Un Américain atteint de sclérose latérale amyotrophique a utilisé pendant près de deux ans une interface cerveau-machine depuis son domicile. Une technologie lui permet de communiquer, travailler et naviguer sur ordinateur malgré sa paralysie.
Pour la première fois, un homme atteint de sclérose latérale amyotrophique (SLA), ou maladie de Charcot, a pu utiliser pendant près de deux ans une interface cerveau-machine directement depuis son domicile, sans assistance quotidienne des chercheurs. Cette avancée, publiée dans la revue Nature Medicine, marque une étape décisive dans le développement de technologies destinées aux personnes souffrant de handicaps moteurs et de troubles sévères de la parole.
Une communication retrouvée grâce aux signaux du cerveau
Les interfaces cerveau-machine (Brain-Computer Interface, BCI) existent depuis plusieurs années, mais elles restaient principalement confinées aux laboratoires. Le défi consistait à les rendre suffisamment fiables pour un usage autonome au quotidien. C’est ce qu’a démontré une équipe de l’Université de Californie à Davis, en collaboration avec l’Université Brown et le Mass General Brigham Neuroscience Institute, aux Etats-Unis. Leur système décode l’activité cérébrale associée aux tentatives de parole et de mouvement afin de la transformer en texte ou en commandes informatiques.
Le participant à l’étude, Casey Harrell, atteint de SLA depuis plusieurs années, a reçu en 2023 un implant composé de 256 microélectrodes placées dans une région cérébrale impliquée dans la production de la parole. L’objectif : contourner les limitations imposées par la maladie pour lui permettre de communiquer.
Plus de 183.000 phrases produites en toute autonomie
Après une phase d’apprentissage au laboratoire, Casey Harrell et ses proches ont appris à utiliser seuls le dispositif. Les résultats sont impressionnants : sur une période de 23 mois, il a utilisé le système pendant plus de 3.800 heures et l’a activé 364 jours sur 397. Au total, il a produit plus de 183.000 phrases, représentant près de deux millions de mots. La vitesse moyenne atteignait 56 mots par minute. Selon les chercheurs, 92 % des phrases étaient décodées correctement ou presque correctement. Lors des tests contrôlés, le système affichait même une précision supérieure à 99 % sur un vocabulaire de 125.000 mots.
Grâce à cette technologie, Casey Harrell peut envoyer des courriels, naviguer sur Internet, échanger avec ses proches et poursuivre son activité professionnelle de plaidoyer pour le climat malgré sa paralysie. « Pendant des années, les interfaces cerveau-machine sont restées des dispositifs […] confinés à des laboratoires très contrôlés. Ce travail montre que nous avons peut-être franchi un cap », souligne le neurochirurgien David Brandman, co-auteur principal de l’étude, dans un communiqué.
Détecter les intentions de mouvement de la main
L’implant ne sert pas uniquement à restituer la parole : il détecte également les intentions de mouvement de la main, permettant de contrôler un curseur d’ordinateur. Une double fonction qui lui permet un accès complet aux outils numériques.
Pour Casey Harrell, l’enjeu dépasse largement la technologie. « C’est très précieux de pouvoir regarder ma femme dans les yeux lorsqu’elle entend ma voix et se remémore un souvenir heureux », témoigne-t-il.
Au-delà de ce cas individuel, les scientifiques estiment que ces interfaces pourraient, à terme, améliorer considérablement l’autonomie et la qualité de vie des personnes atteintes de SLA, de lésions de la moelle épinière ou d’autres maladies neurologiques sévères.




