe, dont Mor Ndiaye à Liverpool et Abou Ngi à Copenhague. Au terme de 4 années au Sénégal, Erol Malkoc, ancien entraîneur d’Amitié FC en Ligue 2 juge le potentiel du championnat « beaucoup plus important que ce qu’il montre ». Pour passer un cap, il plaide pour plus de méthodologie, d’intelligence de jeu et de travail sur le long terme, rapporte Dsport

Après 4 ans passés au Sénégal, comment jugez-vous le niveau du championnat local ?

Le championnat du Sénégal possède un potentiel beaucoup plus important que ce qu’il montre aujourd’hui. Il y a de très bons joueurs, beaucoup de qualités athlétiques, de la technique et surtout un énorme potentiel humain.

En revanche, je pense qu’il faut encore progresser dans la qualité du jeu, l’intensité des entraînements, la préparation des joueurs et la régularité des clubs. Le talent est là, mais il faut mieux l’accompagner et mieux le développer.

Pour moi, le Sénégal possède les qualités pour avoir un championnat beaucoup plus compétitif sur le plan africain.

Que doit-on améliorer pour que notre championnat puisse être compétitif et que nos équipes puissent rivaliser avec les plus grands clubs d’Afrique ?

Il faut d’abord professionnaliser davantage le fonctionnement des clubs. La formation, les infrastructures, la préparation physique, l’analyse vidéo, le recrutement et surtout la méthodologie d’entraînement doivent continuer à progresser.

Mais pour moi, il y a surtout un aspect essentiel : il faut former des joueurs intelligents.

Aujourd’hui, le football se joue beaucoup dans la tête, pas seulement avec les pieds. Un joueur doit être capable de prendre des informations, de scanner, de comprendre ce qui se passe autour de lui et de prendre la bonne décision rapidement.

La technique est évidemment importante, mais la technique seule ne suffit plus. Il faut former des joueurs capables de percevoir, décider et agir.

Le football moderne demande une vitesse physique, mais également une vitesse de perception et de décision. C’est ce type de joueur qu’il faut développer davantage au Sénégal.

Si nous arrivons à associer le talent naturel des joueurs sénégalais à une véritable méthodologie de formation basée sur l’intelligence de jeu, je pense que nous pouvons créer des joueurs capables de s’exprimer au plus haut niveau.

Il faut également accepter de travailler sur le long terme. On ne peut pas vouloir former un joueur en quelques mois. Il faut créer une véritable continuité entre les académies, les clubs et les équipes professionnelles.

Selon vous, quelles sont les forces du football sénégalais ?

La première force, c’est le talent. Le Sénégal produit énormément de joueurs avec des qualités naturelles très intéressantes.

Il y a aussi la mentalité. Beaucoup de joueurs sénégalais ont du caractère, de l’ambition et une grande capacité à travailler. C’est une qualité très importante dans le football de haut niveau.

Enfin, je pense que le Sénégal possède une vraie culture du football. Les jeunes aiment le football, les familles suivent les joueurs et il existe une véritable passion autour de ce sport.

Mais je pense que la prochaine étape est justement de transformer ce talent en intelligence de jeu. Il faut apprendre aux jeunes à comprendre le football, à observer, à anticiper et à prendre de bonnes décisions.

Si on arrive à associer cette passion, ce talent et cette intelligence de jeu à une méthodologie encore plus structurée, le potentiel est énorme.

Quel est votre plus beau souvenir en tant que coach au Sénégal ?

Il y en a plusieurs. Mais ce qui me rend le plus fier, c’est d’avoir participé au développement et à la progression de nombreux joueurs.

Pendant ces années, nous avons réussi à faire sortir une quinzaine de joueurs vers différents clubs, notamment en Europe. Parmi eux, on peut citer Mor Ndiaye, qui est à Liverpool, Abou Ngi, qui est à Copenhague, mais aussi beaucoup d’autres joueurs qui ont poursuivi leur carrière dans différents championnats européens.

Sur le plan sportif, je garde également un très bon souvenir de notre demi-finale de Coupe du Sénégal dès la première année. C’était une belle performance et une étape importante pour le projet.

Je retiens aussi énormément le travail collectif que nous avons réalisé. Nous avions cette volonté de réunir régulièrement tout le monde, de travailler tous ensemble et d’avoir une vraie cohérence autour du projet. Quand tout le staff avance dans la même direction, cela permet forcément aux joueurs de progresser davantage.

