Kankourang ou Kewoulo ou Mama

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CONTRIBUTION
Kankourang ou Kewoulo ou Mama

La discrétion dans la société traditionnelle mandingue est une valeur morale fondamentale qui protège l’honneur, le secret initiatique et la cohésion sociale.
Les rites de passage, comme la circoncision ou les sorties de kankourang reposent sur un silence strict vis-à-vis des non-initiés.
Dans la tradition orale mandingue, la parole a un poids énorme. Parler trop ou révéler des affaires privées est vu comme un manque de sagesse et de dignité ou de retenue. Les jeunes et les membres subalternes doivent observer une réserve polie en présence des chefs de famille et des anciens.
Aussi, les conflits conjugaux, les difficultés financières ou les secrets de foyer ne s’étalent pas sur la place publique pour préserver la réputation de la lignée. Bien qu’ils soient les gardiens de la parole et de la généalogie, les grands maîtres de la parole savent ce qui peut être dit ou chanté publiquement et ce qui doit rester, tu pour ne pas briser la paix entre les clans. La réussite, la richesse ou les naissances sont souvent entourées de retenue pour éviter d’attirer le mauvais œil ou les énergies négatives. Le Kankourang est entièrement recouvert de fibres d’écorces rouges d’un arbre appelé le faara. De son origine, certains récits traditionnels des anciens indiquent qu’il descendrait de la société secrète des chasseurs de l’ancien royaume du Kaabu.
En somme, le kankourang veille sur les jeunes garçons circoncis pendant leur période de réclusion et d’initiation en brousse. Il est réputé pour éloigner les mauvais esprits. Selon les anciens, il chasse les mauvais esprits, il assure également la protection des fruits et productions agricoles par des interdits consensuels de la population qu’il accompagne, mais aussi c’est un formidable facteur de mobilisation sociale pour les champs collectifs et opérations de set setal et de désherbage.
Le Kankourang a été proclamé chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en 2005, puis officiellement inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco.
Des théories ou vision pour le développement du Sénégal et de l’Afrique je retiens cette célèbre citation de l’ancien président de la République du Sénégal Léopold Sédar Senghor : «La culture est au début et à la fin de tout développement.»
A travers cette vision, il semble que Senghor s’opposait aux modèles de développement purement économiques ou technocratiques importés d’Occident. Pour lui, le véritable progrès ne peut pas se résumer à des indicateurs financiers ou matériels ; il doit être centré sur l’humain. C’est encore valable pour aujourd’hui.
Pourquoi la culture est «au début» ?
La culture est au début par ce qu’aucun développement durable n’est possible s’il ne s’enracine pas dans les valeurs d’un peuple, son histoire, sa langue et son génie propre. La culture fournit la confiance en soi et l’identité nécessaires pour créer, innover et assimiler les apports extérieurs sans se perdre, c’est à dire «assimiler sans être assimilé».
Par ailleurs, rappelons, avant de construire une économie ou des infrastructures, un peuple s’appuie sur son identité, ses valeurs, sa langue et sa vision du monde. Notamment, une Nation ne doit pas copier aveuglément des modèles étrangers, mais bâtir un développement enraciné dans sa propre histoire.
Pourquoi la culture est «à la fin» ?
La culture est à la fin parce que l’économie et les infrastructures ne sont que des moyens pas. Au fait, selon Léopold Sédar Senghor, la finalité du développement est l’épanouissement de l’homme, l’élévation de l’esprit, la création artistique et la construction d’une société plus humaine.
C’est encore valable pour aujourd’hui.
Concrètement, le développement ne se mesure pas seulement par l’argent, les richesses matérielles ou le Produit intérieur brut (Pib).
In fine, selon Léopold Sédar Senghor, le vrai progrès sert à améliorer la vie des gens, à renforcer leur liberté, leur épanouissement, leur fierté et leur dignité.
Aujourd’hui, de grandes institutions comme l’Unesco continuent de s’inspirer de cette maxime pour démontrer que les industries culturelles et créatives sont de puissants moteurs de croissance économique, de cohésion sociale et d’innovation.
Le Kankourang inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, est un chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité. Il n’est pas un amuseur public, un bouffon. Préserver ce patrimoine, c’est le préserver avec tout le mythe et le mystère qui le caractérisent depuis des temps immémoriaux.
En conclusion, dans un monde profondément marqué par «communico ergo sum» ce que je crois : certains hommes politiques doivent apprendre beaucoup des maîtres de la parole. Bien qu’ils soient les gardiens de la parole et de la généalogie, les grands maîtres de la parole savent ce qui peut être dit ou chanté publiquement et ce qui doit rester, tu pour ne pas briser la paix entre les clans.
Que vive le Sénégal !
Que vive la République !
Que vive le mandinkalu
Baba Gallé DIALLO
babadediana@gmail.com