La réforme du code Sweet Beauté : une république en pleine pagaille

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CONTRIBUTION
La réforme du code Sweet Beauté : une république en pleine pagaille

La loi est, par essence, le berceau de l’esprit républicain par son caractère général et impersonnel. En tant qu’institution fondatrice de toutes les autres institutions, la loi transcende les personnes et les générations. Quand elle se limite à viser des situations ponctuelles et des destins personnels, elle contredit sa propre vocation. Mais il ne faut jamais oublier une leçon inexorable de l’histoire : chacun gouverne comme il est, de même que chacun conduit son véhicule d’après son tempérament et son éducation. Les députés qui dénoncent ces manœuvres ont raison, mais que signifie avoir raison parmi des gens qui préfèrent porter la déraison en bandoulière ?

C’est une erreur de penser que ces gens se soucient de la République : leur passé comme leurs actions présentes et leurs déclarations montrent qu’ils n’ont aucune espèce de respect pour la République. On a confié la République et la Nation à des ennemis de la République, et nous allons le regretter très amèrement. Nous avons accepté ce qu’aucun Peuple sérieux n’a jamais accepté et n’acceptera jamais : la nomination d’un contumax à un poste si prestigieux et stratégique. Je pose un problème de principe : que personne ne vienne me rappeler ce qu’est la Justice dans notre pays, car elle n’a pas changé après avoir permis la tenue d’élections régulières ayant consacré la victoire de l’engeance.

Si un Sénégalais ne comprend toujours pas que cette engeance n’a rien à faire avec la République, c’est qu’il ne comprend pas le gouffre dans lequel notre pays est précipité. Qui ose encore nier que ces gens sont davantage préoccupés par leur sort personnel que par le bien de la communauté ? Depuis deux ans, qu’ont-ils fait sinon se partager le gâteau qu’est le pouvoir, devenu le seul pourvoyeur d’emplois dans le pays ? Qui entend encore parler de réforme pour la mise en œuvre de l’appel à candidatures ? Qui a vu un débat sur la réforme de la Fonction publique et du système de rémunération ?

Cette engeance nous fait perdre du temps, ils ne sont que médiocrement conscients des vrais enjeux du Sénégal. Ils sont dans une esthétique du pouvoir pour occulter leur étonnante stérilité politique. Ce type qui ne cesse de s’en prendre à la Justice vient de révéler les vraies raisons de son irritation ; il veut une justice inféodée à ses rêves enfantins et à ses fantasmes adultes, ce qu’aucun juge sérieux ne devrait accepter.

C’est très paradoxal de constater que la personne qui a incriminé la majeure partie des politiciens qui ont actuellement des ennuis judiciaires, n’a jamais été absoute dans les affaires graves où il est mis en cause. Quelle gageure ! Tu n’es absous ni par la loi humaine ni par la loi divine, tu es obligé de te forger des lois pour absoudre, ne serait-ce qu’astucieusement pour sauver les apparences (tes tâches noires et rouges) par des réformes qui n’ont aucune portée politique.

Farba Ngom a juré sur le Coran : la justice humaine est en train de l’innocenter. Ceux qui l’ont accusé et envoyé en prison en commençant par l’offrir à la vindicte populaire n’ont jamais produit la moindre preuve, ni juré dur le Coran. Aliou Sall a juré sur le Saint Coran après les accusations portées sur lui. La Justice n’a jamais ouvert un dossier contre lui. Sitor Ndour, dans une affaire privée, a juré sur le Coran et a été blanchi par la Justice. Mansour Faye a juré sur le Coran et la Justice l’a lavé de tout soupçon. Dans l’affaire de corruption de la jeunesse par contre, un avocat d’un mis en cause a blasphémé en jurant sur le Coran que le mis en cause ne connaît pas la plaignante. On connaît la suite. Pourtant nous prétendons être un pays de croyants. Un pays de croyants où des pseudos «doomu daara» défendent des accusateurs sans preuve et des accusés qui snobent le Saint Coran. Et vous voulez que je respecte pareille engeance ?
Alassane K. KITANE