Mais finalement, mon plus beau souvenir reste de voir un jeune joueur progresser, prendre confiance, devenir plus intelligent dans son jeu et réussir ensuite à franchir une étape dans sa carrière. C’est pour cela que je fais ce métier.

Votre plus grand regret ?

Mon plus grand regret, c’est peut-être d’avoir parfois été un peu trop impulsif et impatient. Avec l’expérience, je me rends compte que lorsqu’on est formateur, il faut savoir être beaucoup plus calme, beaucoup plus patient et prendre davantage de recul. On travaille avec des jeunes, avec des personnes qui sont en train d’apprendre, et il faut accepter qu’il y ait des erreurs.

Parfois, sur le moment, j’ai pu m’emporter ou réagir de manière un peu trop forte. Avec le recul, je considère que c’est une erreur de ma part et je l’assume.

Quand vous êtes formateur, votre rôle n’est pas seulement de transmettre du football. Vous devez aussi transmettre une attitude, une manière de réfléchir et de gérer les situations.

Aujourd’hui, je sais qu’il faut savoir expliquer, accompagner, corriger et surtout ne pas vexer les gens. Même lorsqu’une personne fait une erreur, il faut l’aider à comprendre pourquoi elle s’est trompée et comment elle peut progresser.

C’est aussi ça, l’expérience : apprendre de ses propres erreurs pour devenir un meilleur entraîneur et surtout un meilleur formateur.

À quel pourcentage de réussite estimez-vous la réussite de votre mission au Sénégal ?

Je dirais autour de 70 %. Je ne vais pas dire 100 %, parce que je pense toujours qu’on peut faire mieux. Il y a encore beaucoup de choses que j’aurais aimé développer et certains objectifs que j’aurais voulu atteindre.

Mais lorsque je regarde le bilan, je pense qu’il est positif. Nous avons réussi à faire sortir une quinzaine de joueurs, dont certains ont rejoint l’Europe, avec notamment Mor Ndiaye à Liverpool et Abou Ngi à Copenhague, ainsi que beaucoup d’autres joueurs qui ont poursuivi leur carrière dans différents clubs européens. Sur le plan sportif, nous avons également atteint une demi-finale de Coupe du Sénégal dès la première année. Donc, pour moi, 70 %, c’est un bilan positif, mais qui laisse aussi une marge importante pour continuer à progresser.

Je préfère être honnête et dire que le travail n’est jamais terminé. Le plus important, c’est d’avoir posé des bases solides et d’avoir contribué à faire progresser les joueurs et le projet.

Et pour moi, la réussite d’un projet de formation ne se mesure pas seulement aux résultats d’une équipe. Elle se mesure aussi au nombre de joueurs que l’on fait progresser, à leur intelligence de jeu et à leur capacité à continuer leur parcours au plus haut niveau.

Quel jugement faites-vous sur le choix de Patrick Vieira comme sélectionneur du Sénégal ?

C’est un choix très ambitieux. Patrick Vieira possède une expérience exceptionnelle comme joueur et une expérience importante du football européen comme entraîneur. Il connaît également le Sénégal et il a une vraie légitimité internationale.

Maintenant, le plus important ne sera pas seulement son nom, mais le projet qu’il va mettre en place. Il faudra lui donner du temps, une vraie organisation et surtout une cohérence entre la sélection A, la formation et les jeunes générations.

Je pense que c’est un choix intéressant et je lui souhaite sincèrement beaucoup de réussite.

Quand le Sénégal réussit, c’est tout le football sénégalais qui avance.

Pourriez-vous revenir un jour au Sénégal, pour réintégrer le staff d’Amitié FC ou pour un autre projet sportif ?

Pourquoi pas ? Je ne ferme absolument pas la porte au Sénégal. Ces quatre années m’ont beaucoup apporté humainement et professionnellement. J’ai créé des liens avec beaucoup de personnes et j’ai une vraie affection pour le pays.

Si un jour il y a un projet sérieux, structuré, avec une véritable vision sportive et l’ambition de développer les joueurs et le football local, je pourrais tout à fait envisager de revenir.

Je ne sais pas sous quelle forme ni à quel moment, mais je considère que le Sénégal fera toujours partie de mon parcours.

Et si je devais revenir, ce serait avec la même conviction : former des joueurs, mais surtout former des joueurs intelligents, capables de comprendre le jeu et de s’adapter au football moderne.