Pendant trop longtemps, la diaspora a été regardée pour ce qu’elle envoie. Il est désormais temps de la regarder pour ce qu’elle sait, ce qu’elle construit, ce qu’elle influence et ce qu’elle peut apporter à la transformation du Sénégal.
Le Forum «Sénégal Rek» 2026, organisé à New York, témoigne d’une prise de conscience croissante : la diaspora constitue un acteur majeur du développement du Sénégal.
Cette reconnaissance mérite d’être saluée.
Mais elle soulève également une interrogation fondamentale.
La diaspora doit-elle continuer à être regardée principalement à travers le prisme de l’investissement économique ou convient-il désormais d’élargir cette vision à l’ensemble de ce qu’elle représente pour la Nation ?
Car la diaspora sénégalaise a beaucoup plus à offrir que des transferts financiers.
Pendant des décennies, son apport a été mesuré à travers les milliards envoyés chaque année aux familles, les investissements immobiliers ou les projets économiques réalisés depuis l’étranger.
Cette contribution est essentielle, mais elle ne reflète qu’une partie de sa valeur réelle.
La diaspora constitue aujourd’hui l’un des plus importants réservoirs de compétences, d’expertise, de réseaux, d’innovation et d’influence dont dispose le Sénégal à travers le monde.
Dans les administrations, dans les organisations internationales, dans les universités, dans les centres de recherche, dans les cabinets de conseil, dans les grandes entreprises, dans les secteurs stratégiques de l’économie mondiale.
Des milliers de Sénégalais occupent des fonctions de responsabilité et participent chaque jour à la conception des politiques publiques, à la conduite de projets internationaux, à la production de connaissances et à l’innovation technologique.
La véritable richesse de la diaspora ne réside donc pas uniquement dans ce qu’elle finance.
Elle réside aussi dans ce qu’elle sait, dans ce qu’elle crée, dans les réseaux qu’elle mobilise et dans les passerelles qu’elle peut construire.
C’est pourquoi le débat doit aujourd’hui évoluer, l’heure n’est plus uniquement à la diplomatie économique, l’heure est venue d’y associer une véritable diplomatie des compétences.
Une diplomatie capable d’identifier les talents ! Capable de valoriser les expertises et surtout capable de créer des ponts permanents entre les institutions nationales et les Sénégalais établis à l’étranger, et de permettre aux compétences de contribuer aux réformes publiques, aux projets stratégiques et aux grandes transformations du pays.
Cette évolution est devenue une nécessité !
Car dans un monde de plus en plus compétitif, la principale richesse des nations n’est plus seulement leur capital financier.
Elle réside dans leur capacité à mobiliser leur intelligence collective.
Les pays qui progressent le plus rapidement sont souvent ceux qui ont compris comment associer leur diaspora à la décision publique, à la recherche, à l’innovation et à l’attractivité économique.
Le Sénégal dispose de tous les atouts pour emprunter cette voie.
Encore faut-il créer les mécanismes permettant à ces talents de participer pleinement au développement national.
Car de nombreux membres de la diaspora partagent le même constat, qui est celui d’être souvent sollicités pour leur expertise, parfois consultés, souvent écoutés, mais trop rarement associés à la mise en œuvre des projets ou aux espaces de décision, et ayant vécu l’expérience, je peux en parler.
Or, une compétence que l’on consulte sans l’intégrer reste un potentiel inexploité et potentiellement perdu.
Le véritable défi n’est donc plus de reconnaître l’existence des talents de la diaspora.
Le véritable défi est de leur donner une place dans les réformes, les projets structurants, les mécanismes de coopération, la réflexion stratégique, une place dans la construction de l’avenir.
C’est précisément la vision portée par le Cercle de convergence Afrique-France.
Une vision qui considère la diaspora non comme une ressource périphérique, mais comme un partenaire stratégique du développement.
Une vision qui défend une coopération fondée sur les compétences, les réseaux, la circulation des savoirs, la co-construction et l’intelligence collective.
Une vision qui dépasse la seule logique économique pour intégrer les dimensions institutionnelle, académique, scientifique, diplomatique, culturelle et humaine du développement.
C’est dans cet esprit que le Cercle prépare son prochain Forum à Paris.
Ce rendez-vous réunira des représentants des institutions publiques, des entreprises, des investisseurs, des universitaires, des experts, des acteurs de la Société civile et des membres des diasporas africaines et européennes.
L’ambition est claire, passer du constat à l’action, identifier les compétences, créer un vivier structuré de talents, faciliter leur participation aux projets stratégiques, créer des passerelles durables entre les institutions, les entreprises et les diasporas, transformer les réseaux en opportunités, transformer les expertises en solutions, transformer les talents en leviers de développement.
Car la question n’est plus de savoir si la diaspora a un rôle à jouer.
La question est désormais de savoir si nous sommes prêts à lui permettre de jouer pleinement ce rôle.
Le Sénégal ne manque ni de ressources ni de talents. Il dispose d’une diaspora dynamique, qualifiée et profondément attachée à son pays.
L’enjeu n’est plus de célébrer cette richesse.
L’enjeu est de l’organiser.
L’enjeu est de l’intégrer.
L’enjeu est de lui donner les moyens de contribuer pleinement à la transformation du Sénégal.
Car au XXIe siècle, les nations les plus fortes seront celles qui sauront mobiliser non seulement leurs capitaux, mais aussi leurs compétences, leurs réseaux et leur intelligence collective.
C’est cette ambition que porte aujourd’hui le Cercle de convergence Afrique-France.
Boudy Tall DIAW
Présidente fondatrice du Cercle des convergences
La diaspora sénégalaise n’est pas seulement un investisseur, elle est un acteur de transformation nationale
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